Une convention pour livrer les chômeurs au flicage par des opérateurs privés

Publié le
Temps de lecture : 3 min.
A la veille de la création officielle de Pole Emploi, institution issue de la fusion entre l'Anpe et les Assedic, le projet de convention conclu entre l'Etat, l'Unedic et Pôle emploi récemment communiqué aux partenaires sociaux confirme les intentions malhonnêtes du gouvernement vis à vis des demandeurs d'emploi.
Sans surprise, c'est bel et bien la casse du service public de l'emploi qui est à l'ordre du jour avec la volonté de confier aux opérateurs privés, le placement des demandeurs d'emploi. Les choses sont dorénavant claires, la convention prévoit en effet expressément de confier le sort de 100.000 demandeurs d'emploi, au minimum, aux opérateurs de placement privés d'ici 2011, objectif d'autant plus atterrant que ces derniers n'ont jamais démontré leur efficacité, loin s'en faut.

Dernier exemple en date, les résultats d'une étude commandée l'an dernier à l'Ecole de Paris par les membres du Bureau de l'Unedic sur l'efficacité de ces opérateurs ont été soigneusement enterrés. Les résultats qui n’étaient certainement pas favorables au secteur privé n'ont tout bonnement jamais été communiqués aux partenaires sociaux malgré leurs demandes réitérées.

Sans complexe, le gouvernement poursuit pourtant sa logique de recours au privé. Sans aucune ambiguïté, la convention indique que les opérateurs privés auront ainsi pour mission de signaler les "manquements aux devoirs définis par l'article L 5412-1 du code du travail", en clair, le flicage des demandeurs d'emploi par les opérateurs privés est bel et bien à l'ordre du jour. Avec l'actuelle loi sur les droits et devoirs des demandeurs d'emploi qui pousse les chômeurs à accepter tout et n'importe quoi sous peine de voir leurs allocations supprimées, le gouvernement sera dorénavant assisté par le secteur privé dans sa volonté de radier massivement les chômeurs. Avec près de 47.000 inscrits à l'Anpe en octobre dernier, et la barre des 2 millions de chômeurs allègrement franchie, il faut dire que les choses urgent pour le gouvernement. Plus question aujourd'hui de pavoiser sur les pseudo "bons" chiffres du chômage, avec le spectre de la crise économique, il s'agit dorénavant de passer à la vitesse supérieure afin d'exclure un maximum de personnes des listes du service public de l'emploi, alors que plans sociaux et vagues de licenciement se multiplient dans le pays. Autre objectif de la convention, faire passer à 330.000 le nombre de contrats aidés en 2009, un chiffre qui reflète surtout la volonté du gouvernement de précariser encore plus le marché du travail.

A l'heure où se négocie la prochaine convention d'assurance chômage et où les salariés de l'Anpe manifestent (avec un taux de participation record de 70 % de grévistes ce 1er décembre ) leur inquiétude quant à leur avenir et leurs conditions de travail au sein de la future institution, la CGT exige pour sa part, l'exclusion totale des opérateurs privés du service public de l'emploi. Hostile à la fusion en cours, fusion effectuée au mépris des droits des chômeurs, des salariés des Anpe et de l'assurance-chômage ainsi que des partenaires sociaux largement mis sur la touche, la CGT revendique la mise en place d'un réel service public de l'emploi. Ceci afin d'accompagner demandeurs d'emploi et salariés précaires vers un retour à l'emploi durable et de qualité. En matière d'indemnisation chômage, la CGT revendique également l'instauration d’un régime qui n’exclue plus personne, ainsi qu'une durée et un montant d’indemnisation permettant de reprendre pied, de vivre correctement et dignement durant la période de chômage.