Enfance en danger : assez de rapports, il faut des actes !
Un rapport accablant sur l’échec de l’État
Le 8 avril 2025, la commission d’enquête parlementaire a publié un rapport sans appel sur les manquements de l’État en matière de protection de l’enfance. Ce rapport vient confirmer ce que la CGT, aux côtés des professionnel-les de terrain, dénonce depuis des années : un système fragmenté, sous-financé, inégalitaire, et abandonné à des logiques comptables.
Le résultat de ces manquements est sans appel, aujourd’hui des milliers d’enfants sont détruits par les dysfonctionnements.
La rapporteure de la commission parle d’un « impensé des politiques publiques ».
Pour la CGT, ce n’est pas un oubli, mais une volonté délibérée de ne pas voir, de ne pas entendre. Les lois existent, les besoins sont identifiés, les rapports s’accumulent… mais les actes concrets et les moyens ne suivent pas. Une fois encore.
Des alertes multiples restées lettre morte
Depuis 2018, les rapports de l’IGAS, de la Cour des comptes, de l’Assemblée nationale, du CESE et de la Défenseure des droits pointent tous les mêmes dysfonctionnements :
- Explosion des mesures non mises en œuvre.
- Manque criant de professionnels qualifiés.
- Carence dans la prévention, les suivis, l’hébergement.
- Inégalités territoriales massives dans l’accès aux droits, et accompagnements disparates suivant les départements
- Des mineur·es isolé·es stigmatisé·es,...
Malgré le Livre blanc remis en décembre 2023 à cinq ministères, malgré les préconisations claires du CESE (octobre 2024) aucune réponse politique à la hauteur n’a été engagée.
Professionnel·les à bout, enfants en danger
Les taux d’occupations dans les établissements (des pouponnières, en passant par les maisons d’enfants et dans les familles d’accueil) n’ont jamais été aussi élevés. Il n’est plus possible de pouvoir répondre aux sollicitations et les professionnel-les sont épuisés.
Le gouvernement vient une fois encore d’annoncer une nouvelle baisse des budgets alloués aux services publics, y compris ceux dédiés à la protection de l’enfance. L’État persiste donc dans une logique d’austérité mortifère. Cette décision est irresponsable, dramatique et inacceptable.
Logique comptable contre droits fondamentaux
Derrière les discours, la réalité est brutale :
• Sureffectifs en pouponnières.
• Enfants malmenés en structure, sensée les protéger.
• Des jeunes meurent, abandonnés par le système.
• Des professionnels désabusés, ayant perdu le sens de la mission confiée
• Encadrements insuffisants.
• Recours accru aux intérimaires non qualifiés.
• Déqualification rampante des métiers du travail social.
Un service public démantelé, une réponse politique attendue
Que dire de certaines recommandations... digne du 19e siècle : On parle de développer le mentorat, le bénévolat, de mobiliser les tiers de confiance, de renforcer l’évaluation de la minorité… quelle aberration, alors que les difficultés des jeunes sont de plus en plus importantes, qu’une spécialisation est nécessaire pour répondre au mieux aux demandes, le rapport remet en avant le bénévolat, le mécénat….
La formation initiale et continue des professionnel-les, socle indispensable pour un accompagnement de qualité, est, elle aussi, fragilisée. Les métiers de la protection de l’enfance exigent des qualifications reconnues et spécifique (EJE, éducateurs spécialisés, assistants sociaux…), pas des formations au rabais. La pluridisciplinarité d’une équipe permet de travailler la spécificité de chaque situation en ayant une vision globale de celle-ci
Alors que les rapports recommandent une réelle prévention ; la PMI, la prévention spécialisée, les accueils de jour, les mesures éducatives en milieu ouvert manquent cruellement de moyens et de personnels.
Les revendications de la CGT pour la protection de l’enfance
Pour la CGT, la responsabilité de l’état est clairement engagée responsable, même s’il tente de se dédouaner en renvoyant la responsabilité sur les départements.
Alors que les travailleur-ses sociaux sont en première ligne : surcharge chronique, injonctions contradictoires, exposition à la violence, perte de sens, insatisfaction …
Ils ne lâchent rien. Ils ne se mobilisent pas seulement pour leurs salaires, mais pour défendre un service public respectueux, humain, et porteur de justice sociale.
La CGT demande :
- La centralisation des politiques de l’enfance, avec une mise en œuvre via les départements
- Des financements pérennes.
- Des recrutements massifs et pérennes de professionnel-les qualifié-es dans tous les services.
- Une revalorisation salariale harmonisée au niveau national.
- Des conditions de travail dignes et sécurisées.
- Une politique ambitieuse de prévention dès la petite enfance.
- La fin des logiques dérogatoires, de la précarisation des parcours, et de la sous-traitance à tout-va.
Pour la CGT, il est temps de dire non à l’austérité, oui à la solidarité.
La CGT appelle l’ensemble des professionnel-es, des familles, des citoyen-nes et des élu-es à se mobiliser pour que les enfants protégés ne soient plus les oubliés de la République.
« L’abandon des enfants les plus fragiles n’est pas une option. »
La CGT poursuivra son action sans relâche, aux côtés des professionnel-les et des familles, pour reconstruire une protection de l’enfance respectueuse, ambitieuse et humaine et appelle à la mobilisation le 19 juin à Paris devant les assises nationales de la protection de l'enfance.