Introduction de Boris Plazzi :
Chers camarades de l’Allier,
Chers ami.es de la Confédération des syndicats d’Arménie et de la Confédération géorgienne des syndicats,
Chers représentants de la CSI et de la CES,
Nous sommes réunis aujourd’hui, dans la ville de Montluçon, pour parler d’un enjeu qui traverse nos territoires, nos lieux de travail et l’avenir même de nos sociétés : la transition juste, et plus particulièrement ce qu’elle implique dans le domaine de l’extraction minière.
La CGT mène depuis plusieurs années un travail de fond sur ces questions, en France comme à l’international. Dans le Caucase du Sud, en Arménie et en Géorgie, la confédération CGT a engagé depuis 2023 une coopération syndicale inédite née d’une conviction simple : le changement climatique est un défi mondial, et il n’y aura de réponse efficace que si les travailleurs et les travailleuses, quelque que soit leurs pays, sont pleinement associés aux décisions qui transforment leurs vies, si les syndicats qui représentent ces travailleurs agissent dans un esprit de solidarité autour des sujets concrets.
Sur le terrain, nos camarades arméniens et géorgiens font face à des réalités qui résonnent avec les nôtres. Les camarades géorgiens et arméniens se sont déjà rendus en France, au mois de mai 2024, où nous avons partagé avec eux notre vision des politiques européennes et française de la décarbonation.
En Arménie, la délégation syndicale CGT s’est rendue en avril 2025 dans la capitale Erevan, mais également dans la région du Syunik concentre d’importantes exploitations de cuivre ou de molybdène, au cœur de tensions géopolitiques. Nous y avons rencontré des grévistes qui se battaient pour leurs droits dans une zone marginalisée et classée à risque par la diplomatie française.
En Géorgie, où la délégation CGT s’est rendue au mois de septembre nous avons rencontré les travailleurs des mines de charbon promis à la fermeture dans le cadre des politiques vertes. Mais nous avons aussi rencontré des ouvriers des mines de manganèse, métal indispensable à la transition énergétique. Et pourtant la survie de leurs mines et de leurs usines est à la merci des soubresauts des marchés mondiaux des métaux. Nous avons aussi constaté sur place comment les projets hydroélectriques dits « verts » modifient profondément les microclimats et les usages agricoles, montrant une fois de plus que les enjeux environnementaux et sociaux sont étroitement liés.
Face à ces défis, notre travail commun a un objectif clair : intégrer les questions climatiques dans les revendications syndicales, du local à l’international. Cela implique de renforcer la formation syndicale, d’élaborer des argumentaires solides, de construire des campagnes adaptées à chaque territoire, et surtout de faire entendre la voix des travailleurs dans les arènes internationales : COP Climat, COP Biodiversité, COP Désertification.
En 2026, l’Arménie accueillera la COP Biodiversité, un moment majeur pour articuler plus étroitement les enjeux du climat, de la biodiversité et de l’usage des ressources naturelles.
Mais la transition juste n’est pas qu’un sujet international. Elle nous concerne directement ici, en France, dans les territoires où l’extractivisme revient au premier plan de la politique industrielle. Chez vous dans l’Allier, le projet de mine de lithium a été récemment déclaré d’intérêt national majeur, et fait partie des projets stratégiques au niveau européen. La CGT, avec ses unions départementales et ses fédérations, doit construire un rapport de force et un plaidoyer capable d’anticiper les impacts sur l’emploi, la santé, l’utilisation du foncier, l’eau et les équilibres écologiques.
C’est dans ce contexte que nous organisons aujourd’hui une conférence internationale sur la transition juste et l’extraction minière, avec nos camarades de la CTUA et de la GTUC. Ce sera un moment essentiel pour croiser les expériences, confronter les modèles de développement et construire des propositions syndicales robustes et crédibles.
Et en février 2026, nous publierons ensemble un matériel commun de communication pour mettre en lumière les réalités sociales et environnementales des territoires confrontés à l’extraction.
Notre ambition est claire : promouvoir les droits des travailleurs et des traailleuses, partout où les transformations économiques et écologiques bouleversent des vies et des territoires.
Nous voulons une transition qui ne se contente pas d’être « écologique » sur le papier, mais qui soit réellement socialement juste. Une transition qui n’abandonne pas les mineurs de Géorgie, qui ne laisse pas les ouvriers du cuivre d’Arménie seuls face aux multinationales. Qui ne transforme pas les territoires français en zones d’ombre pour satisfaire des besoins industriels imposés d’en haut.
La transition écologique ne réussira que si elle est démocratique, pensée avec les populations, et articulée autour des Principes directeurs de l’OIT pour une transition juste. C’est le sens de notre action syndicale, en France comme à l’international : construire un avenir où on protège à la fois le climat, les emplois et les droits humains.
Alors poursuivons ce travail, renforçons nos solidarités internationales, faisons entendre nos revendications dans les COP et dans les territoires, et affirmons haut et fort que la transition ne sera juste que si les travailleurs en sont les acteurs.