Intervention de Claude Martin :
Les matières premières critiques occupent aujourd’hui une place centrale dans les débats industriels et politiques, tant du fait de leur rôle clé dans la transition énergétique que des tensions géopolitiques qui en résultent.
Or quand on parle de minerais et de transition énergétique, on parle bien sûr de souveraineté ! 50 % des pays dans le monde dépendent de 3 ou 4 pays pour leur approvisionnement en minerais et 25 % de la Chine seule.
Les besoins de la Chine sont colossaux ! À elle seule elle représente plus de 40 % des investissements dans les énergies bas-carbone soit 4,2 % de son PIB (1,9 % pour l’Europe). La Chine c’est aussi 40 % de l’éolien mondial, 46 % du solaire ou encore 55 % de la mobilité électrique. Les investissements de la Chine seule équivalent à ceux de l’Europe, des États-Unis et du Royaume-Uni réunis.
Devant de tels chiffres se posent les défis de la sécurisation des approvisionnements, les stratégies industrielles émergentes, ainsi que les perspectives d’exploitation et de recyclage en France et en Europe.
Les minerais sont des « ressources finies » avec un volume défini non extensible à notre échelle de temps.
La conférence de ce jour est en lien direct avec la problématique géopolitique autour des chaînes d’approvisionnement en matières critiques. À l’échelle européenne, la sécurisation des ressources minérales s’inscrit dans un contexte de compétition internationale exacerbée, marquée par la domination de certains grands acteurs, au premier rang desquels la Chine, sur l’extraction, le raffinage et le recyclage de métaux stratégiques. De plus, 87 % des matières premières voyagent par les voies maritimes.
Le risque de dépendance excessive vis-à-vis de pays tiers (notamment la Chine, qui concentre parfois plus de 65 % de la production mondiale pour certains matériaux) a été identifié comme un enjeu central.
L’Union européenne, tout comme ses partenaires y compris sur la partie orientale hors UE, dont le Caucase du sud, se sont dotés d’objectifs visant à limiter cette dépendance et à renforcer leur autonomie stratégique, en promouvant relocalisation de certaines activités de raffinage, développement du recyclage, et diversification des sources d’approvisionnement.
L’Europe se trouve donc à un tournant critique. La quête d’autonomie stratégique et la transition vers une économie propre nécessitent l’accès aux minéraux et aux matières premières, mais cet impératif ne peut se faire au détriment des travailleurs, des communautés ou de la durabilité environnementale. Le secteur des industries extractives est essentiel à l’avenir de l’Europe et nécessite de s’organiser à tous les niveaux.
La transition énergétique commence dans la mine !
Au-delà de la géopolitique, la question de la faisabilité sociotechnique des projets miniers, de raffinage et de recyclage en Europe est essentielle. L’acceptabilité sociale, les contraintes réglementaires, ainsi que la volatilité des marchés mondiaux – alimentée par la géo-fragmentation – forment un ensemble de défis à relever pour accompagner la transition vers une économie bas carbone.
Les industriels du secteur électrique et des technologies de la transition énergétique sont en première ligne face à la criticité des ressources telles que le cuivre et l’aluminium. Ou encore la dépendance au lithium !
Plusieurs stratégies complémentaires doivent être discutées :
- Le « sourcing » et la sécurisation des approvisionnements : où allons-nous chercher les minerais ?
- L’Éco-conception et l’innovation : L’intégration de démarches d’éco-conception permet de réduire la masse et l’empreinte environnementale des équipements, via la recherche de compromis entre performance énergétique et minimisation de l’utilisation de matériaux critiques. L’exemple des disjoncteurs et transformateurs de puissance montre que la substitution partielle du cuivre par d’autres matériaux, ou l’optimisation des quantités utilisées, est déjà à l’œuvre.
- Le recyclage et l’économie circulaire : Le développement de filières de recyclage performantes, capables de garantir une pureté suffisante des matériaux secondaires, s’impose comme un levier essentiel pour limiter la dépendance aux ressources primaires. C’est ce que l’on appelle les « mines urbaines ».
On mesure donc rapidement l’urgence et se questionner sur l’extraction minière et surtout de ne pas dépendre totalement de pays tiers comme la Chine. Ensuite se posera la question des conditions dans lesquelles ont exploite les mines ! Mais ça c’est un autre sujet !