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Plan de rupture contre plan de relance : 3 questions à la CGT

Publié le 9 fév 2021
Temps de lecture : 6 min.
Trois questions à Fabrice Angei, secrétaire confédéral dans le cadre de l'analyse du plan de relance de 100 milliards présenté par le gouvernement en septembre dernier.

Le gouvernement a annoncé le 3 septembre, un plan de relance de 100 milliards autour de trois priorités : transition écologique, compétitivité des entreprises et cohésion sociale. Est-ce une bonne nouvelle ?

Si on prend les items de manière littérale, on parle de transition sociale et écologique… On pourrait penser que c'est une bonne nouvelle. En réalité ce plan est tout autre chose.

Ce n'est pas une bonne nouvelle dans la mesure où cela nous apparaît comme une continuation des politiques libérales qui ont conduit à la fois à une crise écologique, crise sanitaire et à une crise sociale. On demeure sur une politique de l'offre. Des cadeaux pour l'essentiel aux entreprises, que ce soit des exonérations de cotisations sociales, ou encore des baisses des impôts de production, ou des aides sans contreparties ni véritable conditionnalité.

Le gouvernement persiste dans un schéma qui n'évite pas les crises.

Voyez la montée de la pauvreté : les associations d'aides à la personne évaluent à un million de personnes supplémentaires qui sont tombées dans la pauvreté. Elles se basent sur le nombre de repas servis et les aides apportées.

Que ce soit le Secours populaire ou le Secours catholique, ils estiment qu'un tiers de personnes en plus les fréquentent, et notamment beaucoup d'intérimaires et de jeunes. Ce sont les plus précaires.

Cela montre que ce plan de relance ne répond pas aux problèmes.

Les suppressions d'emploi se multiplient, aussi bien les PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) que les suppressions d'emploi invisibles (comme pour les intérimaires). Les jeunes ne trouvent pas d'emplois, les personnes en contrats courts, les saisonniers ne sont plus embauchés.

Ce plan de relance est à la fois insuffisant et mal orienté. Il n'y a rien véritablement en faveur de la jeunesse. Les aides qu'il propose le démontrent :

  • le développement du service civique - qui grignote l'emploi pour partie du service public ;
  • les emplois aidés, les aides au recrutement d'apprenti - sans la condition que l'employeur les garde dans l'entreprise.

Alors qu'il faudrait un véritable accompagnement, une aide financière pour la recherche d'un premier emploi, avec inscription à l'assurance chômage. Une proposition qui permet de mieux voir ce que peut être « la sécurité sociale pro­fessionnelle ».

D'entrée il faudrait la création de « garanties jeunes » pour ceux qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni scolarisés. Mais au lieu de cela, ce sont les vieilles recettes : la recherche d'une attractivité par une baisse des coûts. Rien sur l'augmentation des salaires. Pourtant 55 % de la production est tirée par la consommation des ménages. Pour ce qui est de l'écologie, on passe à côté !

La CGT propose a contrario un plan de rupture, pourquoi ?

Comme je l'ai indiqué, ce plan de relance n'en est pas véritablement un. Aussi, la CGT propose des alternatives. Prenez la rénovation des logements qui est un enjeu considérable : c'est 45 % de l'énergie du pays, 25 % des émissions de gaz à effets de serre.

Aujourd'hui ;un logement ;sur cinq est une passoire thermique.

L'État ne met sur la rénovation des logements que 7 millions. C'est à peine de quoi rénover 40 000 logements. Alors que, comme la CGT le préconise, si on remet la par­ticipation des entreprises à l'effort de construction du logement des salariés : le « 1 % logement » au taux effectif de 1 %(ça ne l'est plus aujourd'hui), cela aboutit à plus de 5 milliards par an collec­tés.

Si on pratique un système équivalent dans la fonction publique, comme le propose la CGT, c'est 1,5 milliard de plus par an. On totalise du coup 6,5 milliards qui peuvent permettre de rénover des logements, et lutter pour la transition écologique.

On peut trouver aussi des exemples dans l'industrie. Les aides publiques ne sont ni assujetties à contrepartie ni à conditionnalité. Pourtant si on les attribuait à condition qu'il y ait relocalisation, cela créerait des circuits courts qui eux-mêmes favoriseraient la transition écolo­gique, et aurait comme conséquence la réduction des gaz à effets de serre. Cela s'intégrerait dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Autre exemple, le projet que porte la CGT à « Verallia Cognac » avec la réouverture du four pour produire des récipients, des bouteilles en verre, recyclables, donc écologiques, pour les producteurs des vignobles de la région.

Ce sont des exemples précis qui montrent qu'il est possible de faire autrement en conciliant enjeux environnementaux (lutte contre le réchauffement) et enjeux sociaux (développement de l'emploi salarié).

En termes de salaire, la CGT réclame le Smic à 1 800 euros en salaire de départ avec la prise en compte des qualifications, un doublement du salaire a minima entre le début et la fin de carrière.

À la CGT, nous voulons un changement de paradigme. Cela permettrait d'allier les considéra­tions écologiques (comme Verallia), la question de la cohésion sociale (par exemple avec les jeunes) et les hausses de salaire, et créer de nouveaux emplois grâce à la mise en place des 32 heures qui pourraient servir au recrutement de jeunes.

Cela se traduirait par travailler moins, travailler mieux et partager le travail. C'est pourquoi nous parlons de plan de rupture, dans la mesure où pour nous, ce plan de rupture c'est un peu la mise en articulation et en cohérence de toutes les propositions que nous avons pu faire.

Que ce soit en termes d'emplois et de conditionnalité des aides publiques, de salaires, de prise en compte de la jeunesse, de résorption de la pauvreté, tout cela donne une direction qui est fondamentalement opposée à ce que met en place le gouvernement aujourd'hui, et dont les chiffres montrent que c'est un échec, sauf pour les dividendes puisque la bourse a battu un record au mois de novembre, avec une augmentation de 21,5 %. C'est la plus forte augmentation de l'indice boursier depuis sa création en 1987.

Ce plan de relance, c'est pour les actionnaires, mais ce n'est ni pour la population en général et les salariés en particulier ni pour la jeunesse.

La CGT a établi des fiches « plan de rupture ». Pour quel usage, pour quel besoin ?

Ce que nous avons voulu faire avec ces fiches, c'est partir des thématiques qui figuraient dans ce plan de relance du gouvernement - qui était surtout un grand plan de communication - pour démontrer que cela ne répondait pas au problème. Et que ça avait une autre visée, celle de préserver la santé financière des grandes sociétés, et le versement des dividendes aux actionnaires.

En contrepartie pour chacun des items, la CGT pro­pose une alternative.

Voilà l'objectif de ces fiches : des outils, qui aident à argumenter, à sensibiliser les salariés sur les questions économiques avec le lien sur leur vécu au quotidien.

C'est en quelque sorte méthodologique : à chaque fois que nous contestons (à juste titre), nous avançons des propositions pour faire autrement.

Prenez « la campagne 10 % de la fonction publique » : c'est 10 % d'augmentation de salaire, 10 % de création d'emploi, et une réduction de 10 % de temps de travail. Cela s'inscrit bien dans une déclinaison de ce plan de rupture.

Ce sont des outils mis au service des organisations pour pouvoir être déclinés au plus près des situations. Articuler cohésion sociale et environnement, mais aussi la question des emplois.

Ce plan de relance, si on prend un budget de 100 milliards pour un objectif affiché de 160 000 créations d'emplois, c'est plus que modeste. Et pour cause, le rythme naturel chaque année sans mesures supplémentaires, c'est 100 000 emplois créés.

Si on prend par exemple le CICE, avec 50 milliards du CICE, et que l'on ne crée au mieux que 50 000 emplois, on comprend que la finalité n'est pas l'emploi.

Si on les avait investis directement dans les emplois publics, dans les filières stratégiques, c'eut été a minima (par exemple dans la santé, l'enseigne­ment ou la transition écologique), la création directe de 300 000 emplois.

Alors que là le gouvernement donne principalement aux entreprises sans contreparties et ça ne marche pas !

Article tiré du dernier numéro du Peuple

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