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Un plan de développement pour le fret ferroviaire

Publié le 24 sep 2020
Temps de lecture : 4 min.
« 1 000 Perpignan-Rungis en 2050, c’est possible! » pour la CGT cheminots, qui a présenté lundi 21 septembre son plan de rupture pour le développement du transport public ferroviaire des marchandises. Une contribution à partager pour construire le monde d'après.

Début septembre, le Premier ministre Jean Castex a présenté un énième plan de relance pour le fret ferroviaire. Le sixième en vingt ans ! Mais le petit dernier s’appuie encore une fois sur une stratégie libérale avec un accroissement de la subvention à l’activité et une chasse aux « coûts » de la SNCF.

Le fret souffre d’une gestion libérale et d’un manque d’investissements qui dégrade l’offre existante

Objet de nombreuses promesses depuis vingt ans, les stratégies de libéralisation et de mise en concurrence du fret ferroviaire ont déjà été éprouvées. Pourtant, aucun plan n’a fait l’objet d’un bilan sérieux. En 2007, lors du Grenelle de l’environnement, l’État s’était engagé à renforcer le transport ferroviaire de marchandises pour atteindre 25 % de part d’ici 2022. Non seulement l’objectif n’a pas été atteint, mais la part du ferroviaire a diminué dans le transport de marchandises. Elle atteignait péniblement les 10 % en 2016 au bénéfice de la route, jugée moins cher au kilomètre (principalement parce qu’une partie des coûts est externalisée) et plus pratique. Mais le coût de revient n’est pas le seul frein au développement du fret ferroviaire. Celui-ci souffre d’une gestion libérale et d’un manque d’investissements qui dégradent l’offre existante. Par exemple, un train de fret circule aujourd’hui à 120 km/h, contre 200 km/h il y a trente ans.

Face à ces constats, « développer le transport ferroviaire de marchandises n’est pas juste une question d’affinité ». « Il y a des raisons objectives d’impulser rapidement et massivement un report modal vers le train », précise le document syndical compilant les propositions CGT pour le fret.

13 « révolutions » pour développer le fret ferroviaire

Sachant que le transport routier de marchandises pollue 20 fois plus que le ferroviaire et en s’appuyant sur les études publiques qui prévoient une croissance de 80 % des besoins de transports de marchandises, l’État ne peut définitivement abandonner le secteur et le laisser entre les mains du marché. Aussi, pour rompre avec des mesures déjà éculées, la CGT cheminots a travaillé une série de 13 « révolutions » pour développer le fret ferroviaire qui nécessitent une action publique forte pour sortir de la « rentabilité immédiate ».

Le projet CGT est donc articulé sur le long terme et tient compte des spécificités du secteur, contrairement aux gouvernements qui, ses dernières années, « ont traité le ferroviaire comme n’importe quel mode de transport, notamment le mode routier » insiste Laurent Brun, secrétaire général de la fédération CGT cheminots. Pour élaborer ses propositions, le syndicat est parti des contraintes du fret ferroviaire, comme la rigidité de la chaîne logistique et s’est appuyé sur ses atouts en matières énergétique et environnementale.

Atteindre l’objectif des 25 % de la part modale d’ici 2050

Concrètement, le plan de développement élaboré par l’organisation syndicale préconise d’atteindre l’objectif des 25 % de la part modale d’ici 2050 en 3 phases, avec un suivi annuel pour renforcer l’existant et investir dans de nouvelles infrastructures.

Parmi les mesures préconisées pour contribuer à réorienter les flux de marchandises sur les modes les plus vertueux, la CGT propose que l’État impose aux grands logisticiens comme Amazon ou La Poste une obligation minimale d’utilisation du mode ferroviaire jusqu'à atteindre progressivement l'objectif de 25 % en 2050. Pour capter de nouveaux marchés, comme les produits frais ou les déchets, la CGT souhaite un programme de recherche et développement pour la conception de nouveaux types de wagons adaptés aux contraintes (comme la température) ou aux dimensions des produits et à leur manutention.

Pour faire vivre et grandir une alternative à la destruction du fret ferroviaire auprès des salariés du secteur et des usagers, la fédération cheminots compte sur la prise de conscience de la population sur les enjeux de la transition énergétique.

Dans le cadre de la démarche pour le progrès social et environnementale, la CGT lance une campagne pour soumettre ses propositions au débat et l'enrichir. Dans ce cadre, des initiatives en territoire sont en cours d’élaboration pour décliner localement les propositions CGT et porter des batailles autour de projets concrets comme le développement d’infrastructures dédiées aux triages ou aux plateformes multimodales.

13 propositions « ensemble pour le fret »
  1. Une action publique sur les externalités négatives ;
  2. Un objectif politique de 25 % de part modale d’ici 2050, phasé et suivi ;
  3. Un engagement massif de l’entreprise publique, protégée des aléas et du court-termisme de marché ;
  4. Des mesures sérieuses pour la relance du transport de petits lots (« wagons isolés ») ;
  5. La prise en compte des territoires dans les arbitrages liés aux transports ;
  6. Une impulsion de la puissance publique pour relier les infrastructures stratégiques (MIN, ports…) avec des solutions ferroviaires ;
  7. Une implication des grands logisticiens dans la réorientation modale de leurs flux ;
  8. Une extension du domaine de pertinence du ferroviaire à de nouvelles catégories de marchandises ;
  9. Un changement de la stratégie industrielle de SNCF Réseau dans la gestion des infrastructures, soutenu par l’État ;
  10. La complémentarité avec les autres modes de transport ;
  11. Une coordination avec la filière industrielle pour développer l’excellence ferroviaire française et l’emploi ;
  12. L’exemplarité sociale, car il ne peut y avoir de transport de qualité sans emplois et conditions sociales de qualité ;
  13. La coopération internationale européenne et eurasienne.

Le détail des propositions icidossier ensemble pour le fret

Débat « quel avenir pour le fret ferroviaire ? »

 

« Quel avenir pour le fret ferroviaire ? »

Débat avec Laurent Brun, secrétaire général de la fédération CGT des Cheminots, Jean-Pierre Farandou, président de la SNCF, Jean-Batiste Djebbari, ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, chargé des Transports, et Pierre Garzon, vice-président du conseil général du Val-de-Marne chargé des transports.

Débat réalisé dans le cadre de la fête de l'Humanité autrement et diffusé le dimanche 13 septembre 2020.

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