En lutte pour leurs droits, les salarié·es de la MC2 remportent la victoire

Temps de lecture : 3 min.
Publié le 19 déc. 2023
Après huit jours de grève, les travailleur·ses de la scène nationale de Grenoble ont obtenu une revalorisation de leurs salaires et la mise en œuvre de mesures visant à améliorer leurs conditions de travail.
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MC2 Grenoble – © Pablo Chignard / Divergence

Depuis déjà plusieurs années, les salarié·es de la MC2, grande scène nationale de Grenoble, alertaient leur direction sur la situation délétère qu’elles et ils subissaient sur leur lieu de travail. En juin, les deux tiers d’entre elles et eux (dont le délégué syndical CGT) avaient signé une lettre ouverte à leurs structures de tutelle, décrivant l’étendue du désastre :

  • un tiers des salarié·es permanent·es ont été ou sont encore en arrêt pour des raisons directement liées aux conditions de travail ;
  • un tiers des salarié·es permanent·es ont été amené·es à quitter la MC2 pour des raisons directement liées à des dérives managériales et à l’insécurité professionnelles ;
  • de nombreux·ses salarié·es encore présent·es dans la structure font état de souffrances psychologiques et physiques.

Le Syndicat national des professionnel·les du théâtre et des activités culturelles (Synptac-CGT) les avait soutenus à travers un communiqué daté du 5 juin 2023.

Pas d’amélioration, bien au contraire

Cinq mois plus tard, aucune évolution. Ou plutôt si : comme le rappelait le Synptac-CGT début novembre dans un communiqué, se sont ajoutés « des licenciements qui pourraient être qualifiés d’abusifs (procédures prud’homales en cours), une surcharge de travail liée au non-remplacement des salarié·es ayant quitté les effectifs (du fait des difficultés à stabiliser les effectifs au sein de la MC2 en particulier), et un échec de la négociation annuelle obligatoire concernant la politique salariale de l’établissement (du fait de la faiblesse des propositions de la direction) ».

La coupe est pleine

Face au mépris de leur employeur, les salarié·es sont entré·es en lutte. La grève a été votée à l’unanimité par les adhérent·es de la section syndicale Synptac-CGT de la MC2, une première journée le 7 novembre, puis de façon illimitée à partir du 17 novembre. Le rideau de fer s’est abaissé sur les portes de la scène nationale de Grenoble, il n’y aura pas de représentation ce soir-là – ni les suivants, jusqu’à ce que l’employeur accède aux légitimes revendications des travailleur·ses : des conditions de travail dignes et une revalorisation salariale qui leur permette de faire face à la forte inflation terrible qui perdure encore aujourd’hui.

Victoire des grévistes

Après huit jours de grève, un protocole de sortie du conflit a finalement été signé le 4 décembre dernier. Les salarié·es ont obtenu gain de cause, entre autres sur :

  • la sanctuarisation des accords d’entreprise en vigueur à la MC2 ;
  • la mise en œuvre de mesures visant à améliorer les conditions de travail, notamment sous l’angle du management, des recrutements et du suivi de la charge de travail des salarié·es (la MC2 compte 62 ETP en « rythme de croisière », réduits à 48 actuellement du fait des difficultés de recrutement) ;
  • la revalorisation des salaires (+ 90 euros bruts mensuels pour tou·tes les salarié·es permanente·es, + 2 % pour les salarié·es intermittent·es cadres et + 5 % pour les non-cadres), avec rétroactivité au 1er janvier 2023.

Acta est fabula ?

Si la victoire de nos camarades est à saluer, la pièce n’est pas jouée pour autant. Au-delà de la MC2, le Synptac-CGT alerte sur la situation qui affecte un trop grand nombre d’établissements labellisés (centres dramatiques nationaux, scènes nationales, scènes de musiques actuelles, etc.). Salaires en baisse (en euros constants), conditions de travail calamiteuses qui affectent la santé des travailleuses et travailleurs, menaces sur les accords d'entreprises, cahiers des charges aléatoirement respectés deviennent le lot commun d’un nombre grandissant de structures. Des luttes sont toujours en cours, comme à La Coursive, scène nationale de La Rochelle.

Alors que la Direction générale de la création artistique a lancé un cycle de concertation autour du plan « mieux produire, mieux diffuser », le conseil syndical national du Synptac-CGT revendique qu’un troisième volet soit urgemment pensé et mis en œuvre, pour « mieux travailler » dans le spectacle vivant public. Le gouvernement a en la matière une responsabilité première puisqu’il s’agit d’une politique publique à caractère national.

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