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La colère monte dans le monde de la recherche

Publié le 25 mar 2020
Temps de lecture : 5 min.
Se saisissant du moment exceptionnel dans la vie de la nation que représente l’épidémie de Covid-19, le président de la République et avec lui le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation annoncent, sans autre forme de concertation, la mise en œuvre d’un ensemble de mesures, dont la plupart étaient déjà contenues en germe dans les documents préparatoires de la Loi de Programmation Pluriannuelle pour la Recherche (LPPR) et qui avaient déjà valu une véritable levée de boucliers de la part de la profession.

Depuis 2005, l’organisation de la recherche et son financement ont subi de profondes transformations. Sous-financement des établissements, effondrement des recrutements avec un recul préoccupant des emplois pérennes et un développement d’emplois précaires dans un cadre de mise en concurrence et des chercheurs, et des établissements.

Depuis le mois de janvier, bien avant la crise sanitaire en France, on ne compte plus les motions et les déclarations qui remontent des laboratoires, des instances des organismes et des conseils scientifiques des universités pour s’opposer au projet de la LPPR. 

“Les moyens pérennes pour financer la recherche, y compris la recherche fondamentale fondent à vue d’oeil. Ces moyens sont basés sur des appels à projet, qui ont une durée de quelques années. Si bien que les chercheurs passent un quart de leur temps à faire de la recherche de budget et non de la recherche dans leur domaine. C’est un problème de fond. Ce fonctionnement ne garantit pas la recherche fondamentale, avec des équipes qui font de la recherche sur le temps long”, détaille Marie Buisson, secrétaire générale de la FERC.

“Cette loi LPPR fait monter la colère. Le mouvement de mobilisation est très élevé dans la recherche. ça fait des années que les chercheur.ses subissent des baisses de budget, de l’austérité… et le Coronavirus amène de l’eau à leur moulin aussi. La recherche fondamentale en virologie, tout le monde voit que si on n’a pas de la recherche en permanence et fondamentale. Le jour où tu es confrontée à un problème sanitaire comme celui là, tu te rends compte que c’est compliqué de répondre aux besoins.” 

Pour autant, une fois le diagnostic posé, la prescription reste très en deçà des enjeux et ne fait que prolonger, sans rien y changer, les politiques en cours. Alors que depuis plus de 20 ans l’objectif de 1 % du PIB consacré à la recherche publique est affiché et proclamé, ils nous annoncent que celui-ci est renvoyé à l’horizon 2030.

La Recherche n’a pas besoin de faux-semblants et d’effets d’annonce

En France, la recherche a besoin d’un véritable choc d’investissement, de financements pérennes, d’emplois supplémentaires stables, statutaires et aux salaires attractifs dans toutes les catégories de personnels (chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, métiers supports…).

L’épidémie que nous vivons démontre dramatiquement le besoin d’une recherche forte, dont les financements sont assurés dans le temps, pour répondre aux besoins à venir, tant sociaux que sociétaux et environnementaux. Pour cela il faut, dès 2021, que 1 % du PIB soit consacré à la recherche publique.

Ce plan reste muet sur ce qui pourtant sera à l’origine de la recherche de demain : l’enseignement supérieur, haut lieu de formation et de recherches, est le grand oublié de ces annonces.

Pour notre organisation, hormis la nécessité d’une augmentation des moyens pérennes de la recherche fondamentale, sans laquelle toute velléité de R&D ou d’innovation est vaine, il faut créer les conditions de transfert qui soient profitables à l’ensemble de l’économie sans pour autant léser le secteur public garant de l’intérêt général.

De ce fait, la CGT propose que :

  • les pouvoirs publics arrêtent de s’entêter à faire perdurer des dispositifs d’interfaces qui, non content d’accaparer bon nombre de financements publics, restent d’une efficacité très limitée et complexifient le paysage de la recherche.
  • Soit questionné et réorienté tant sur la forme que sur le fond tout le système d’aide publique dédié à la recherche privée dans le cadre de négociations entre organisations syndicales et patronales et du gouvernement. Celles-ci doivent porter sur l'efficacité des modalités des aides, sur l'élaboration de critères d’attribution liés aux résultats des entreprises en termes d’accroissement de l’investissement en Recherche et Développement (R&D) et d’insertions professionnelles, mais aussi sur les modes de contrôle a priori et a posteriori. Parmi ces critères, celui sur la finalité des recherches financées par l'argent public devrait être introduit, celle-ci devant nécessairement répondre aux besoins des populations, comme par exemple la nécessité de recherche sur les maladies infectieuses pour l'industrie pharmaceutique.
  • Soit impulsé au travers des organismes nationaux de recherche dont dispose le pays (EPIC, EPST, Université, …) un plan de recherche public ambitieux de grands programmes ayant pour vocation d’aborder l’ensemble des défis sociétaux que nous devons relever.

La CGT entend permettre aux salariés et à leurs représentants d’intervenir sur les choix scientifiques et technologiques et les stratégies à mettre en œuvre sur le long terme. Ces stratégies déterminent le contenu de la recherche et de l'aval industriel. L'emploi, la formation, le contenu du travail de centaines de milliers d'individus sont en cause.


Le sursaut collectif ne se fera pas sans le syndicalisme, car celui-ci porte l'expérience plus que centenaire de la construction du rapport de forces pour défendre, préserver et améliorer un environnement vulnérable depuis longtemps : celui du travail.

La CGT entend prendre toute sa place quand de tels enjeux dépendent des choix qui vont être faits.

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