En chemin pour la COP26… et déjà des revendications dans les bagages !

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Publié le 3 nov. 2021
La 26e conférence des Nations unies sur le climat s’est ouverte le 1er novembre à Glasgow. Jusqu’au 12 novembre, date de fermeture de la conférence, notre délégation CGT se fera l’écho des échanges et discussions qui s’y tiendront. Retrouvez aujourd’hui le premier volet de cette chronique.
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COP 26 Gare d'Euston Londres

Pour rejoindre la COP à Glasgow, la (petite) délégation CGT que nous formons a décidé de faire les choses bien : c’est en train que nous irons rejoindre nos camarades du mouvement syndical international et des activistes du monde entier pour tenter, à défaut d’être entendus, de renforcer les rangs de celles et ceux qui défendent une alternative face au cynisme des « world leaders ».

Et avant même d’arriver en terre écossaise, ce voyage est riche en enseignements à propos de la véritable urgence sociale et environnementale, celle du présent et du monde réel, celle contre laquelle on se bat au quotidien.

Un voyage tumultueux : frontières et luttes sociales

Le départ en EuroStar nous annonce la couleur : contrôle aux frontières, bien sûr, pour nous rappeler que le Brexit est passé par là, mais surtout une ribambelle de paperasse Covid.

En plus du désormais traditionnel pass sanitaire, on doit fournir un formulaire de localisation interminable, test PCR 72 heures avant le départ, test PCR 48 heures après l’arrivée, et, en prime pour la COP, un auto-test quotidien. Sérieux avec le protocole sanitaire ces britanniques ?

Pas vraiment : le pays compte près de 50 000 contaminations journalières, le système de santé est à nouveau saturé, les soignants réclament ici aussi une reconnaissance qui se traduise par des actes et le gouvernement, de son côté, ne cesse d’envoyer des contre-indications sur les gestes barrières. Mais les frontières c’est sacré, les étranger·ère·s et leurs maladies, on n’en veut pas !

C’est d’ailleurs ce que dénonce la majorité de nos camarades du Sud Global : leur exclusion politique de cette COP, par le non-accès aux vaccins, par des conditions de quarantaines intenables et des prix du logement exorbitants, est profondément anti-démocratique, alors qu’elles et ils sont concerné·e·s en premier chef par la catastrophe écologique.

Mais, était-on tentés de se dire, au moins le train c’est écologique, et le développement d’une forte filière ferroviaire à travers le monde, c’est un enjeu central pour toute COP un tant soit peu sérieuse. Encore faut-il que le train marche.

Arrivés à la gare de London Euston, on tombe sur une marée de voyageurs en attente de… leur train. Toutes les lignes sont bloquées et notre train pour Glasgow est bien-sûr annulé. « C’est tout le temps comme ça, nous dira une voyageuse bienvenue dans le système ferroviaire anglais ! »

Déterminés, et un peu affolés, on se débrouille pour trouver une alternative dans une autre gare parmi les multiples possibilités de compagnies privées… et hors de prix. Fin de l’histoire ?
Non, car la privatisation engagée en 1993 par le gouvernement conservateur anglais a évidemment affecté les lignes, très mal entretenues et couvertes par des équipes en sous-effectif.

Résultat : une arrivée avec 3 heures de retard qui nous permettra de découvrir que les camarades écossais aussi sont en lutte contre ce système privé. Une grève des travailleur·se·s du nettoyage des transports vient de commencer, succédant à celle des conducteur·rice·s de transports locaux la semaine passée – et ayant quasi fait capoter toute l’organisation de la COP.

Dans les deux cas, pas de mystère : c’est pour de meilleures conditions de travail, des salaires revus à la hausse et l’arrêt de la découpe en règle des lignes de transport local.

Transition juste avez-vous dit ? Boris Johnson vient pourtant de déclarer dans son discours inaugural : « Il faut que nous soyons des James Bond du changement climatique. » Chacun l’interprétera à sa manière…

Être présent·e·s pour porter l’enjeu de la justice sociale et environnementale

La conférence de Glasgow, COP 26, a commencé, et donc oui, derrière ce bal de voitures de luxes et de jets privés qui déposent nos « sauveurs », il est urgent d’opérer de véritables changements, par et pour les travailleur·se·s.

Beaucoup d’entre nous se demandent pourquoi nous sommes à la 26e COP, pourquoi, si justement nos voix ne sont pas entendues dans ce concert de déclarations de dirigeant·e·s tellement déconnecté·e·s de la vraie vie.

En premier lieu, il est bon de rappeler que ce « machin » de l’ONU, simplement nommé UNFCCC, est là pour trouver un compromis afin de mettre en route les nations du monde sur un chemin commun.

Quelles que soient les mauvaises décisions qui seront prises à cette COP, accorder les violons de centaines de peuples et territoires, aux priorités et aux intérêts parfois contradictoires, est un défi immense qui passera nécessairement par un dialogue nourri.

La deuxième, c’est que la société civile, les représentant·e·s des travailleur·se·s, les ONG, et d’autres groupes de populations ont été absent·e·s des discussions officielles durant les douze premières éditions.

Et avant même celles-ci, les grands industriels et autres pouvoirs économiques, déjà bien informés de la situation, se rencontraient pour structurer leurs démarches de lobbyistes afin de préserver leurs intérêts.

Notre simple présence est un acquis, qui les oblige à se positionner publiquement, qui met en lumière leurs manquements impardonnables et – bien que trop peu – nos revendications alternatives.

C’est aussi un lieu de rencontre, pour tou·te·s les syndicalistes et militant·e·s qui cherchent à creuser un sillon vers la justice sociale et environnementale. Nous ne sommes pas dupes, mais nous devons réagir partout où l’occasion nous en sera donnée.

C’est cela l’état d’esprit qui règne ici chez nombre de nos camarades, ou de nos « brothers and sisters », comme on dit ici.

Nos orientations CGT face aux mythes des mécanismes de marché

Nous avons le devoir d’être là afin de garantir une planète vivante pour les générations futures.

L’heure est grave car le dérèglement climatique s’accompagne d’une destruction organisée, et parfois sans retour en arrière possible, de la planète et des droits des êtres vivants, humains et non-humains. Il est impensable que l’humanité continue de dévaster la biodiversité avec des machines conduites par des travailleur·se·s exploité·e·s.

Face aux mythes des mécanismes de marchés et d’un capitalisme vert dopé par des technologies non-maîtrisées et expérimentales, nous porterons avec nos camarades des cinq continents les revendications communes sous l’égide de la Confédération syndicale internationale (la transition juste comme outil stratégique du mouvement syndical, les droits des travailleur·se·s et humains indispensables à sa mise en place, un fond réel de financement de la transition, en particulier vers le Sud global, la mise en place d'une politique industrielle coordonnée. Cliquez ici).

Face aux discours de bonimenteur de Macron toujours prompt à se refaire une virginité à l’international, nous rappellerons partout où nous le pourrons la réalité et la violence de sa politique en France, nos orientations CGT pour répondre à l’urgence sociale et environnementale, l’alliance inédite au sein de la coalition « Plus jamais ça », l’échec du projet Hercule grâce à un puissant mouvement de grève des travailleur·se·s du secteur de l’énergie, les batailles pour la réouverture du train des primeurs et contre la privatisation du rail, et toutes les autres luttes pour la justice sociale et environnementale dans lesquelles nos syndicats jouent souvent un rôle moteur…

On se retrouve donc dans le prochain épisode pour rentrer dans le vif du sujet des négociations en cours, vous rapporter les discussions qui animent nos camarades et les témoignages de luttes qui nous parviennent des quatre coins du monde. En attendant dormons tranquille, la terre crame mais tout va bien se passer !

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