54ᵉ Congrès : c’est parti
Depuis plusieurs mois, la CGT a engagé la préparation de son 54ᵉ Congrès confédéral, prévu du 1ᵉʳ au 5 juin 2026 à Tours. Dans un contexte de crise sociale, de menaces de l’extrême droite et d'urgence environnementale, l'enjeu est clair : faire du prochain congrès un moment de travail sur l’organisation pour relancer l’activité syndicale et renforcer le rapport de force.
Les organisations du CCN veulent placer au cœur des débats la lutte contre l’extrême droite et la construction d’alternatives progressistes
Quelques semaines après les élections municipales et à dix mois de l'échéance présidentielle, le 54e Congrès se tiendra dans un contexte politique particulièrement tendu, marqué par la montée des forces réactionnaires et les reculs sociaux imposés par le capital. Fidèle à son histoire, les organisations du CCN veulent placer au cœur des débats la lutte contre l’extrême droite et la construction d’alternatives progressistes pour répondre notamment à l’urgence climatique.
Un congrès de combat face aux nouveaux défis
Dans un contexte mondial marqué par la montée de l’extrême droite, l'accélération de la casse des droits des travailleur·ses et la prédation des multinationales, une séquence internationale permettra de nourrir la réflexion collective d’expériences syndicales venues du monde entier.
Ce rendez-vous et plusieurs temps thématiques permettront d’échanger autour des trois axes majeurs :
- l’organisation de la lutte contre les extrêmes droites qui gagnent du terrain sur tous les continents,
- la construction de stratégies syndicales face au pouvoir grandissant des multinationales
- le renouveau des pratiques syndicales pour répondre aux nouvelles formes d’exploitation et de résistance dans un capitalisme mondialisé.
Un diagnostic sans complaisance
Malgré un regain de confiance depuis le conflit sur les retraites, il ne faut pas se voiler la face, la CGT reste confrontée à des difficultés majeures. Popularité et visibilité ne se traduisent pas suffisamment, ni en adhésions ou en progrès électoral, ni en conquêtes sociales majeures.
Dans son rapport devant les organisations du CCN, en novembre 2024, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT pointait la progression des Ictam (Ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise) vers le syndicalisme catégoriel, faute d’une CGT en phase avec leurs problématiques. Elle soulignait également l’extension des déserts syndicaux, où la CFDT conserve une meilleure implantation, grâce à ses syndicats professionnels territoriaux.
La baisse continue du nombre de syndicats actifs, l'augmentation du nombre d'adhérent·es isolé·es et la baisse du nombre de retraité·es syndiqué·es, sont autant de signaux d'alarme. Les organisations le reconnaissent : ces faiblesses structurelles fragilisent notre capacité à peser durablement dans le rapport de force.
Passer du dire au faire
L’heure n’est plus à l’analyse, mais à la décision. Aussi, l’ambition est de faire des questions d’organisation le pivot central du 54e Congrès. Parmi les pistes de travail évoquées, la confédération propose de mieux articuler l’action des structures fédérales, territoriales et interprofessionnelles afin de gagner en cohérence et en efficacité pour notamment reconstruire un syndicalisme de proximité, au plus près des besoins des salarié·es. Elle insiste aussi sur la nécessité de renforcer l’organisation des salarié·es isolé·es et des Ictam.
Dans ce contexte, le déploiement massif de la nouvelle version de Cogitiel (V2), qui sera effectif d’ici fin 2026, sera un levier essentiel pour améliorer l’organisation quotidienne.
Enfin, pour renouer avec l'esprit démocratique d'un syndicalisme de masse, l’ambition est de redonner toute leur place aux syndiqué·es dans la préparation, la discussion et l'élaboration des orientations. Chaque syndiqué·e doit pouvoir se sentir acteur et actrice de notre congrès. Dans cet objectif, une commission « débats préparatoires » a été mise en place pour associer davantage en amont syndicats et syndiqué·es.
Un cap vers un syndicalisme « concret » affirmé
En cohérence avec cet objectif, la commission du document d'orientation a pour mission de travailler un texte plus accessible. Il ne s'agit pas de lister toutes les revendications ou les positions anciennes, mais de tracer un plan de bataille pour renforcer le syndicalisme de lutte, gagner des avancées tangibles et s’implanter dans tous les secteurs du salariat.
Le bilan d'activité devra lui aussi être sans concessions a insisté Sophie Binet dans son rapport au CCN. Il s’agira pour la commission en charge de son élaboration d’analyser non seulement les actions confédérales, mais aussi leur impact réel. Une version synthétique destinée aux syndiqué·es et aux salarié·es sera proposée, pour démontrer par des exemples concrets l'utilité du syndicalisme CGT.
Enfin, pour éviter les blocages, la commission « règles et modes de vie » travaille à une charte clarifiante « qui fait quoi » entre structures, afin d’éviter doublons, conflits inutiles et dispersions.
Cultiver notre jardin syndical
« Un congrès n’est pas une contrainte statutaire. C’est une chance. La chance de cultiver notre jardin syndical pour renforcer durablement la CGT. » a souligné la secrétaire générale de la CGT qui souhaite que ce congrès impulse un état d'esprit : celui de la gagne. « C’est ce qui permet de construire un vrai processus de lutte… ».
« La capacité à identifier, dans toutes situations, les points d’appui qui progressivement permettent de changer la donne. Les étincelles qui permettent de mettre le feu aux poudres. La capacité, quand on perd par une porte, de repasser par la fenêtre. La nécessaire lucidité sur les difficultés ne doit jamais légitimer l’immobilisme ! Il nous faut aussi apprendre à plus et mieux utiliser tout le terrain de jeu syndical. Jouer en défense mais aussi en attaque. Ne pas être là où nous attend l’adversaire. Élargir les alliances. Ne pas avoir peur de dire quand on fait bouger des lignes et qu’on gagne, même partiellement. Oui, on ne gagne jamais tout... »
C’est en assumant la guerre de mouvement que nous pourrons rallumer les étincelles capables d’embraser les rapports de force. « Oui, toute victoire est toujours provisoire car nous sommes dans une guerre de mouvement, pas de position. Bref, il nous faut nous donner les moyens d’être la CGT de la gagne, et c’est comme ça que nous réussirons à syndiquer en masse et à donner envie aux salariés de rentrer dans nos luttes » poursuit Sophie Binet.
130 ans de luttes, 130 ans de transformations
Après une année 2025 marquée par le 130e anniversaire de la CGT, le 54e Congrès sera aussi un moment d'héritage et de projection. L’histoire de la CGT est celle d’une organisation qui a su se transformer face aux coups durs. Dans les années 80 déjà, face à l’effondrement du bloc de l’Est, la CGT avait évité l’isolement grâce à un travail en profondeur.
Cette capacité d’adaptation, de redéfinition de nos rapports au politique et au syndicalisme international doit aujourd’hui redevenir la boussole de l’organisation. Pas pour abandonner nos repères de classe, mais pour retrouver l’élan d’un syndicalisme de masse capable d'affronter les défis du XXIᵉ siècle : fragmentation du salariat, déserts syndicaux, crise écologique, offensive réactionnaire.
Le statu quo n’est plus une option
La préparation du congrès et l’appropriation des documents de congrès par le plus grand nombre de militant·es est déterminante pour enclencher ce processus.
L’ambition est de reprendre, ensemble, le fil des transformations sans renier notre ADN.
En effet, rester immobile nous marginaliserait davantage. À rebours de l’air du temps résigné, le 54e Congrès doit être celui de l'offensive, de l'audace et de la reconquête. Parce que, comme le rappelait Henri Krasucki dans les années sombres : « Une lucidité collective, ça se construit. »
Le 54e Congrès et sa préparation se fixe l’objectif de reconstruire avec l’ensemble des organisations de la CGT et ses militant·es, cette lucidité et cette combativité nécessaires pour que la CGT soit, demain encore, le syndicat de tout le salariat.