Un plan mal parti

Publié le 30 sep 2020
Temps de lecture : 4 min.
Le président de la République a récemment fait parvenir à François Bayrou une lettre de mission fixant les grandes orientations du nouveau Haut-Commissariat au Plan.

Si nous avons appelé de nos vœux et de longue date la mise en place d’une planification, la version « Macron » du plan ne peut que laisser sceptique…
Pas de chiffres… donc pas de plan !
La lettre d’Emmanuel Macron commence fort mal. Il explique, par exemple, que « la planification au sens chiffré, impératif, fixant des objectifs, domaine par domaine, de la production nationale […] n’est plus adaptée à notre temps. » La belle affaire ! Quelle est la justification de ce point de vue ? La complexité du monde ? Certes. Cela n’empêche pas le secteur privé, lui, de produire des stratégies chiffrées et de se donner des objectifs.
En réalité, toutes les grandes entreprises planifient. Le « plan » existe déjà, à deux nuances près ; il est sous-traité aux grandes entreprises et bénéficie d’abord non pas à l’intérêt général mais aux intérêts privés et à ceux qui détiennent le capital.
Le Président oublie, aussi, une différence de taille ; le développement des technologies de l’information (algorithmes, données en masse) qui permettent justement de pallier les déficiences de « l’ancien » plan. En définitive, Emmanuel Macron cherche à masquer son manque de volonté politique derrière une supposée « inadaptation du plan ».
Autre problème, le président veut clairement faire du Commissariat un lieu de « réflexion ». Mais quel est l’intérêt de discuter « dans l’abstrait » des grandes orientations du pays, si elles ne se traduisent par rien de concret ? Il manque à ce plan substance, ambition et projet clair. On a du mal à voir, pour l’instant, la différence entre France Stratégie et ce nouveau Commissariat.
C’est qu’en réalité tout l’intérêt du plan est justement de donner un chiffrage et de le rendre impératif. Déterminer les besoins, discuter des moyens, appliquer la décision ; voilà à quoi devrait servir un plan. Devant l’urgence environnementale, on aurait un espace qui permettrait de flécher l’investissement et l’emploi vers les projets d’avenir soutenables, à l’opposé du chaos qui caractérise le capitalisme contemporain dont les effets destructeurs sont, chaque jour, plus visibles. Ce n’est pas l’option retenue.
Prendre en compte le long-terme ? Chiche !
« Je considère que la prise en compte du long terme est pour notre temps une impérieuse obligation », écrit le Président. Cela tombe bien, c’est mot pour mot ce que nous portons à la CGT. Cela étant dit, c’est exactement l’inverse qui a cours dans les entreprises, particulièrement les grands groupes : l’intérêt de court-terme (celui des actionnaires) prime sur le long-terme, à savoir le développement soutenable de l’entreprise et de l’emploi pour répondre aux besoins.
Quel est l’intérêt de parler du long-terme au sein du Commissariat si rien de précis ne s’impose là où, précisément, on a besoin de réintroduire du long-terme, c’est-à-dire l’entreprise ? Sans être ennemi du colloque, discuter comme le veut le Président Macron de souveraineté, de transition écologique, de numérique ou d’inégalités, sans appliquer les fruits de la discussion sur le terrain, aura un intérêt sinon nul, du moins très limité.
Vrai plan… ou outil de communication?
Le Président Macron reprend à son compte ce qui faisait auparavant l’intérêt du plan : mettre autour de la table divers interlocuteurs ; organisations syndicales, monde académique et associations notamment. Mais, il manque un élément clé par rapport à « l’ancien » plan : l’aboutissement d’une discussion s’imposait auparavant à propos de l’organisation de la production. Il s’agissait, alors, de déterminer des objectifs, des moyens pour y arriver et de vérifier ensuite de l’efficacité ou non de ce qui a été mis en œuvre. Il va falloir que gouvernement et patronat acceptent que la décision de produire, combien et comment, passe des mains de quelques dirigeants aux mains de la collectivité, dans son ensemble. On ne peut plus tolérer que l’argent public soit versé sans conditions ni contreparties. Le plan est justement l’alternative à ce gaspillage budgétaire.
Au total, le risque est fort que ce Commissariat ne soit en définitive qu’un énième outil de communication creuse servant à satisfaire l’ambition de François Bayrou, ami fidèle du Président.
Le plan que nous appelons de nos vœux vise tout autre chose : permettre de donner une direction nette à la transition écologique, prendre en compte dans un même mouvement urgence sociale et environnementale et rendre opérationnel ce besoin. À la lecture de la lettre de mission de la présidence, il est clair que nous sommes loin du compte.

Montreuil, le 30 septembre 2020

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