Luxfer : une renaissance industrielle

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Publié le 21 jan 2022
Temps de lecture : 3 min.
Après 1138 jours de lutte, le projet de reprise d’activité du dernier producteur de bouteilles de gaz à haute pression en aluminium en Europe porté par les salariés et leur syndicat CGT, a enfin été acté par les financeurs publics et privés. Le redémarrage de la production est prévu pour 2024 grâce au savoir-faire des salariés et à la mobilisation de la CGT.

Alors que l’usine tournait à plein régime et engrangeait de bons résultats financiers, la direction annonce, en novembre 2018, la fermeture du site.

Comble du cynisme, la décision est présentée comme un investissement. Le centre d’innovation mondial n’était pas assez compétitif selon les critères de rentabilité de la direction du groupe.

Une décision incompréhensible

Les salariés engagent alors, avec leurs syndicats CGT et CFDT, un bras de fer avec le groupe anglo-saxon pour préserver l’activité industrielle.

Ils refusent de négocier les conditions du plan de licenciement et construisent un plan de continuité alternatif, puis partent à la recherche de repreneurs.

À chaque fois, la direction balaye les propositions. L’usine ferme en juin 2019, laissant sur le carreau 136 salariés et 27 intérimaires. Malgré la fermeture, les salariés restent mobilisés.

Alors qu’ils montent un projet depuis plusieurs mois en vue de racheter l’usine auvergnate, en janvier 2020, à l’appel des syndicats, une cinquantaine de salariés décident d’occuper le site, pour empêcher un démantèlement des machines.

Dans le même temps surgit la Covid : la lutte prend alors un nouveau tournant.

Dès lors, il n’est plus seulement question de sauver leurs emplois, les salariés veulent se rendre utiles. Ils proposent donc la nationalisation de l’usine pour répondre à la crise sanitaire.

L’État ne donnera pas suite, mais la ténacité des salariés ne s’arrête pas là.

Regroupés en association pour maintenir le lien et rester organisés, les salariés rencontrent des repreneurs potentiels.

Ils multiplient les projets adaptés aux stratégies industrielles de chacun à partir du savoir-faire des salariés alors que Luxfer refuse catégoriquement la cession du site.

Les ex-salariés finissent par convaincre un industriel et montent un projet. Celui-ci permet de ramener les pouvoirs publics autour de la table et d’aller chercher des financements.

Après plusieurs mois de travail, le 7 janvier, le projet de création des forges de Gerzat est signé.

D’ores et déjà, quelques anciens salariés sont associés à la conception de la nouvelle usine qui sera spécialisée dans les pièces forgées en aluminium.

Pour les futurs salariés (70 prévus pour la réouvertrure en 2024), un plan de formation, financé par la région, est programmé.

Si la phrase de Nelson Mandela « rien n’est impossible jusqu’à ce qu’on le fasse » trouve un bel écho dans la lutte des « Luxfer », ces trois dernières années ont été difficiles pour les ex-salariés.

Les deux tiers d’entre eux n’avaient toujours pas retrouvé d’emploi stable. Les ex-salariés ont été attentifs aux autres luttes qui les « ont beaucoup inspirés ».

Mais il n’y a pas de recette miracle. L’ancien responsable CGT, Axel Peronczyk, précise juste que « ne jamais rien lâcher, nous a permis de gagner du temps en attendant l’ouverture d’une fenêtre de tir, pour nous cela a été la Covid ».

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