COP 26 : plusieurs ambiances pour le mouvement syndical

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Publié le 8 oct 2021
Temps de lecture : 4 min.
7h00 du matin, on se trouve devant le dépôt de Kelvinhaugh Street, à deux pas du site de la COP. Les « cleansing workers » travailleurs de la ville de Glasgow en charge de l’entretien des rues, sont en grève, soutenus par leur syndicat GMB (branche affiliée au STUC, Congrès des Syndicats d’Écosse).

Les demandes sont simples, augmentation des salaires et des moyens mis dans le service.

Comme le raconte leur secrétaire de syndicat Chris Mitchell : « C'est une question d'environnement, de nettoyage, nous nous occupons du recyclage évidemment et des déchets alimentaires. Si vous vous souciez de l'environnement, vous devez investir dans les services, mais malheureusement, la ville de Glasgow ne fait que des économies d'efficacité, comme ils les appellent, mais nous ne les appelons pas autrement que des coupes. »

Une délégation syndicale internationale, dont la CGT, ainsi que des activistes pour le climat seront présents ce matin-là pour les soutenir, dans une ambiance festive et combative.

Quelques centaines de mètres plus loin, les négociations officielles commencent à entrer dans le dur, un passage de l’accord de Paris est au cœur de l’attention. L’article 6, censé notamment encadrer trois mécanismes cruciaux pour la mise en place effective de l’accord :

  • système d'échange de droits d'émissions de gaz à effet de serre entre des pays qui en émettent trop ;
  • un marché international de quotas d’émissions carbone (entreprises privées et publiques) ;
  • et un mécanisme « non-marchand », principalement des aides au développement.

Pourquoi est-ce si difficile ? Il leur faut trouver des règles de coopération effectives dans un régime capitaliste de mise en concurrence généralisée… pas besoin de faire un dessin. Un seul pays s’est positionné officiellement contre l’encadrement de cet article par des mécanismes de marché : la Bolivie.

Parmi les objectifs des syndicats présents à l’intérieur de la COP, chacun doit faire pression sur son gouvernement pour que tous les mécanismes de l’article 6 « mentionnent les droits des communautés locales et des peuples autochtones, la justice de genre, les droits du travail avec une transition juste et l'intégrité environnementale ».

D’une manière plus générale, il s’agit de s’assurer, entre autres choses, que les droits des travailleurs, la création d’emplois de qualité, le développement de stratégies industrielles, fassent partie intégrante des résultats de cette COP.

Ce à quoi se sont engagés près d’une vingtaine de gouvernements, dont celui français, se parant décidément de toutes les vertus au cours de cette COP.

Quid, donc, de nos propositions sur « l’enjeu social des questions environnementales dans le champ d’action des CSE » ?

De la raison du rejet de l’offre de reprise du site industriel de la Chapelle-Darblay répondant pourtant à tous les impératifs de l’accord de Paris ?

De la place ridicule accordée à la transition écologique dans le plan de relance du gouvernement et le peu de moyens mis dans la préservation de la biodiversité, pourtant pointé comme un élément fondamental pour la réduction des émissions de carbone ?

Mais les activités syndicales à cette COP ne se limitent pas à un nécessaire lobbying.

En dehors des enceintes des négociations, de nombreux évènements traitant des propositions et des stratégies syndicales alternatives s’organisent. La Coalition britannique COP 26 – regroupant ONG environnementales, syndicats, groupes pour la justice de genre et raciale, réseaux pour la paix et les droits des migrants, entre autres – est le principal centre logistique de ces évènements, se préparant à cette échéance depuis plus de deux ans.

Chaque jour une assemblée quotidienne se tient, nous participons à celle des travailleurs.

La secrétaire générale du STUC, Roz Foyer, introduit les échanges par un discours combatif. Elle explique l’impérative nécessité de s’organiser dans les entreprises, de se syndiquer, de travailler en lien avec les communautés et les territoires, car c’est ici qu’on imposera une véritable réponse à la crise qu’on traverse et qu’on construira la possibilité d’une alternative à grande échelle.

Elle citera en exemple ces dizaines de jeunes activistes venus apporter leur soutien au piquet de grève.
Des syndicalistes du monde entier se succéderont ensuite à la tribune, racontant chacun des expériences différentes de luttes syndicales conciliant justice sociale et environnementale, travaillant en convergence avec d’autres secteurs du mouvement social.

Ce bouillonnement militant, dans lequel les syndicalistes ont un rôle particulièrement central, se retrouvera entre autres lors de la Journée d’action mondiale du 6 novembre, à Glasgow, les syndicats y auront leur propre cortège qui s’annonce imposant.

Les syndicats britanniques ont bien bossé, des grèves sont organisées dans plusieurs secteurs, et ils seront présents aux côté des militants climat dans plus d’une cinquantaine de manifestations à travers le pays.

Côté CGT, nous co-organisons le 8 novembre prochain un évènement dans la continuité du Forum syndical international des transitions écologiques et sociales de juin dernier, dont l’appel de conclusion a été signé par près d’une cinquantaine de centrales syndicales.

Des camarades indiens, coréens, russes, sénégalais, canadiens seront présents à la tribune pour discuter des perspectives à construire.

On vous racontera tout ça, mais pour l’instant c’est la Grève Mondiale des Jeunes pour le Climat !

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Cop 26

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Nos repères CGT

Le développement humain durable suppose de rompre avec les politiques économiques actuelles qui sont en échec, et d’aller vers un autre type de croissance fondée sur des modalités de production et une exploitation des richesses plus équitables, en anticipant les transitions nécessaires, de manière à ce qu’elles ne portent pas préjudice aux salariés et à leurs familles.

Il faut mettre en cohérence les besoins de déplacement des personnes, d’acheminement des marchandises, et l’organisation du système du transport. Celle-ci doit être compatible avec le développement humain durable. Cela implique une maîtrise publique comme outil de régulation et contrôle.