Publié le 14 Sep. 2026
Christian Micaud, de l’Association des malades de la chimie, rappelle l’importance d’un suivi post-professionnel après l’exposition à des produits à risques, notamment dans l’industrie.

Intervention de Christian Micaud :

Il faut attirer votre attention sur la question du suivi post-professionnel. Lorsque nous avons créé notre association, il y a vingt-deux ans, nous avions identifié trois cas de cancer du rein parmi les salariés d’un même atelier. Aujourd’hui, ce sont quarante-neuf cas qui ont été recensés dans cet atelier et dans son environnement professionnel.

Nous avons pu faire avancer la reconnaissance de ces situations grâce à la condamnation de l’employeur pour faute inexcusable. Les personnes concernées ont toutes obtenu la reconnaissance de leur maladie professionnelle et présentent des taux d’incapacité permanente partielle (IPP) compris entre 25 % et 60 %.

Pourquoi le suivi post-professionnel est-il si important ? Notre expérience de vingt-deux années de travail sur ces dossiers nous a appris une chose essentielle : les maladies continuent d’apparaître trente ou quarante ans après la fin de l’exposition. Pour de nombreuses substances cancérogènes, il s’écoule en effet entre trente et quarante ans entre l’exposition et l’apparition du premier cancer.

C’est le cas de l’amiante, mais aussi du chlorure de vinyle, dont on parle beaucoup aujourd’hui à propos des canalisations en PVC. Ce produit était notamment utilisé à la Société d’emballage plastique de Montluçon. Les cancers et autres pathologies que nous constatons aujourd’hui sont les conséquences d’expositions professionnelles intenses et répétées pendant de nombreuses années. C’est précisément pour cette raison qu’un véritable suivi post-professionnel est indispensable : les risques ne disparaissent pas avec la fin de la carrière, ils accompagnent parfois les travailleurs durant plusieurs décennies.

Nous avons eu la chance d’obtenir un protocole avec l’Assurance maladie. Ainsi, tous les salariés ayant travaillé chez Adisseo bénéficient, jusqu’à la fin de leur vie, d’un suivi post-professionnel. Ils passent une échographie abdominale tous les deux ans et un scanner thoracique tous les cinq ans, avec une fréquence qui peut être ramenée à deux ans si leur état de santé le justifie.

C’est cette vigilance qu’il faut défendre. Le temps de latence de ces maladies est très long : il faut souvent attendre trente ou quarante ans avant qu’un cancer n’apparaisse. Bien souvent, c’est au moment où les salariés partent à la retraite que les premiers problèmes de santé se déclarent. C’est précisément à ce moment-là qu’ils ont le plus besoin d’un suivi médical régulier.