Pour la CGT, la question de la « dépendance » ne peut être dissociée de celle de la définition de la santé que nous mettons en avant. C’est la raison pour laquelle nous considérons qu’il faut parler d’aide à l’autonomie, question de santé qui ne se limite pas aux personnes âgées et qui doit constituer un droit nouveau pris en charge par la Sécurité sociale.
La manière dont la question a été abordée ces dernières années montre bien les dérives actuelles. La séparation de l’hébergement et du soin a permis l’ouverture d’un marché très lucratif que certains qualifient même « d’or gris ». Plusieurs groupes dominent ce marché avec des taux de croissance annuels de leur chiffre d’affaires de près de 10 % et une excellente rentabilité. Ils ont pour nom Orpéa-Clinéa, Korian ou encore Médica France. Ce qui est encore plus choquant sont les conflits d’intérêt avec des patrons, comme ceux de Korian qui après avoir dirigé des hôpitaux publics où ils ont fermé massivement les structures hospitalières appelées à l’époque de long séjour, prenant en charge justement des personnes âgées dépendantes, se sont réorientés vers le secteur privé lucratif pour développer une offre de substitution à ce qui n’existait plus dans le secteur public.
Pour les personnes âgées et leur famille, les conséquences financières sont particulièrement douloureuses avec des tarifs qui sont en moyenne de 2 200 euros par mois et peuvent dépasser 3 000 euros alors que la retraite moyenne est à 1 200 euros.
Dans le cadre d’une prise en charge globale, dissocier le soin de l’hébergement ne nous paraît pas pertinent. Ce d’autant que l’aspiration de la majorité des personnes âgées est de rester le plus longtemps possible à leur domicile.
Ce dont nous avons besoin ce n’est donc pas de créer une nouvelle branche de la Sécurité sociale mais bien de financements supplémentaires. En effet, le risque d’individualiser la prise en charge de la « dépendance » est de faire sortir du champ de l’Assurance maladie les pathologies chroniques multiples qui concourent à l’installation d’une perte d’autonomie.
Quand on sait aujourd’hui que ce que la Sécurité sociale appelle dans son jargon les « affections de longue durée » représentent 61 % de ses dépenses, on imagine tout de suite les « économies » qui pourraient être réalisées en sortant une partie de cette prise en charge de son domaine et en la faisant reposer sur une assurance « dépendance ».
Quand on parle d’assurance « dépendance », on voit poindre le nez des groupes d’assurance voyant là un marché juteux qui peut s’ouvrir à eux. Cette hypothèse est d’autant plus crédible face à l’antienne de la nécessité de réduction des déficits publics. Il faut être clair, la prise en charge de l’aide à l’autonomie dans le cadre de la Sécurité sociale et plus particulièrement de l’Assurance maladie nécessite d’augmenter la part du PIB qui y est consacrée de 1 à 1,5 points d’ici 2025 (projections du Conseil d’analyse stratégique). L’effort est donc très modéré et très loin des prévisions des Cassandre qui nous expliquent que c’est impossible face au dogme de la « réduction des déficits publics ».