Pour le Black Friday, Amazon peut casser les prix, pas les salaires

Temps de lecture : 3 min.
Publié le 24 nov. 2022
Une journée de mobilisation est organisée le 25 novembre en France et partout dans le monde où est implanté Amazon pour une revalorisation des salaires et de meilleures conditions de travail. Le Black Friday sera un vendredi noir pour le géant du e-commerce.
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Salaire

#MakeAmazonPay : faire payer Amazon. C’est le mot d’ordre de la journée mondiale de mobilisation chez Amazon.

Que le Black Friday soit le plus noir possible pour la firme de Jeff Bezos !

Les presque 17 000 salariés et 7 000 intérimaires d’Amazon en France espèrent faire vivre au géant du e-commerce son pire Black Friday, le 25 novembre.

Au menu de ce vendredi de mobilisation mondiale, des débrayages sur les sites d’Amazon, du tractage, des prises de paroles et un mot d’ordre :

  • la revalorisation des salaires pour faire face à l’inflation,
  • l’amélioration des conditions de travail et la responsabilité sociale d’Amazon envers ses sous-traitants.

Plus de 1 000 accidents de travail dans le plus grand site de distribution Amazon en France

Cette journée d’action est à l’appel d’une vingtaine d’organisations syndicales réunies mi-novembre à Bruxelles pour coordonner des actions partout où est implantée la firme de Jeff Bezos.

Parmi elles :

  • Uni Global qui fédère 150 pays et porte la voix de 20 millions de travailleurs du secteur de services du monde entier,
  • la Fédération européenne des travailleurs du transport,
  • le puissant syndicat allemand Ver.di, 
  • bien sûr, la CGT, avec notamment l’Union départementale de l’Essonne où se trouve le plus gros site logistique d’Amazon, à Brétigny-sur-Orge.

« Sur la plateforme Amazon de Brétigny, où sont préparés et d’où sont expédiés le plus grand nombre de colis en France, il y a eu plus de 1 000 accidents de travail depuis le début de l’année 2022 », recense Fabrice Michaud, secrétaire général de la fédération CGT des transports (hors transport ferroviaire).

Au total, en France, Amazon compte huit sites de distribution : à Châlons-sur-Saône, Boves dans la Somme, Lille, Senlis, Montélimar, Metz, Saran, et Brétigny-sur-Orge. Ainsi que des entrepôts et des centres de tri. Au total, 33 sites sur l’Hexagone. 

Partout, il faut que ce Black Friday, qui va à l’encontre de la sobriété énergétique et ne respecte pas le principe de responsabilité sociétale des entreprises, soit l’occasion de faire entendre la voix des travailleurs de ces plateformes logistiques qui travaillent dans des conditions précaires. Comme l’a montré le film Nomadland, primé aux Oscars en 2021.

Quand le e-commerce s’essouffle, les sous-traitants d’Amazon trinquent

Le e-commerce montre des signes d’essoufflement en 2022 après deux années de croissance débridée pendant la crise sanitaire et les confinements.

Amazon a déjà annoncé 10 000 suppressions de postes aux Etats-Unis. Et quand ça va mal, ou disons, moins bien, les intérimaires et les sous-traitants trinquent. 

Fast Despatch Logistics en a récemment fait les frais en France. Jeff Bezos a rompu le 9 août le contrat avec son sous-traitant pour l’Hexagone. Déjà en difficultés financières, son principal donneur d’ordre, Amazon, l’a achevé. Résultat : 600 salariés se retrouvent sans emploi. 

« Amazon a une responsabilité sociale dans ses contrats avec les sous-traitants », relève Fabrice Michaud . Nous défendons la rédaction d’un guide de bonne conduite avec des clauses sociales en cas de difficultés financières des sous-traitants. 

Chez Amazon, superprofit ne rime pas avec partage de la richesse avec les travailleurs.

Pétition pour une taxe sur les superprofits

Pour une taxe des superprofits vraiment à la hauteur de la crise, les organisations du collectif Plus jamais ça dont la CGT*, lancent une pétition.

Le 49.3 déclenché par le gouvernement lors du vote du budget à l’Assemblée nationale a empêché tout débat parlementaire autour d’une taxation sur les superprofits des entreprises alors même que plusieurs amendements avaient été déposés par l’opposition pour rendre la taxe plus ambitieuse.

La taxe proposée par le gouvernement n’est pas à la hauteur et ne permettra pas de répondre à la crise que vivent les Françaises et les Français. Ceux-ci demeurent d’ailleurs toujours largement favorables à une taxe des superprofits qui permettrait de répondre à la crise du coût de la vie.

La taxation des superprofits entérinée par le gouvernement ne rapporterait que 200 millions en France, alors que son potentiel de rendement est estimé entre 10 et 20 milliards avec des dispositifs ambitieux.

Pour être réellement efficace, cette taxation doit en effet concerner tous les secteurs et pas seulement le secteur énergétique comme le propose le gouvernement. Des entreprises de l’agro-alimentaire, des transports ou encore de la finance ont aussi réalisé des rentes exceptionnelles grâce à la crise, qui ont contribué à augmenter le coût de la vie. Qu’est-ce qui justifie de ne pas les mettre à contribution ?

Le périmètre de la taxe retenu par le gouvernement est par ailleurs trop exposé aux manœuvres d’évasion fiscale des grandes entreprises.

Des grandes entreprises déconnectées de la réalité

L’hiver approche et les factures d’énergie commencent à exploser, le prix des produits de première nécessité s’envole depuis plusieurs mois.
En France, en un an, le prix du pain a augmenté de 3,8%, les pâtes de 12,3%. Dans le même temps, les quatre acteurs mondiaux du secteur de l’agroalimentaire, qui se partagent 70% du marché, réalisent des bénéfices stratosphériques.

Dans le secteur des transports, la CMA CGM a réalisé 14 milliards de dollars de profits au 1er semestre 2022, soit autant que sur toute l’année 2021. La ristourne à la pompe accordée par TotalEnergies a coûté 500 millions à l’entreprise alors qu’elle a accumulé cette année, au premier semestre, un bénéfice de 18,8 milliards de dollars.

Ces milliards générés bien souvent grâce à de la spéculation sont redistribués à leurs actionnaires tandis que, face à cette flambée des prix, 11% des Français·es sautent parfois des repas. Il est urgent de redéfinir le périmètre et les modalités de la taxe pour soutenir le niveau de vie des ménages, financer la transition écologique et limiter l’impact de l’inflation.

Pour une taxe vraiment utile

Cette taxe que nous appelons de nos vœux pourrait par exemple financer immédiatement la gratuité dans les cantines et les restaurants universitaires, en renforçant la mise en place des circuits courts.

Le train et les autres transports en commun pourraient également être rendus plus accessibles avec un tarif réduit ou forfaitaire sur tout le territoire, avec des moyens pour assurer le service.
On pourrait encore imaginer une aide massive pour rattraper le retard pris dans la rénovation des bâtiments sans hausse de loyer...

Revoir l’ambition de la taxe sur les superprofits est une question de justice sociale et serait un formidable accélérateur pour la transition écologique. C’est pourquoi les organisations exigent une taxe à la hauteur des enjeux !

La CGT s’inscrit dans la démarche et continue de porter la revendication d’une taxation de l’ensemble des profits. 

*Membres de l’Alliance Ecologique et Sociale signataires de cette pétition : AequitaZ, Les Amis de la Terre France, Attac France, La CGT, La Confédération paysanne, La Convergence des services publics, La Fondation Copernic, France Nature Environnement, La FSU, Greenpeace France, Mouvement pour une Alternative Non-Violente, Notre Affaire à Tous, Oxfam France, Réseau action Climat, Solidaires. 
 
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