Publié le 14 Sep. 2026
Serge Allègre, secrétaire général de la Fédération nationale CGT des industries chimiques rappelle l’importance du combat syndical pour gagner de nouvelles avancées, notamment dans l’industrie.

À la suite de l’intervention de nos camarades du Caucase du Sud, je pourrais dire simplement : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

L’histoire nous rappelle que les avancées sociales n’ont jamais été accordées spontanément. En 1919, nous obtenions la journée de huit heures et la semaine de quarante-huit heures. Il a ensuite fallu le puissant mouvement ouvrier de 1936 pour arracher les accords de Matignon, la semaine de quarante heures et les congés payés. Ce que nos camarades ont réussi à conquérir à cette époque mérite d’être rappelé régulièrement.

Je dis cela parce que lorsque nous portons aujourd’hui des projets de nationalisation, de SCIC, de SCOP ou d’autres alternatives, comme cela se fait actuellement dans l’Allier, certains les jugent irréalistes ou utopiques. Pourtant, les conquêtes d’hier paraissaient elles aussi impossibles avant d’être obtenues. C’est pourquoi il ne faut pas reculer et continuer à porter nos propositions.

Ce matin, un camarade exprimait son inquiétude face au réchauffement climatique. On entend souvent que la chimie, le pétrole ou les raffineries seraient forcément le problème parce qu’ils sont associés aux énergies fossiles et qu’il faudrait donc simplement les faire disparaître.

Mais regardons la réalité. En fermant des raffineries sur notre territoire, soumises à des normes environnementales parmi les plus exigeantes au monde, nous ne supprimons pas nécessairement la production. Nous la déplaçons. Dans le même temps, nous importons du gaz ou des hydrocarbures produits dans des conditions que nous refusons chez nous, notamment par fracturation hydraulique aux États-Unis. Cette logique ne règle pas le problème environnemental ; elle le délocalise. Voilà ce que l’impérialisme et les capitalistes qui nous gouvernent sont en train de faire au monde.

Nous avons entendu dans cette salle une interpellation importante sur la nécessité de ne pas laisser se développer le projet d’Imerys sans un contrôle plein et entier de ses impacts. Cela concerne la protection de l’environnement, les conditions de travail, mais aussi les enjeux sociaux et sociétaux liés à ce type de projet. Effectivement, lorsque nous parlons de santé au travail, nous parlons de l’ensemble de ces questions.

Il fut un temps où l’industrie était perçue comme un secteur offrant de véritables perspectives. C’était souvent là que l’on pouvait améliorer sa situation, construire un avenir et bénéficier d’un salaire permettant de vivre dignement de son travail. Cette réalité s’est progressivement dégradée. Dans les années 1980 encore, entrer dans l’industrie permettait souvent de débuter avec un salaire situé 30 à 35 % au-dessus du Smic. Aujourd’hui, je voudrais interpeller les camarades présents dans cette salle qui travaillent dans l’industrie : combien d’entre vous sont encore à 30 ou 35 % au-dessus du Smic après dix, quinze ou vingt ans d’ancienneté ? Voilà aussi la réalité à laquelle nous sommes confrontés.

Une autre question très intéressante a été soulevée lorsque l’on parle de santé et de conditions de travail : celle du statut du mineur. C’est un sujet auquel je suis particulièrement sensible puisque je suis fils et petit-fils de mineur et que j’ai moi-même bénéficié de ce statut. Lorsque nous défendons le statut du mineur, nous défendons quelque chose d’essentiel. Mais il faut aussi rappeler que ce statut n’est pas tombé du ciel. Il est le résultat de grandes luttes syndicales, de mobilisations parfois très dures et de conquêtes sociales arrachées par des générations de travailleurs.

Lorsque l’on regarde le projet d’Imerys, s’il devait y avoir un statut de référence pour les salariés, ce serait naturellement le statut du mineur, avec tout ce qu’il comporte de protections et de garanties. Mais il ne devrait pas être réservé aux seuls travailleurs du fond. Il devrait bénéficier à l’ensemble des salariés participant à ce projet, quels que soient leur métier ou leur place dans la chaîne de production.

Nous avons d’ailleurs de nombreuses propositions à porter. Lorsqu’on parle de conditions de travail, de salaires, de protection sociale ou de droits collectifs, il n’y a pas que le statut. Il y a aussi les conventions collectives, fruits des accords de Matignon de 1936, qui demeurent un outil essentiel pour garantir de bonnes conditions de travail et de véritables conquis sociaux.

Et à la FNIC, nous avons deux conventions collectives qui sortent du lot. Il y a bien sûr la convention collective des industries chimiques, mais aussi celle du pétrole, qui constituent des références importantes. Dans ces conventions collectives, on trouve des conquis concrets en matière de santé et de sécurité au travail, mais aussi de reconnaissance de la pénibilité. Ce sont des outils essentiels pour protéger les salariés, améliorer leurs conditions de travail et garantir des droits qui vont bien au-delà du seul salaire.

Pour conclure, si ce projet doit voir le jour et aller à son terme, il doit porter ce que la CGT défend de meilleur : de bonnes conditions de travail et de salaire, des conventions collectives protectrices et des statuts garantissant de véritables droits aux salariés.

Mais pour y parvenir, nous devons être proactifs. Trop souvent, nous sommes placés dans une position de réaction face aux restructurations, aux fermetures de sites et aux plans antisociaux qui se multiplient. Je voudrais remercier les deux camarades qui sont venus témoigner de leur lutte. Lorsqu’on mène une lutte aussi grande, aussi dure, on en sort toujours grandi, changé à jamais. Ces expériences marquent profondément celles et ceux qui les vivent.

Sur ce projet, nous avons l’opportunité de porter nos revendications dès le départ, de peser sur son organisation et d’imposer nos exigences en matière sociale, environnementale et industrielle.

Dans notre fédération, il n’y a pratiquement pas une entreprise qui ne soit confrontée à des difficultés financières. Cela montre bien les choix qui sont faits aujourd’hui. Dans le privé, la rentabilité est devenue avant tout une logique financière, guidée par les exigences du capital.

On nous répète sans cesse qu’il faut trouver de l’argent. Pourtant, Fabienne a rappelé ce matin le montant des aides publiques accordées aux entreprises. De notre côté, à la FNIC, nous avons étudié les chiffres sur une longue période. Depuis les années 2000, ce sont près de 2 880 milliards d’euros d’aides publiques, d’exonérations fiscales et de cotisations sociales qui ont été distribués aux entreprises du CAC 40. Pas aux petites et moyennes entreprises qui pourraient avoir besoin d’un véritable soutien. On nous explique souvent que ces aides sont nécessaires pour accompagner les entreprises. Mais à la FNIC, nous considérons qu’il faut en finir avec les aides publiques distribuées. Lorsqu’une entreprise bénéficie de l’argent public, elle doit ensuite le rembourser.

Si l’on mobilise de l’argent public, ce n’est pas simplement pour retarder une fermeture de site ou éviter des licenciements pendant quelques mois. C’est pour créer de l’emploi, maintenir l’activité et construire un avenir industriel sur les territoires. Aujourd’hui, le message que nous portons est simple. Lorsqu’une entreprise réalise plusieurs milliards d’euros de bénéfices, dispose de milliards de cash-flow et continue pourtant à réclamer entre 150 et 180 millions d’euros d’aides publiques par an, nous disons non. Une entreprise dans cette situation n’a pas besoin d’être financée par l’argent public.

En revanche, lorsqu’il s’agit de sauver une activité, de maintenir un outil industriel ou de préserver des emplois, alors on prête l’argent public. Et lorsque l’entreprise retrouve sa santé financière, les fruits de cet effort ne doivent pas finir dans la poche des actionnaires ou des dirigeants. Ils doivent revenir à la collectivité, parce qu’il s’agit de notre argent, de l’argent public.
Ne l’oublions jamais : cet argent appartient à tous.