Publié le 14 Sep. 2026
Laurent Indrusiak, secrétaire général de l’UD CGT de l’Allier présente le projet Imerys, visant à exploiter une mine de lithium dans l’Allier, ses enjeux, ses perspectives, et comment la CGT a pu participer aux travaux et aux débats.

Présentation du projet Imerys

En octobre 2022, le groupe Imerys a annoncé son intention d’exploiter une mine de lithium sur la commune d’Échassières, dans l’Allier. Ce projet, estimé à 1,5 milliard d’euros d’investissement, vise à produire environ 34 000 tonnes d’hydroxyde de lithium par an, soit l’équivalent de la production nécessaire à 700 000 batteries pour véhicules électriques, et à créer près de 1 000 emplois directs.

L’exploitation consisterait à extraire, jusqu’à 400 mètres de profondeur, le minerai contenu sous la couche actuelle de kaolin. Selon Imerys, il s’agirait de la plus grande mine de lithium d’Europe.

La présence de lithium sur ce site n’est pas une découverte récente : dès les années 1980, des élus communistes avaient signalé l’intérêt du gisement et envisagé son utilisation pour des batteries électriques. Il y a une douzaine d’années, le Comité régional CGT Auvergne avait déjà organisé des assises de la filière automobile, au cours desquelles l’UD CGT de l’Allier avait évoqué l’opportunité d’une réflexion sur l’exploitation de ce gisement.

Depuis, la CGT a fait évoluer sa réflexion, intégrant pleinement les enjeux environnementaux et sociaux à ses positions. Si le projet devait aboutir, il devrait être exemplaire sur ces deux plans.

Enjeux nationaux et européens

Le projet Imerys a été classé Projet d’intérêt national majeur par le gouvernement français et figure parmi les 47 projets stratégiques européens pour l’approvisionnement en métaux et terres rares.

Ce projet s’inscrit dans une politique française et européenne visant à relancer l’activité minière, à assurer la souveraineté industrielle, et à répondre aux besoins en métaux critiques liés à la transition écologique.

Le travail de l’union départementale de l’Allier

Dès l’annonce du projet, l’UD CGT de l’Allier a exigé :

  • une transparence totale sur les aspects environnementaux, sociaux et économiques du dossier ;
  • des informations précises sur la nature des emplois annoncés, leur statut et leur durée ;
  • et l’organisation d’un débat public sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP).

L’UD a adressé un courrier en ce sens au préfet de l’Allier.

Pour approfondir l’analyse, un groupe de travail interne a été mis en place, composé :

  • de membres de la direction de l’UD ;
  • de camarades issus de différentes professions (mine-énergie, cheminots, santé, poste, etc.) ;
  • ainsi que de militants investis sur les questions environnementales.

Certains camarades de ce collectif participent également à des associations opposées au projet, ce qui a permis un débat interne riche et contradictoire.

Participation au débat public

L’UD CGT de l’Allier a participé activement au débat public, organisé entre 2023 et 2024, en assistant à près de 18 réunions, rassemblant environ 4 000 personnes. Lors de ces réunions, la CGT s’est exprimée tant sur les enjeux environnementaux que sur les enjeux sociaux, souvent en étant la seule organisation à interroger concrètement le porteur de projet sur la qualité et la nature des emplois.

Ce travail collectif, de longue haleine, s’est révélé passionnant et exigeant, notamment parce qu’il concerne un projet industriel majeur dans un département trop souvent confronté à la perte d’emplois industriels.

Coopération avec les fédérations

Même si la coordination avec toutes les fédérations n’a pas été systématique, l’UD a travaillé étroitement avec les fédérations Mines-Énergie et Verre et Céramique, dans un climat de confiance et de transparence. Ces fédérations ont reconnu le sérieux et la rigueur du travail effectué localement.

Situation actuelle du projet

Le projet n’est pas encore finalisé. L’UD CGT de l’Allier continue de suivre attentivement son évolution :

  • en participant aux commissions de concertation mises en place par Imerys ;
  • en restant vigilante sur les autorisations administratives et environnementales à venir.

La CGT entend, si le projet voit le jour, exercer pleinement son rôle syndical :

  • vigilance sur les conditions de travail ;
  • exigence sur la nature et la pérennité des emplois créés ;
  • revendication de l’application du statut du mineur à l’ensemble des salariés du site d’extraction.

Ouvertures et perspectives

Le travail mené par l’UD a suscité de nombreuses sollicitations, tant locales qu’internationales :

  • échanges avec La FGTB - Fédération générale du travail de Belgique ;
  • participation à des débats organisés par le journal Alternatives économiques ;
  • invitation de la Confédération CGT – Espace international à contribuer à une conférence internationale sur l’extraction minière, à laquelle l’UD a répondu positivement.

Conclusions

À ce jour, le projet reste à l’état de projet. Après avoir participé activemen au débat public (production d’un cahier d’acteurs et organisation d’une réunion déportée), la CGT a exprimé un avis nuancé mais plutôt favorable mais conditionné, reposant sur plusieurs exigences fortes :

  • respect strict des normes environnementales, notamment sur la gestion de l’eau (1,3 million de mètres-cubes par an prévus pour l’exploitation) ;
  • mise à niveau du transport ferroviaire entre le site d’extraction et le site de conversion ;
  • transparence totale sur les 1 000 emplois annoncés, leurs statuts et conditions de travail ;
  • protection sanitaire des salariés susceptibles d’être exposés à des produits dangereux ;
  • mise en place d’une filière de formation adaptée aux métiers liés au projet.

En conclusion, la CGT de l’Allier maintient une position nuancée : elle ne s’oppose pas au projet de manière dogmatique, mais elle en évalue l’ensemble des dimensions économiques, sociales et environnementales.