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Publié le mercredi 8 novembre 2017
Économie européenne

Reconnaître pleinement le rôle de l’investissement public



Presque dix ans après l’éclatement de la crise financière, la reprise économique et sociale peine à se faire sentir en Europe. Si les perspectives de croissance semblent s’améliorer un peu, avec une estimation fixée à 2,1 % pour la zone Euro en 2017 selon l’OCDE, la qualité de l’emploi se dégrade.

Après avoir chuté de 15 % en Europe, l’investissement n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant la crise, compromettant la relance de l’économie et la création d’emplois. Ainsi, l’Union européenne fait toujours face à un chômage de masse : plus de 20 millions de chômeurs, un chômage des jeunes inquiétant et un chômage de longue durée élevé. Le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale, passé de 116 millions en 2008 à 121,4 millions en 2013, représente plus de 25 % de la population européenne.

Ces performances économiques et sociales exécrables — et leur lot de souffrances pour les travailleurs — sont imputables aux politiques d’austérité mise en œuvre simultanément dans la quasi-totalité des États membres de l’Union européenne.

Dans le même temps, une politique de dévaluation interne agressive, visant à diminuer le « coût du travail », a été mise en place par une attaque violente des mécanismes de négociation collective et par la baisse des salaires réels dans de nombreux pays européens. Elle a eu pour conséquence d’affaiblir plus encore la demande, l’activité économique et l’emploi, tout en entraînant une augmentation des inégalités et de l’exclusion sociale, et en poussant l’économie européenne au bord de la déflation.

Dès 2013, la CES a proposé de consacrer 2 % du PIB européen, soit environ 260 milliards d’euros, chaque année, pendant dix ans, au financement d’investissements dans le domaine matériel (infrastructures, etc.), immatériel (formation) et social, ce qui permettrait de créer jusqu’à 11 millions d’emplois (pour une présentation et un commentaire CGT, se reporter à Analyses et documents économiques CGT, numéro 119, aout 2014, pp 30-33. Pour des propositions de mise en œuvre concrète, se reporter à l’étude Syndex 2014 et au communiqué CES du 01/12/2014).

En novembre 2014, la Commission européenne a lancé un « Plan d’investissement pour l’Europe », familièrement appelé « Plan Juncker », reposant sur une vision tronquée qui ignore les effets délétères de la financiarisation des entreprises, des politiques d’austérité et de compression des salaires sur la demande. Aussi bien la CES que la CGT ont pointé les nombreuses limites de ce plan (voir Le Peuple, Numéro 1735, octobre 2016, notamment sa durée de trois ans et son montant de 315 milliards d’euros, insuffisant au regard des besoins, la complexité de sa structure financière ou encore son effet d’aubaine (financement de projets déjà décidés). Mais surtout, l’argent public est destiné à garantir les éventuelles pertes des investisseurs privés. Il s’agit là de la grande faiblesse du Plan Juncker qui minore le rôle de l’investissement public dans la relance de la croissance et de l’emploi, en lui assignant un rôle passif.

Pour la CGT, il s’agit au contraire de reconnaître pleinement le rôle de l’investissement public, alors qu’il ne cesse de diminuer dans l’Union européenne et dans la zone euro depuis 2009, en se situant respectivement à 2,56 et 2,72 % du PIB aujourd’hui. L’investissement public est indispensable, eu égard au besoin de ne pas laisser le pilotage et le financement de la politique d’investissement au seules forces du marché, sous peine de négliger les investissements d’avenir permettant le plein développement des capacités humaines.

Il est pour cela nécessaire de sortir des politiques d’austérité budgétaire, de revoir le Pacte de stabilité et de croissance et les règles des traités en vigueur, de mettre en place un fonds européen d’investissement pérenne pour impulser un autre mode de développement, et de se doter d’un puissant plan d’investissement européen destiné à permettre la création massive d’emplois de qualité et la transition vers une économie bas-carbone.

Or, dans la proposition de la CES de 2013, il ne s’agissait donc pas d’un plan de relance « classique » reposant uniquement sur la construction d’infrastructures matérielles mais d’un projet porteur d’un développement économique, social et environnemental alternatif qui fait la part belle aux investissements dans le domaine social et qui se souci des aspects écologiques. Il ne s’agit pas non plus d’un plan d’investissement « classique » reposant sur l’investissement spéculatif ou de rationalisation compétitive mais d’un plan qui vise au contraire à développer l’investissement productif. Il ne s’agit pas davantage d’une addition de plan nationaux mais bien au contraire d’un dispositif intégralement européen destiné à renforcer la solidarité entre les pays membres de l’Union européenne, plutôt que leur concurrence, en apportant plus à ceux qui en ont besoin.

Cette proposition s’inscrit dans la logique du plein emploi solidaire et vise à modifier le rapport de force entre le capital et le travail par la création massive d’emplois de qualité. C’est cette approche qui doit être intégrée dans le socle social pour qu’il contribue au progrès social en Europe.

Montreuil, 8 novembre 2017