2026 : ces « années en 6 » qui racontent une histoire de luttes
1896 : s’organiser pour ne plus subir
Au congrès de Tours en 1896, la CGT tient son deuxième congrès, un an après sa création en 1895 pour réunir d’abord les syndicats d’industrie et de métier. Ce n’est d’ailleurs qu’au congrès de 1902 que la CGT réunira les syndicats professionnels et les Bourses du travail.
Le congrès de 1896 est un moment décisif : celui où l’organisation commence à se structurer et à affirmer son rôle dans le paysage social. Face à un patronat tout-puissant, l’idée est simple mais déterminante : s’unir pour peser.
Cette étape pose une question toujours actuelle : comment construire un syndicalisme de masse, capable de rassembler largement les salarié·es ? 130 ans après, c’est aussi à Tours que la CGT a tenu son 54e Congrès.
1906 : une ligne de conduite claire
Dix ans plus tard, la Charte d’Amiens vient préciser le rôle et l’ambition du syndicalisme. Elle affirme deux principes forts. D’abord, la « double besogne » : répondre aux revendications immédiates tout en portant une transformation de la société.
Ensuite, l’indépendance vis-à-vis des partis politiques, des Églises, du patronat et de toute influence extérieure. Ces choix structurants continuent de guider l’action syndicale aujourd’hui : partir du quotidien des salarié·es pour ouvrir des perspectives de progrès social.
1936 : des conquêtes arrachées par la grève
La réunification de la CGT avec La CGTU au congrès de Toulouse redonne une force considérable au mouvement syndical. Même la fédération de l’enseignement va rejoindre la CGT. Elle s’inscrit dans un contexte politique marqué par la montée des forces réactionnaires et fascistes en France et en Europe, mais aussi par la construction d’une dynamique unitaire progressiste, qui débouchera sur la victoire du Front populaire.
Mais ce basculement politique ne suffit pas à expliquer les conquêtes de 1936. Avant même la formation du gouvernement, les grèves se généralisent dans les entreprises, souvent avec occupations. Des millions de salarié·es cessent le travail, s’organisent, débattent, prennent confiance dans leur capacité à agir collectivement.
C’est ce mouvement d’ensemble qui va imposer des avancées majeures : congés payés, semaine de 40 heures sans perte de salaire, reconnaissance des conventions collectives, création des délégué·es du personnel. Pour la première fois, le pouvoir patronal est contraint de reconnaître des droits collectifs et de négociation.
Le Front populaire ouvre un cadre politique, mais ce sont bien les mobilisations, qui créent le rapport de force décisif. 1936 montre que les conquêtes sociales ne se décrètent pas : elles s’arrachent par l’action collective.
1946 : faire entrer la démocratie dans l’entreprise
Dans le prolongement des luttes du Front populaire, puis de l’engagement de la CGT dans la Résistance contre l’extrême droite vichyste, l’après-guerre ouvre une séquence décisive. Les forces du travail, fortement engagées
dans la Libération, pèsent pour transformer en profondeur l’organisation économique et sociale.
La création des comités d’entreprise marque une avancée majeure. Pour la première fois, les représentant·es des salarié·es disposent de droits reconnus pour intervenir dans la vie de l’entreprise : information, consultation, propositions.
Il ne s’agit plus seulement de défendre des revendications, mais de contester le pouvoir exclusif du patron et d’introduire des éléments de démocratie dans l’entreprise. Cette période voit aussi se structurer durablement des droits collectifs : généralisation de la négociation, consolidation des conventions collectives, développement
des activités sociales et culturelles.
Ces dernières ouvrent un accès élargi aux loisirs, à la culture, aux vacances — affirmant que les droits des salarié·es ne s’arrêtent pas aux portes de l’atelier ou du bureau.
Dans le même mouvement, la protection sociale se renforce, avec des conquêtes majeures issues du programme du Conseil national de la Résistance, au premier rang desquelles la Sécurité sociale. Autant d’avancées qui traduisent une ambition : garantir à chacun·e des droits tout au long de la vie.
On passe de « chacun selon ses moyens », à « chacun selon ses besoins ». 1946 marque ainsi un tournant : celui d’un syndicalisme qui ne se contente plus d’arracher des droits, mais qui contribue à les inscrire dans des cadres durables.
2006 : une mobilisation d’ampleur qui fait reculer le gouvernement
Le projet de Contrat première embauche (CPE) cristallisait une contestation large. Sous couvert de lutter contre le chômage des jeunes, il visait à instaurer une période de précarité prolongée, permettant aux employeurs de rompre le contrat sans motif pendant deux ans.
Très vite, la mobilisation prend de l’ampleur. Dans les universités, les lycées, les entreprises, la contestation s’organise. La question posée dépasse le seul CPE :
elle concerne plus largement le refus de la précarisation du travail et la défense de droits collectifs pour toutes et tous.
Aussi, toutes les organisations syndicales de travailleur·euses, dont la CGT, s’engagent aux côtés de la jeunesse.
Grèves, manifestations massives, blocages : le mouvement s’inscrit dans la durée et gagne en détermination.
La capacité à rassembler au-delà des statuts et des générations fait la force de cette mobilisation. Face à l’ampleur du mouvement, le gouvernement est contraint de retirer le texte.
Cette victoire rappelle une chose essentielle : lorsque le monde du travail et la jeunesse convergent, ils peuvent imposer un rapport de force favorable et faire reculer des réformes injustes.
Ainsi, la mobilisation de la jeunesse en 2006, soutenue par l’intersyndicale, réaffirme que l’action collective reste un levier décisif pour défendre et conquérir des droits.
2016 : un signal d’alerte
Avec la loi Travail, le gouvernement Valls-El Khomri engage une remise en cause profonde du droit du travail.
Inversion de la hiérarchie des normes, place accrue donnée à l’accord d’entreprise, facilitation des licenciements : c’est tout un socle de garanties collectives qui est fragilisé. Face à cette attaque, la mobilisation s’organise et s’inscrit dans la durée.
Manifestations massives, engagement de la jeunesse, grèves dans plusieurs secteurs : le refus de cette réforme s’exprime largement dans le pays. Pourtant, malgré ce niveau de contestation, le pouvoir choisit de passer en force.
Cette séquence a permis de vulgariser le droit du travail à une échelle de masse et a mis en lumière un décalage entre une mobilisation forte dans l’espace public et des difficultés à l’ancrer durablement dans tous les lieux de travail, notamment là où les salarié·es sont les plus précaires, isolés ou soumis à de fortes pressions comme c’est le cas dans le privé.
Elle pose alors des questions qui restent pleinement d’actualité :
- Comment construire des mobilisations qui tiennent dans la durée ?
- Comment élargir le rapport de force à l’ensemble du salariat, dans toute sa diversité ?
- Comment renforcer l’organisation sur les lieux de travail pour ne pas dépendre uniquement des temps forts nationaux ?
Une histoire qui continue de s’écrire
Ces « années en 6 » ne racontent pas une progression linéaire : l’histoire sociale ce sont des avancées et parfois
des reculs. Elles montrent que les droits se construisent dans le conflit, se consolident dans la durée… et peuvent être remis en cause.
En 2026, dans un contexte marqué par la progression des idées d’extrême droite et par des attaques répétées contre les droits collectifs, ces repères historiques prennent une résonance particulière.
C’est l’occasion pour la CGT de mettre en débat cette histoire vivante.
Comme l’an dernier pour les 130 ans de l’organisation, des initiatives s’organisent pour fêter les conquêtes de
1936. L’ambition n’est pas de regarder en arrière, mais pour mieux poser une question centrale : comment, aujourd’hui, prolonger ces conquêtes et en ouvrir de nouvelles ?
À l’occasion de l’anniversaire de 1936, la CGT ne se contente pas de commémorer : elle fait vivre cette histoire collective à travers plusieurs initiatives sur tout le territoire.
Exposition itinérante et spectacle, portés par l’Ancav, qui circuleront tout l’été dans les centres de vacances.
Colloque confédéral pour mettre en débat l’héritage de 1936 et ses prolongements aujourd’hui, organisé le 1er octobre.
Une carte postale commémorative, diffusée notamment lors du Tour de France, pour aller à la rencontre du plus grand nombre.
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