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Publié le mardi 14 avril 2009

Le débat est ouvert



Le 49ème Congrès des syndicats de la CGT, aura lieu à Nantes du 7 au 11 décembre. Au-delà du rendez-vous statutaire, nous souhaitons en faire un évènement concret face aux défis à relever et y associer toutes celles et tous ceux qui s’interrogent sur la meilleure démarche à adopter pour répondre ces défis. C’est dans cet esprit, que la CGT ouvre dès à présent un forum de discussion sur son site.

Quelques principes du forum :
Les internautes peuvent réagir au texte ci dessous ainsi qu’aux commentaires publiés. Ne seront publiés sur ce forum que les textes en lien avec le sujet, ne comportant pas de propos diffamatoires, racistes, sexistes, homophobes et respectant d’une manière générale la fraternité et la courtoisie des échanges
.

La réflexion qui nous anime et que nous mettons en débat, s’appuie sur plusieurs repères :

· la crise sans précédent d’un système économique mondial, qui met à rude épreuve les capacités du mouvement syndical du niveau local à l’échelle internationale,

· l’appréciation sur de la pertinence de notre démarche syndicale,

· l’état de nos forces organisées et notre mode d’organisation

Le contexte est bien sûr d’abord marqué par la crise économique et ses répercussions, par les confrontations d’analyses qu’elles suscitent, par la capacité des différents acteurs dont le mouvement syndical y faire face.

Face à cette situation, il nous faut construire un rapport de force d’une autre dimension tant au niveau national qu’au niveau européen et mondial. Comment le construire ? Cela ne devrait-il pas être l’axe central de nos réflexions et de nos décisions pour le congrès ?

L’évolution du salariat

Pour la CGT, peser plus fortement sur les choix économiques et sociaux suppose de devenir un « syndicalisme d’adhérents ». Cela nécessite d’ouvrir plusieurs chantiers, comme celui des formes et du contenu des rassemblements unitaires à construire, celui de la représentation que nous avons du salariat lui-même et celui de la perspective de transformation sociale à laquelle nous travaillons.

Nous restons encore trop tributaires d’une conception du salariat organisée autour d’un noyau central s’étendant en cercles concentriques autour du salariat industriel qualifié. Le rapprochement actuel des catégories et notre démarche de sécurité sociale professionnelle portent au contraire l’exigence d’une unification par le haut, ce qui appelle de nouvelles approches en ce qui concerne les catégories et les batailles contre les clivages de genre, d’origine, de sexe.

Travailler sur le rapport des forces nécessite une appréciation équilibrée sur la réalité des luttes, du degré de mobilisation qu’elles entraînent, des convergences qu’elles portent comme des difficultés de les inscrire parfois en cohérence avec nos objectifs interprofessionnels.

Dans le contexte politique actuel il est essentiel de concentrer nos réflexions sur les conditions que nous sommes susceptibles de réunir pour créer le rapport de force permanent sur lequel les salariés peuvent s’appuyer en toutes circonstances.

Un syndicalisme rassemblé

Poursuivre la démarche unitaire, se donner l’ambition de gagner la convergence des organisations syndicales est primordial si nous voulons affirmer la place du syndicalisme dans le débat sur les choix à opérer.

Même si c’est difficile, rien ne peut se substituer à la convergence des organisations syndicales et des relations avec les ONG spécialisées dans tel ou tel domaine social ou sociétal. Le mot d’ordre de syndicalisme rassemblé doit retrouver une seconde jeunesse.

Un objectif que la CGT doit assumer

Le contexte, ce sont aussi des responsabilités accrues pour la CGT dans un paysage syndical qui demeure éparpillé, en recherche de recompositions sur fond de faible taux de syndicalisation.

La CGT est la principale force motrice du syndicalisme salarié en France. C’est la conséquence directe de nos efforts pour travailler en permanence à l’unité syndicale, à développer une démarche qui conjugue la contestation, la mobilisation, la proposition et la négociation.

C’est cette démarche reconnue, conjuguée au quotidien par les syndicats qui a fait le bon résultat des élections prud’homales.

C’est un encouragement pour nous fixer de nouvelles ambitions.

2009, c’est la première année de mise en œuvre concrète des nouvelles dispositions sur la représentativité syndicale et la négociation collective au niveau de l’entreprise.

Ne revient-il pas à la CGT, qui dispose de l’assise syndicale la plus large, de travailler aux conditions du rassemblement d’un syndicalisme que les nouvelles règles de représentation ne protègeront pas de l’éparpillement ?

Le Congrès doit être l’occasion de préciser notre attitude, notre expression, notre état d’esprit pour être acteurs dans l’évolution du paysage syndical français. Toutes les expériences attestent de l’efficacité de cette démarche qui consiste, à chaque fois que c’est possible, de conjuguer les forces disponibles pour porter les revendications.

Dans un contexte de faible taux de syndicalisation l’unité syndicale reste un levier essentiel dans le rapport de forces. Elle alimente une dynamique de mobilisation qu’aucun syndicat ne peut seul provoquer.

Etre lucide sur nos forces et celle du syndicalisme en France

Construire un rapport de force d’une toute autre dimension appelle nécessairement un regard lucide sur l’état de nos forces, les modes de fonctionnement et d’organisation de la CGT elle-même.

Or, les constats se succèdent, nous n’avons ni les forces organisées, ni une organisation de la CGT nous permettant d’atteindre nos objectifs revendicatifs principaux qui vont bien au-delà de l’objectif d’incarner une force de résistance aux velléités gouvernementales et patronales.

Par contre, c’est bien la CGT qui dispose du plus grand potentiel de développement par sa place singulière et son vaste réseau militant.

La CGT a besoin de changer

Non pas pour ne plus être la CGT. Nous avons besoin de changer pour être mieux la CGT, celle qui dans l’Article1 de ses statuts, s’assigne comme premier principe d’être « ouverte à tous les salariés, femmes et hommes, actifs, privés d’emploi et retraités, quels que soient leur statut social et professionnel, leur nationalité, leurs opinions politiques, philosophiques et religieuses ».

En quelque sorte, il s’agit de passer d’une force « aux côtés des salariés » pour reprendre notre mot d’ordre des élections prud’homales à « LA force des salariés ».

Sur la syndicalisation, les secteurs où notre taux de syndicalisation est le plus élevé sont ceux où les effectifs salariés sont en déclin. Les secteurs en croissance d’emplois restent ceux qui ont le taux de syndicalisation le plus faible. Sur 15 ans, l’audience de la CGT est relativement stable. Nous évaluons le rayonnement de la CGT par ses délégués syndicaux, auprès d’environ 4,2millions de salariés (16 millions sur le champ UNEDIC)

La répartition de l’emploi, le statut de celles et ceux qui l’occupent, ont été bouleversés dans les 25 dernières années et se sont traduits par une précarité grandissante.

Pour la plupart des jeunes, les premiers pas vers la vie professionnelle se traduisent par la galère et la précarité. Une grande majorité d’étudiants conjugue travail et études.

Le nombre de cadres ne cesse de croître pour atteindre environ 3millions.

les plus de 59ans représenteront 33% de la population en 2040.

Tout cela représente de formidables bouleversements du terrain sur lequel nous devons remplir notre mission.

Nous devons identifier les principaux points à travailler, en débattre et prendre des dispositions pour changer la donne.

Le premier d’entre eux concerne les forces organisées à la CGT. Nous ne pouvons plus nous en tenir au discours classique sur ce point.

Une CGT avec 2, 3, voire 4 fois plus de salariés organisés dans la CGT, cela changerait tout. Ce n’est pas utopique, c’est une question centrale. L’organisation des travailleurs sans papiers dans la CGT, l’organisation de salariés que nous qualifions d’isolés, les « nomades du travail » de plus en plus nombreux dans l’ensemble des professions, les demandes d’adhésion par Internet que nous avons du mal à transformer, cela nous bouscule.

Un syndicalisme exigeant

Notre syndicalisme est exigeant parce qu’il repose sur l’intervention des salariés eux-mêmes. L’élargissement de l’implantation de la CGT est donc une condition incontournable pour mener la bataille pour un nouveau statut du travail salarié, pour que les salariés soient reconnus à part entière comme acteurs dans la société, porteurs de valeurs et de revendications dans l’organisation et la finalité du travail.

Il y a également besoin de transformations dans l’organisation de la CGT. C’est même une condition pour faciliter et pérenniser la syndicalisation. Les transformations à opérer doivent s’élaborer dans une démarche qui implique le plus grand nombre, ce qui sous entend une préparation du prochain congrès dans les profondeurs de la CGT.

Il n’y aurait rien de plus inefficace et inopérant que des décisions administratives, d’autant plus qu’il n’y a pas de formules miracles. Ce sont les adhérents et les organisations d’aujourd’hui qui doivent penser la CGT de demain.

La conquête de nouveaux territoires, de nouveaux adhérents comme d’un autre mode de fonctionnement et d’organisation de la CGT nécessitent que nous dépassions le « chacun chez soi » empêchant une vue d’ensemble.

La réflexion devra porter de manière cohérente et complémentaire sur le syndicat, l’organisation professionnelle, l’organisation territoriale et la Confédération.

Le syndicat est notre point d’appui fondamental pour le contact avec les salariés. C’est leur couverture qui assure l’assise globale de la CGT, c’est de leur fonctionnement dont dépend la qualité du travail revendicatif, la mise en mouvement des salariés eux-mêmes, la vie démocratique de l’organisation, sa capacité à coordonner l’activité sur un plan professionnel et un plan interprofessionnel.

Pas davantage qu’hier, il n’est question de définir un profil type de syndicats mais il devient incontournable de se mettre d’accord sur quelques principes d’évolution nous permettant d’engager le mouvement.

C’est à la CGT de s’adapter à l’évolution du salariat

Ce n’est pas aux salariés de s’adapter aux structures de la CGT, c’est bien à la CGT d’imaginer, dès le syndicat, les modes d’organisation susceptibles de répondre aux besoins du plus grand nombre de salariés, quelle que soit la diversité des situations professionnelles.

Il apparaît également nécessaire de s’arrêter sur une nouvelle conception de la spécificité. Quelles sont les situations qui nécessitent une activité spécifique et qu’est-ce qui implique une organisation spécifique des syndiqués dans la CGT ?

Nous avons besoin d’agir aussi sur l’organisation et les identités professionnelles.

Il s’agit là aussi d’être en capacité d’identifier les nouveaux besoins, les nouvelles cohérences revendicatives susceptibles de fédérer les mobilisations au-delà des périmètres que veulent imposer les employeurs.

La structuration des fédérations professionnelles est le produit de notre histoire, résultat d’identités professionnelles qui se sont forgées au fil des luttes. Avant de décider du nombre de fédérations et leur périmètre, c’est la réflexion stratégique qui est, là aussi, privilégiée, une réflexion où la contribution de tous est indispensable.

L’entreprise est devenue une entité trop instable pour assurer la relation permanente entre la CGT et les salariés, notre présence par la couverture territoriale prend une dimension nouvelle.

Là également, essayons d’être imaginatifs en faisant preuve de souplesse. Le territoire ne se découpe ni administrativement ni seulement géographiquement mais en fonction des besoins identifiés pour une plus forte organisation des salariés dans la CGT. La consistance et la localisation des unions locales, leurs missions et leurs moyens, le rôle des unions départementales et notre activité régionale sont à appréhender en complémentarité.

La Confédération ne devra pas échapper au réexamen de ses missions et de son fonctionnement dans le double objectif de répondre aux besoins des organisations membres de la CGT et d’être l’outil favorisant la coproduction revendicative et le redéploiement pour la conquête de forces nouvelles.

C’est donc un chantier considérable qu’il est proposé d’ouvrir en vue du 49èmeCongrès, la CGT en a un impérieux besoin.