Des ouvriers agricoles pas reconnus

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Publié le 23 juin 2021
Temps de lecture : 3 min.
Si les syndicats d'ouvriers agricoles ont remporté la bataille contre le patronat agricole qui menaçait d'éliminer leurs acquis inscrits dans les conventions collectives locales, ils doivent encore faire reconnaître leurs qualifications et lutter contre la précarité.

Depuis 2019 et la création du Syndicat CGT des gardien·ne·s de troupeaux d'Ariège (SGT09), les syndicats de gardiens de troupeaux fleurissent dans les Pyrénées.

Leurs militants ont élaboré un cadre revendicatif commun pour faire reconnaître les responsabilités liées à leur métier. Les pâtres sont le plus souvent embauchés au printemps pour conduire les troupeaux à l'estive, dans la montagne. Leur contrat prend fin à l'automne.

Chargés de conduire, surveiller, soigner les troupeaux, mais aussi d'entretenir la ressource pastorale sur des surfaces très étendues, parfois de produire le fromage, seuls dans un milieu hostile, les gardiens de troupeaux salariés demandent à obtenir le statut de cadre.

Être reconnus au même niveau que les autres salariés est une lutte de longue haleine pour les salariés agricoles, comme ce fut le cas pour faire disparaître le Smag (salaire minimum agricole garanti) qui a longtemps été inférieur au Smic.

S'il n'y avait pas jusqu'à récemment de convention collective pour le secteur, des conventions collectives locales existent, avec parfois des acquis importants.

Avec la loi El Khomri, des négociations se sont engagées pour une convention collective nationale pour l'agriculture, « prétexte pour le patronat pour tenter de liquider des acquis locaux » commente Diane Grandchamp, secrétaire de la Fédération nationale agroalimentaire et forestière de la Confédération générale du travail (FNAF CGT).

Pour faire front, la FNAF CGT a construit une démarche unitaire avec la CGC, FO et la CFTC.

Cette unité a permis de gagner le maintien des conventions collectives territoriales et donc de leurs acquis. Le rapport de force et la démarche unitaire ont permis des avancées importantes ainsi que l'assurance que les pouvoirs publics participent aux négociations locales, « ce qui permet d'avoir un contrôle du respect du minimum légal » précise Diane Grandchamp.

À l'image des gardiens de troupeaux, les ouvriers agricoles gagnent rarement plus que le Smic alors qu'ils effectuent des métiers complexes en étant souvent seuls sur l'exploitation, ce qui entraîne des responsabilités importantes.

« Pour être ouvrier agricole, il faut nécessairement un niveau de qualification, qu'il s'agisse d'un diplôme ou d'un équivalent acquis par l'expérience. Mais le patronat refuse de le reconnaître » dénonce Diane Grandchamp.

En agriculture, la plupart des contrats sont précaires, qu'il s'agisse de contrats saisonniers, de contrats de détachement ou de CDD.

Travailleurs sans-papiers et réfugiés sont aussi nombreux à être embauchés : « Les patrons mettent le couteau sous la gorge des salariés pour qu’ils acceptent ce niveau de salaire, ces conditions de travail, les heures à n'en plus finir, le non-respect du droit social » déplore Diane Grandchamp.

Pourtant la nature des travaux à effectuer ne justifie pas de signer des contrats précaires. S'il y a bien des récoltes par saison, une grande partie des saisonniers travaillent dans l'agriculture dix mois par an.

Le travail pourrait être organisé de manière à pérenniser les emplois. Sur le modèle des Bourses du Travail, des groupements de salariés revendiqués par les syndicats CGT des gardiens de troupeaux pourraient ainsi être créés pour faire face aux groupements d'employeurs.

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