Intervention de Bert de Wel :
Merci à la CGT de nous avoir invités à partager notre point de vue sur l’exploitation minière des matériaux critiques. Je suis désolé de ne pouvoir être parmi vous à Montluçon. Tout d’abord, je tiens à préciser que je ne suis pas un expert en matière d’exploitation minière des minéraux critiques. Je m’occupe de négociations multilatérales sur le climat et l’environnement. Je voudrais vous faire part de quelques informations sur les négociations climatiques de la COP 30 à Belem et les négociations des Nations unies sur l’environnement qui se déroulent actuellement à Nairobi.
Lors de la COP 30, il y a deux semaines, nous avons réussi à négocier une avancée majeure pour les travailleurs malgré les échecs importants enregistrés dans des négociations générales. La décision de créer le Belem Action Mechanism (BAM) – un mécanisme d’action de Belem pour une transition juste – est une victoire majeure pour les travailleurs et leurs syndicats. Mais nous devons être clair, il s’agit uniquement d’une décision visant à développer ce mécanisme, nous ne l’avons pas encore. Nous devons désormais veiller à ce que le BAM soit opérationnel dans l’année à venir vers la COP 31, qu’il produise des résultats concrets et qu’il place des emplois décents, le droit du travail et la justice sociale au cœur des solutions climatiques.
L’année prochaine sera cruciale pour garantir que le nouveau mécanisme apporte un soutien concret aux pays du monde entier et que les partenaires sociaux, la société civile et l’OIT participe à sa gouvernance. Il est crucial que le concept de l’OIT pour la transition juste et les droits fondamentaux au travail soient centraux dans la gouvernance de ce mécanisme. Mais nous devons être clair, la COP 30 n’a pas répondu aux ambitions de la science et des travailleurs en raison d’un processus défaillant, marqué par des règles de consensus très rigides qui ont permis à certains pays de bloquer le progrès.
Dans l’ensemble, les résultats de la COP 30 sont loin de répondre aux besoins en matière d’atténuation, d’adaptation et de financement climatique. Il n’y a aucun plan crédible pour combler le grand écart entre les engagements nationaux en matière de climat, les CDN (contributions déterminées au niveau national) et les objectifs de l’Accord de Paris. Il n’y a aucune feuille de route pour éliminer progre-sivement les combustibles fossiles de manière ordonnée et équitable avec des garanties de transition juste comme décidé lors de la COP 28. Il n’y a pas de mesures de justice pour soutenir les travailleurs et les communautés qui sont en première ligne de la transition. Les engagements en matière de financement de l’adaptation sont faibles, les objectifs critiques étant reportés jusqu’en 2035.
Les minéraux critiques ont également été abordés lors des négociations sur le mécanisme de transition juste. Il s’agit de questions fortement défendues par les organisations des peuples autochtones qui se sont jointes à aux efforts coordonnés de la société civile en faveur de ce mécanisme d’action. Les peuples autochtones constatent qu’une partie de l’exploitation minière de certains minéraux critiques se fait sur les terres qui leur appartiennent. Nous avons donc intégré leurs revendications, en particulier le respect du consentement libre et éclairé et de la déclaration sur les droits des peuples autochtones. Malheureusement, en raison de la pression exercée par certains pays, cette référence a été supprimée de la décision finale.
Je me trouve actuellement en Nairobi, au Kenya pour l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement. Les pays proposent de nombreuses résolutions dont une résolution relative aux minéraux et aux métaux. De façon navrante, les délégués ne parviennent pas à s’entendre sur l’élaboration d’un instrument qui garantirait la gestion responsable sur le plan environnemental des ressources minérales, sans même parler de l’absence totale de référence aux droits humains et du travail. Il est évident que la course aux minéraux critiques, et certains sont indispensables dans la transition écologique, touche des aspects importants de la transition juste. Cela pose le problème de la répartition des richesses, des gagnants et des perdants. Et certaines de nos organisations syndicales ont récemment travaillé sur cette question.
C’est le cas par exemple d’IndustriAll global union. Le 1er décembre 2025, des syndicats représentant des millions de travailleurs africains dans les industries minière, énergétique et manufacturière réunis à Addis-Abeba ont déclaré que si la nouvelle stratégie africaine des minéraux verts (AGMS) n’était pas radicalement repensée autour d’un travail décent et d’une valeur ajoutée locale, le boom vert ne deviendrait qu’un chapitre de plus dans la longue histoire de l’extraction et de l’exportation des ressources minérales du continent africain.
En conclusion, nous devons mettre en œuvre notre vision de la transition juste partout. Nous devons être présents à la table des négociations sur les problèmes climatiques et environnementaux à tous les niveaux, en partant des négociations multilatérales entre pays et jusqu’aux négociations au niveau des entreprises. Et lorsque nous ne sommes pas présents à la table des négociations, nous devons nous battre pour faire entendre notre voix. Nous savons très bien que quand vous n’êtes pas à la table des négociations, il y a de fortes chances que vous soyez au menu.