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Réaction de la CGT face aux violences contre les militants lors de la manifestation du 1er mai 2021

Publié le 5 mai. 2021
Temps de lecture : 1 min.

Valérie Lesage, secrétaire générale de la CGT d'Île-de-France, et Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, sont revenus, lors d'une conférence de presse, mercredi 5 mai, sur les violences contre les militants syndicaux à la manifestation du 1er mai à Paris.

Intervention de Valérie Lesage

Intervention de Valérie Lesage, secrétaire générale de l'URIF CGT, à la conférence de presse du 5 mai suite aux violences contre les militants CGT lors de la manifestation du 1er mai 2021.

Témoignage d'André, intérimaire

« Le 1er mai, la CGT a été attaquée.

Dans un premier temps, le carré de tête, là où se trouve la banderole des organisations syndicales, essuie la première provocation policière.

Boulevard Voltaire, une unité des CDS (compagnies départementales de sécurité, caractérisées par les bandes bleues sur leurs casques) tente d'éventrer le carré. Ils sont repoussés par le service d'ordre de la CGT. Une deuxième tentative policière est stoppée, place Léon-Blum.

Lors de l'entrée de la banderole de tête syndicale à Nation, les premières insultes fusent sur la CGT. Insultes sexistes, homophobes et racistes, langage propre à l'extrême droite, mais personne ne répond.

Alors que les camions avec les ballons devaient sortir par le cours de Vincennes, notre surprise a été de découvrir que la sortie était entravée par les grilles de la police. Nous avions tout de suite compris que la CGT était tombée dans une souricière savamment concoctée par la préfecture.

En même temps, les premiers camions syndicaux sont stoppés par quelques manifestant·e·s particulièrement hostiles aux syndicats. Leur objectif, selon les propos de certain·e·s, pouvoir s'en servir comme barricades contre les flics. La poignée de camarades qui protègent les camions et cherchent pacifiquement à les faire avancer, reçoivent une pluie de canettes de bière, des bouteilles, quelques pierres et des insultes. L'essentiel du SO, se trouvant proche du cours de Vincennes, accourt pour sécuriser les camions et protéger les camarades agressé·e·s.

Malgré les tentatives du SO pour temporiser et sécuriser sans violence, les camarades sont pris·es physiquement à partie. Des manifestant·e·s qui n'avaient pas assisté aux insultes et aux premiers coups du début arrivent massivement et s'en prennent physiquement aux camarades du SO. Pierres, barres de fer, bouteilles en verre avec liquide corrosif, canettes… pleuvent. Corps à corps. Seule issue possible pour nous : se défendre des coups et s'éloigner au plus vite.

Dès les premières minutes, les premiers blessés se comptent parmi le SO. Celui-ci est contraint de reculer, se défendre face aux coups de plus en plus violents qui tombent, secourir les camarades les plus en difficulté et protéger les camions qui cherchent tout de même à quitter les lieux en essayant de se rapprocher des grilles.

Malgré tout, une masse d'individus dont un grand nombre d'éléments d'extrême droite auxquels se joignent quelques gilets jaunes et quelques éléments du black-bloc, poursuivent leur chasse aux militants du SO CGT mais aussi contre des manifestant·e·s portant des autocollants CGT. Un camarade reçoit un coup de burin dans le dos, mais fort heureusement sans conséquences. Seul l’anorak est percé. 4 camions de la CGT sont détériorés. La haine déchaînée par ces individus contre la CGT se caractérise par sa violence extrême, verbale et physique, propre au fascisme.

Les méthodes violentes que nous avons subies sont le propre des fascistes.

Ces attaques inacceptables contre une organisation du mouvement ouvrier, qui a combattu le nazisme et le colonialisme, qui commémorait dans ce 1er Mai les héro·ïne·s de la Commune de Paris, et continue à combattre les politiques gouvernementales, font partie de la stratégie du capitalisme pour opposer les travailleur·se·s les un·e·s contre les autres.

Macron, le patronat et la préfecture jubilent. »

Témoignage de Barbara, agente hospitalière en Ehpad

Barbara, 46 ans, agente hospitalière en Ehpad (formée aux premiers secours), mère de deux enfants

« J’étais donc présente en tant que “street-médic” sur la manifestation du 1er mai 2021.

Je m’attendais à une manifestation difficile, car depuis la Loi travail, elles sont toutes très tendues. Cependant ce 1er mai-là, j’ai senti que ma vie a été en danger. J’ai été insultée, bousculée, j’ai reçu des projectiles alors même que j’intervenais auprès d’une manifestante. Les agresseurs, que je ne connaissais pas, ont même enlevé leur masque et m’ont craché dessus, comme s’ils voulaient me filer le covid en pleine crise sanitaire.

Je me suis retrouvée dans un moment surréaliste, d’une grande violence, gazée, brutalisée, menacée.

À aucun& moment, je me suis sentie le droit de répondre aux insultes telles que CGT collabo, CGT facho, ou même à sale lesbienne…Jamais je n’ai réagi ! Je me suis contentée d’éviter l’affrontement et les projectiles. Pourtant, aujourd’hui je reste choquée psychologiquement. Je me sens plus fragile dans l’espace public ; même en allant au travail, je sursaute au moindre bruit de forte intensité. En ce qui concerne mon corps, il porte encore les stigmates des bousculades, des bleus et des bosses.

Quand je me suis engagée dans l’ALS (animation des luttes et sécurité) de mon département (94), c’était pour accompagner et encadrer les manifestations, afin qu’elles se passent bien et que les revendications des salarié·e·s soient entendus dans l’espace public. Cela faisait suite aux manifestations contre la Loi travail. J’ai rejoint l’ALS, car cela me semblait nécessaire que des femmes salarié·e·s s’engagent et donnent du temps pour cette activité militante que sont les moments de manifestation. Se mettre au service de son organisation, bénévolement. L’ALS est une activité intégrante de notre activité syndicale, celle d'encadrer les luttes pour qu’elles se passent bien ! Aujourd’hui, demain, plus jamais, je veux avoir peur pour ma vie dans mon activité militante. Plus jamais, je veux me sentir en insécurité avec mes camarades. Nous avons été abandonné·e·s, laissé·e·s pour compte par les pouvoirs publics sur place. Les forces de l’ordre “ont laissé faire” en n’ouvrant pas les grilles place de la Nation, avenue du Trône. Elles ont permis aux agresseurs de continuer à nous malmener.

La manifestation du 1er mai est un moment important dans une année car elle est la journée internationale des travailleur·se·s, le moment où les salarié·e·s& sont ensemble, uni·e·s pour revendiquer plus de droits et plus de justice. S’attaquer à la CGT, ce jour-là, de cette façon-là, était ciblée, orchestrée. C’est inacceptable, intolérable… »

Témoignage de Nolwen, aide-soignante

« Je m’appelle Nolwenn, maman de deux enfants. Je suis aide soignante à l'APHP. j’ai participé à la manifestation du 1er mai à Paris en tant que militante CGT en contribuant à ALS 94, en tant que Medic pour porter assistance aux manifestants en cas de besoin. J’ai ressenti à la fin de cette manifestation que les manifestants qui portaient une étiquette CGT étaient pris pour cible. Nous avons subi un tas d’insultes sexistes, homophobes et racistes. De la violence sans précédent, même en assistant les camarades blessés, nous étions agressés physiquement et verbalement. Les forces de l’ordre nous ont laissé plus d’une heure sans issue place de la Nation en état de vulnérabilité sans protéger ou évacuer les manifestants. Honte aux donneurs d’ordres. »

Charlotte, 36 ans, prof de français et d’histoire-géographie en lycée professionnel

« Je m’occupais de coordonner la première ligne du groupe unitaire ALS de la manifestation pour ce 1er mai. Dès la mise en place, les forces de l’ordre nous provoquent avec une série d’ordres et de contre ordres. Nous arrivons tant bien que mal à mettre en place le carré de tête unitaire afin que la conférence de presse puisse démarrer.

Au bout de quelques minutes, un groupe hétérogène mélangeant de GJ et des individus isolés viennent se placer devant nous et face aux forces de l’ordre. Jusqu’à ce que la manifestation démarre nous essuyons des insultes sexistes du types “salopes à Martinez”, “putes à Macron” et autres “collabos”… Il me semble utile de préciser que je suis moi-même une femme et que la moitié de notre groupe est composée de femmes. Ces insultes prennent donc un caractère sexiste très clair. Ces personnes nous aboyaient dessus sans masque malgré nos demandes répétées de reculer et de ne pas nous parler aussi prêt sans masque.

Une fois la manifestation démarrée la tension a pu baisser avec une fluidité du cortège qui a permis à ce groupe de s’éloigner, jusqu’à ce que des charges des forces de l’ordre et un feu sur la chaussée au niveau de St-Ambroise nous contraignent à stopper l’avancée de la manifestation. Ce groupe revient vers nous et recommence à nous insulter. Ils et elles nous reprochent de ne pas avancer… alors que nous sommes bloqué·e·s par un feu qu'ils et elles continuent à alimenter.

Nous parvenons à Nation, dès notre arrivée sur la place des insultes fusent depuis un groupe d’une dizaines d’individus : “Putes à Macron”, “enculés”, “salopes à Martinez” “collabos”, “on va vous enculer”. On passe ensuite à des tentatives de blocage individuelles de l’avancée du cortège syndical. Nous parvenons à progresser tout en temporisant et discutant avec ces personnes. Le carré de tête parvient au bout du parcours, mais une partie des camionnettes syndicales semblent bloquées. Notre groupe traverse à nouveau la place pour aller aider nos camarades à faire progresser la fin du cortège au milieu de la foule. Nous sentons très rapidement qu’une dizaines d’individus nous repèrent et semblent hostiles. Des menaces nous sont adressées : “mort aux syndicats”, “on va vous crever”, “anti, anti-syndicalistes !”. Des gestes mimant des égorgements nous sont adressés.

La situation bascule dans la violence la plus brutale une fois que nous rejoignons nos camarades pris·es à partie sur les camions. Un groupe compact et structuré de 20/30 personnes nous bloque et nous pousse contre le véhicule, nous assenant des coups de poings, des coups de pieds, nous jetant des canettes pleines et fermées dessus alors que la plupart d’entre nous sont têtes nues. Nous recevons également des produits non identifiés nous brûlant le visage.

Nous parvenons à garder notre calme et à avancer jusqu’au fond de la place en nous protégeant les un·e·s les autres, en évitant des coups de barres en bois et en fer, de planches, de pierres, de produits non identifiés… Plusieurs camarades tombent au sol et nous devons les protéger pour les relever car nos agresseurs ne s’arrêtent pas et expriment clairement l’envie d’aller au bout… Je suis personnellement intervenue pour aider un camarade frappé au sol par 5 individus équipés de barre en bois…

Nous avons pu finalement nous regrouper au fond de la place, bloqué·e·s par le dispositif policier, récupérant nos bléssé·e·s, les équipant de casques car des projectiles nous visaient toujours.

Cette scène a duré une vingtaine de minutes durant lesquelles des individus m’ont insultée, utilisant toute la gamme du sexisme et de l’homophobie, nous taxant de “bouffeurs de merguez”, menacée de mort. J’ai ramassé plusieurs camarades âgés qui avaient chuté dans notre repli, récupéré des camarades pris à parti par plusieurs individus qui les éloignaient volontairement de notre groupe. Tout cela sans que les forces de l’ordre n’interviennent à aucun moment. Quand j’ai réalisé que les grilles anti-émeutes nous bloquaient& et que nos agresseurs nous poussaient contre elles tout en redoublant de haine, j’ai réellement pensé que j’allais être gravement blessée, voire pire… Durant les minutes où j’ai cherché l’ensemble des camarades de mon groupe, j’ai subi un stress jamais vécu, envisageant que certain·e·s étaient resté·e·s au sol, blessé·e·s. Heureusement ce n’est pas le cas, nous avons pu récupérer tou·te·s nos bléssé·e·s…»