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Publié le lundi 19 mai 2008
Logement

Un enjeu très syndical

Logement

Pouvoir d’achat et habitat : même combat ? Dans un contexte de flambée des loyers, le logement est devenu l’une des préoccupations majeures des Français. Aux syndicats et aux salariés de s’en saisir et d’agir. Par Cyrielle Blaire

Les syndicats auraient-ils leur mot à dire en matière logement ?
C’est le cas depuis longtemps à travers la gestion du 1 % logement. Il revient en effet aux partenaires sociaux de décider de l’affectation de ces fonds collectés dans les entreprises de plus de 20 salariés, une partie étant distribuée sous forme d’aides spécifiques (aides loca-pass, garantie des risques locatifs, mobili-pass…). « Ces dispositifs, créés à l’initiative des syndicats, permettent aux salariés d’accéder au logement privé avec la garantie de pouvoir s’y maintenir malgré les aléas de la vie », rappelle Gérard Laugier, conseiller confédéral en charge du logement à la CGT.

Et dans les entreprises ? Des représentants syndicaux siègent dans les commissions logement (CL) des comités d’entreprise, obligatoires dans les sociétés de plus de 300 salariés. Leur mission est d’informer et faciliter l’accès du personnel à la propriété et à la location tout en participant aux choix opérés par le collecteur du 1 %.
Wahiba Kherzi, syndiquée CGT présidente d’une CL chez Manpower, témoigne des difficultés qu’elle rencontre à faire « bouger la commission. La direction ne nous donne aucune information », regrette cette syndicaliste, qui avoue mal maîtriser cet outil et peiner à mobiliser ses collègues. « Il y a une réelle nécessité à réinvestir et redynamiser nos positions dans les commissions, reconnaît Gérard Laugier.
Il faut surtout que les syndicats fassent le lien entre emploi, salaire et logement pour en faire un véritable enjeu revendicatif. En l’absence de CL, les élus du personnel devraient transformer les informations recueillies en exigences revendicatives.
 » C’est parfois déjà le cas sur le terrain. Lorsqu’en Haute-Savoie la filiale logement de la SNCF décide de doubler les loyers des employés retraités, la CGT intervient et parvient à sauver les meubles.
Autre expérience, celle de Nathalie Argenson, une syndicaliste CGT du CHU de Nîmes. En 2004, elle s’appuie sur le CHSCT pour diffuser un questionnaire mettant en évidence les graves difficultés et la détresse de nombreux employés mal ou pas logés.

Observateurs privilégiés des conditions de vie des salariés, les syndicats jouent un rôle d’alerte. En 2002, en Savoie, puis en 2004 dans les Hautes-Alpes – deux départements où les saisonniers peinent à s’héberger du fait de la pression foncière et de l’absence de logements sociaux –, un accord interprofessionnel a été signé grâce à la mobilisation de la CGT. « Pour convaincre, nous avons mis en avant les difficultés de recrutement, explique Antoine Fatiga, en charge des saisonniers à l’UD Savoie. Nous avons joué un rôle d’aiguillon en allant voir les mairies, les organisations patronales, en utilisant les médias. » Philippe Baot, de la CGT-chômeurs du Rhône, indique lui aussi que le savoir-faire syndical peut être mis au service des revendications logements : « Nous menons les négociations et intervenons auprès du conseil général, des offices HLM, mais aussi des bailleurs privés en récupérant des fonds de solidarités logement afin d’éviter des expulsions. »

Repères
1953. Décret-loi créant le 1 % Logement.
1990. Loi Besson. Le département conduit désormais le volet social de la politique du logement.
2000. Loi solidarité et renouvellement urbain (SRU) imposant aux communes de plus 50 000 habitants qui ne disposent pas de 20 % de logements sociaux de rattraper leur retard.
2004. Plan de cohésion sociale (Borloo). Objectif de passer de 80 000 logements sociaux en 2004 à 120 000 en 2009. Lancement du prêt à taux zéro.
Janvier 2008. Entrée en vigueur de la loi Dalo. Lancement par la ministre du Logement Christine Boutin de la « maison à 15 euros » par jour.
Vos droits
Le 1 % logement (en réalité 0,45 %, le reste des fonds étant consacré aux aides au logement) permet de financer un certain nombre de dispositifs d’accompagnement des salariés. Les aides loca-pass – permettant d’avancer les deux mois de caution -, la garantie des risques locatifs (GRL) – qui protège les propriétaires des impayés et évite les expulsions – ou encore le mobili-pass – facilitant la mobilité professionnelle – sont autant de produits qui facilitent l’accès ou le maintien dans un logement. Pour toute information, adressez-vous à votre comité d’entreprise.

Logement social
Un ravalement de façade
La relance de la construction néglige l’offre locative destinée aux plus modestes. Le budget logement, qui n’a jamais pesé aussi lourd, est devenu un facteur d’appauvrissement pour les classes moyennes et populaires.

Partout les demandes de logements sociaux s’empilent. Les centres d’hébergement affichent complet. 40 000 personnes vivent à l’année en camping, quand d’autres se réfugient dans l’habitat clandestin… Depuis 2000, les loyers ont progressé de 4,6 % l’an, soit largement le double du montant de l’inflation, sans que ni les revenus ni les aides personnelles au logement ne suivent. La part des dépenses liées au logement n’a du coup jamais pesé aussi lourd dans le panier des ménages, atteignant environ un quart des ressources. Et la crise du logement n’affecte plus uniquement les couches populaires. Les pouvoirs publics pourtant se félicitent : le nombre de mises en chantier ne cesse de croître d’année en année.
On construit, certes. Mais depuis 2000, les habitats de type intermédiaire (PLS) – produit à destination des classes moyennes entrant dans les 20 % de logement social imposés aux communes (loi SRU) – sont privilégiés au détriment des logements véritablement sociaux et très sociaux (PLUS et PLA-I). En 2005, sur les 410 000 logements neufs, seuls 36 600 ont été consacrés à des habitats locatifs accessibles aux bas revenus. Dans le privé le constat est identique : aujourd’hui seuls 6 % des logements privés ont un loyer de niveau HLM, contre 50 % en 1990. « On observe que la production, toutes catégories de logements confondues, n’est pas centrée vers ceux qui en ont le plus besoin, souligne Christophe Robert, directeur d’étude de la Fondation Abbé-Pierre. Pourtant deux tiers des Français auraient droit au logement social. »

En 2007, 50 % de salariés – employés à temps partiel compris – gagnaient en effet moins de 1 220 euros par mois. Pourquoi, alors, un tel décalage entre la réalité de la demande sociale et l’offre publique ? « Les pouvoirs publics sont restés aveugles aux évolutions socio-économiques du pays, constate Christophe Robert. Le déclassement des classes moyennes, le phénomène des travailleurs pauvres et la faiblesse des ressources des ménages, qui fragilisent la demande, n’ont pas été pris en considération. »

Didier Vanoni et Christophe Robert, “Logement et cohésion sociale. Le mal-logement au cœur des inégalités”, éd. La Découverte, 2007.