Face à la pénurie d’enseignants, il faut titulariser les contractuels

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Publié le 28 Aoû. 2022
Sans eux, la rentrée ne se fait pas. Pourtant les enseignants non titulaires ont un statut précaire. La CGT réclame un plan d’urgence pour l’Éducation nationale : pour susciter des vocations et entretenir un vivier de remplaçants, il faut revaloriser les salaires, titulariser les contractuels et abolir les réformes Blanquer.
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Rentrée des classes inégalitaire

Le 1er septembre, 12 millions d’élèves feront leur rentrée, et de l’aveu même du ministère de l’Éducation nationale, plus de 4 000 enseignants manquent à l’appel, dans le public et le privé.

Malgré les listes complémentaires ouvertes aux derniers concours enseignants. « Il y a aura un professeur devant chaque classe, dans toutes les écoles de France », a pourtant promis le 26 août Pap Ndiaye, le nouveau ministre de tutelle. 

Recours massif aux contractuels.

C’est-à-dire des profs non titularisés qui ont suivi trois jours de formation (au lieu d’un stage d’un an pour ceux reçus aux concours enseignants), « avec un statut précaire, des contrats de moins d’un an, des salaires payés en retard parce que les logiciels de paie sont inadaptés à la situation », décrit Charlotte Vanbesien, secrétaire générale adjointe de la Ferc, la Fédération de l'éducation, de la recherche et de la culture CGT. « Si tu veux qu’ils restent, tu les paies bien, en temps et en heure », résume celle qui est le bras droit de Marie Buisson, secrétaire générale de la FERC.

Pour attirer ces contractuels, certaines académies comme Versailles ou Toulouse ont organisé des « job dating », des rencontres professionnelles express « comme si c’était un métier lambda.

Enseigner, c’est un métier qui se réfléchit !, lance Charlotte Vanbesien, anciennement prof dans un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis.

Dans l’académie de Créteil, où 10% des enseignants sont des contractuels, cela a été un flop : sur les 100 candidats potentiels attendus, seulement 20 se sont présentés », ajoute la jeune femme.

Des effets d’annonces.

Comme pris dans un vent de panique, Emmanuel Macron et son ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, ont fait des annonces à quelques jours de cette rentrée à haut risque : le 25 août, le président de la République a promis qu’ « aucun enseignant ne débutera sa carrière sous les 2 000 euros net mensuels ».
Contre 1 500 euros aujourd’hui, sans les primes, et 1 400 euros pour un enseignant stagiaire. « Il faudrait alors revoir les points d’indice et toute la grille de salaires qui s’est tassée, prévient la porte-parole de la Ferc.

Depuis 2000, les salaires des enseignants ont baissé de 21% par rapport à l’indice des prix à la consommation. Pas de quoi susciter des vocations…

Le 26 août, pour sa première rentrée scolaire, c’était au tour de Pap Ndiaye d’annoncer qu’un concours exceptionnel de titularisation « d’un certain nombre de contractuels » serait ouvert au printemps 2023.

Cela fait des années que la CGT alerte sur la situation de l’Éducation nationale qui connait aujourd’hui une pénurie structurelle d’enseignants.

« Avant, cela se passait dans deux départements de relégation sociale, la Seine-Saint-Denis et le Val de Marne, et tout le monde s’en foutait. Aujourd’hui, même en Bretagne, on manque de profs ! », commente Charlotte Vanbesien.

La CGT demande de vraies revalorisations salariales pour les enseignants, mais aussi les infirmières scolaires, les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) qui sont à temps partiel imposé, le personnel administratif. 

Il faut abolir les réformes Blanquer dont l’application a dégradé les conditions de travail des enseignants. Réduire les effectifs en classe, recruter des enseignants et des AESH. Et améliorer le statut des contractuels. Avant, ils voyaient leur contrat interrompu pendant l’été. Cette année, il a été prolongé jusqu’au 31 août et renouvelé à la rentrée. « Et pourquoi pas leur proposer des CDI ? », interroge la Ferc. 

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