« La guerre est souvent synonyme de régressions sociales »

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Publié le 16 Aoû. 2022
Rediffusion : cet été, nous vous proposons de redécouvrir des articles diffusés tout au long de l'année. L'occasion de revenir sur les grands thèmes d'actualité abordés par la CGT.
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La révolte gronde aux quatre coins du monde

Bernard Thibault a dirigé la CGT de 1999 à 2013 puis représenté pendant sept ans les travailleurs français à l’Organisation internationale du travail (OIT). 
Il siège aujourd’hui au comité d'organisation des JO de Paris. Sur fond de guerre en Ukraine, nous l’avons interrogé sur la défense des droits sociaux en période de conflit. 

« Une paix universelle et durable n’est envisageable que sur la base de la justice sociale » : ce principe était inscrit dans le préambule de la création de l’OIT en 1919.

Nous sommes en 2022, la Russie mène la guerre contre l’Ukraine et ailleurs, d’autres conflits menacent ou sont en cours. Quels sont les risques sur les droits sociaux des travailleurs ? 

Bernard Thibault : La guerre en Ukraine et les autres tensions internationales les bouleversent déjà… Au-delà des conséquences humaines catastrophiques, tout conflit a des répercussions sur le sort fait aux droits sociaux.

La guerre est un environnement favorable à la remise en cause, à l’affaiblissement ou, à la soi-disant impossibilité de répondre à un travail réglementé, organisé et structuré dans le respect de droits sociaux fondamentaux.
La guerre est souvent synonyme de restrictions des libertés, dont les libertés syndicales, et systématiquement synonyme de régressions sociales.

La paix durable dans le monde est impossible si s’accroissent la précarité, l’exclusion, le chômage et le mal vivre.

L’humanité n’a jamais été en capacité de produire autant de richesses qu’aujourd’hui et dans le même temps, les précarités sociales explosent. On prend des risques de tensions nouvelles si on ignore ces inégalités.

Si l’on superpose la carte des précarités sociales et la carte des conflits armés, que constate-t-on ?

L’histoire nous montre que les deux phénomènes sont liés.
L’OIT est née sur ce constat : la précarité sociale et la pauvreté engendrent des tensions et sont à l’origine de conflits.

C’est dans la précarité sociale que le nazisme a puisé son fonds de commerce politique, inspiré de racisme et de xénophobie, et conduit à la seconde guerre mondiale.

Quand on superpose les deux cartes, on s’aperçoit que les précarités sociales dans le monde et les tensions internationales se fondent assez systématiquement. 

Le développement des plateformes numériques, le boom du télétravail avec la crise sanitaire sont-ils aussi une source de bouleversement sur le terrain des droits sociaux ?

Le travail évolue avec l’impact des nouvelles technologies et des nouvelles capacités de produire.
Tout dépend de l’usage que l’on fait des nouvelles technologies : le télétravail, l’intelligence artificielle peuvent améliorer le bien-être au travail, mais aussi engendrer de nouvelles contraintes sur les métiers.

Bref, la question de la finalité de l’usage des nouvelles technologies est posée. Surtout dans un contexte de restructurations, de nouvelles formes d’organisation des entreprises, d’accélération et de multiplication des réseaux de sous-traitance qui cherchent à s’extraire des obligations sociales.

Dès que de nouvelles formes de travail apparaissent, il est indispensable de trouver les formes et le contenu du droit adapté à la situation des travailleurs.

Et pour ça, il faut une volonté politique partagé au niveau des États. Malheureusement, à l’échelle internationale, c’est plutôt l’argument de la mise en concurrence des travailleurs qui est mis en avant plutôt que la recherche d’une émancipation collective.

L’OIT pourrait-elle devenir l’organisation permettant à ces nouveaux salariés mondialisés de voir leurs droits défendus et adaptés aux nouvelles formes de travail, avec l’appui des syndicats les plus revendicatifs ?  

L’OIT est une agence des Nations Unies depuis l’après-seconde guerre mondiale.

Son mandat donné par 187 États avait été alors renforcé, mais pour autant, ses outils sont limités. Elle dit le droit international du travail, surveille la manière dont les États les respectent ou pas, impulse les normes internationales du travail.
Mais il lui manque le pouvoir de sanction, si bien que l’essentiel du commerce international s’exerce en infraction du droit international du travail.

On permet au monde des affaires de continuer de faire des affaires indépendamment des conditions réservées aux salariés…

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