Final victorieux pour les salarié·es de l’opéra de Nice

Temps de lecture : 5 min.
Publié le 19 juin. 2023
Les artistes de l’opéra de Nice et leur syndicat CGT sont monté·es sur le devant de la scène pour défendre des revalorisations de salaire après quarante ans de vache maigre. À l’issue de plusieurs mois de lutte, le maire est contraint de céder : 7 à 16 % d’augmentation de salaire arrachée !
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Dans un décor où les dorures, les stucs et le velours rouge magnifient la scène, la bataille pour les salaires des artistes de l’opéra de Nice s’est déroulée en plusieurs actes.

Cette fois-ci, les salarié·es ne jouaient ni la comédie, ni un ballet. Ils ont écrit leur propre aria, inspirée des revendications sociales qui rythment le pays.

Celles et ceux qui, chaque soir, offrent des moments d’évasion et d’émerveillement au public, ont laissé leurs costumes et instruments de musique dans les coulisses. Elles et ils leur ont préféré les drapeaux rouges de la CGT, les banderoles aux caractères bien visibles de loin et les sifflets aux sons stridents pour faire résonner la musique de la lutte, celle des salaires.

Qui pourrait croire que derrière les épais rideaux de la scène se cachent des artistes dont la rémunération se situe en dessous du Smic ?

Celles et ceux qui, depuis l’enfance, consacrent de longues heures à l’apprentissage et à la sublimation de leurs arts ont fait face au mépris de la municipalité. En effet, plusieurs grilles de salaires parmi les trois corps de métiers artistiques que sont le ballet, le cœur et les musicien·nes n’atteignent pas le Smic.

Audience de choix pour l’ouverture de la lutte

Le syndicat CGT Nice métropole Côte-d’Azur – première organisation syndicale aux dernières élections professionnelles –  a écrit le premier acte avec le lancement, le 7 octobre 2022,  d’un dépôt d’un préavis de grève dès le 4 novembre. Pour marquer leur détermination, les agent·es de l’opéra ont retardé le spectacle La Sonnambula d’une heure et pris la parole devant les spectateur·ices qui ont parfaitement accueilli leur action.

Ce soir-là, le ministère de la Culture et la directrice de Drac (direction régionale des affaires Culturelles) assistaient à la représentation. Ils ont pu découvrir le peu d’égard que la ville de Nice accorde à ses agent·es. Ville qui sollicitait l’octroi du Label national pour son opéra, et qui a été « invitée » à corriger sa copie pour le décrocher…

Les mois passent, les revendications restent les mêmes :

  • la revalorisation salariale des trois corps artistiques et des postes spécifiques en tension ;
  • des recrutements dans l’artistique, l’administratif et la technique pour lutter contre la désorganisation du travail et l’équipement du personnel.

Les agents de l’opéra de Nice dénonçaient également le fait que leur rémunération était inférieure de 20 % au salaires perçus au sein des autres opéras en France.

Des conditions de travail difficiles pour des salaires faibles

Si la question des salaires était au cœur des revendication, les corps de métiers artistiques voulaient aussi alerter sur leurs conditions de travail. En effet, tou·tes les artistes sont contractuel·les car aucun cadre d’emploi dans la fonction publique n’existe. Un certain nombre d’entre elles et eux, notamment les danseur·ses, sont contraint·es de mettre un terme à leur carrière dès l’âge de 40 ans en raison des atteintes sur leurs corps, meurtris par de longues années d’intenses efforts physiques. À la fin de leur carrière et après avoir tant donné, ils se voient notifier un licenciement pour insuffisance professionnelle…

Les danseur·ses se comparent aux sportif·ves de haut niveau car l’exigence de leur passion laisse des traces indélébiles pour le reste de leur vie. C’est aussi le cas des musicien·nes qui développent très fréquemment des TMS et doivent pour beaucoup répéter les opérations chirurgicales pour poursuivre leur carrière. Toute cette pénibilité au travail n’est jamais reconnue – et a fortiori réparée.

Violaine, violon solo à l’opéra de Nice, raconte les douleurs récurrentes dont elle souffre par la pratique de son instrument – le violon – et dont personne ne se soucie.

La mairie n’écoute pas, l’orchestre joue plus fort

La ville de Nice est restée sourde aux demandes pourtant bien légitimes des agent·es et a joué la montre… sans compter sur l’opiniâtreté des salarié·es qui ont maintenu toujours plus haut leurs revendications et n’ont rien céder sur leurs exigences de hausses de salaires.

Un nouveau préavis de grève a donc été déposé le 27 mars 2023 pour les journées du 6 avril et du 31 mai, dates de la dernière représentation de « Falstaff » de Verdi et de la première de « La Bohème » de Puccini.

Les danseur·ses, musicien·nes, choristes et les agent·es administratif·ves ont poursuivi leur combat, et mis à profit toutes les occasions de faire monter la pression sur la municipalité. 

L’union et la détermination ont fini par payer

Au fur et à mesure que les représentations se rapprochaient et devant le succès des ventes de billets, la municipalité n’a eu d’autre choix que de satisfaire les revendications des 280 agent·es de l’opéra de Nice. Après plus de quarante ans sans négociation salariale, les agent·es étaient déterminé·es à ne rien lâcher !

Le maire s’est donc résolu donc à un accord sur les salaires. Les danseur·ses, les musicien·nes, les chanteur·ses et les agent·es spécifiques administrati·ves recevront donc une augmentation de 7 à 16 %.

Au terme du conflit, les liens se renforcent d’avantages au sein des équipes. Une nouvelle fois, la CGT confirme que la victoire est au rendez-vous lorsque que les travailleur·ses se saisissent pleinement de leur avenir. Nombreux et nombreuses sont les agent·es de l’opéra de Nice venu·es chercher leur carte de syndiqué·es à la CGT. Violaine, la responsable du syndicat CGT, nous raconte que beaucoup sont déjà impatient·es de mener de nouvelles actions pour défendre leurs droits. À suivre…

Montreuil le 16 juin 2023

Rédigé par M.A

Source : Article initialement publié ici

 

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