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Publié le jeudi 22 février 2007

T’chat du 20 février 2007 entre Maryse Dumas et les internautes



 [1]Maryse_Dumas : Bonjour le t’chat peut commencer.

Bandit : Bonjour Maryse, Pourrais-tu m’expliquer ce qu’est le "nouveau statut du travail salarié" car je n’ai jamais compris cette notion. Merci
Maryse_Dumas : Il s’agit d’éviter que le travail soit transformé en marchandises. Il faut donc lui reconnaître un statut. Dans le pays il y a un statut pour les artisans, un statut pour certaines professions libérales mais pas globalement pour le travail salarié. Notre volonté est de permettre que tous les salariés disposent de garanties nationales interprofessionnelles qui leur permettent de disposer de droits du début à la fin de leur carrière professionnelle. Droits qu’ils puissent imposer aux employeurs tout au long de cette carrière, même s’ils changent d’entreprise. C’est pour cela que nous employons le terme statut car actuellement les droits des salariés changent en fonction du contrat de travail, en fonction de la nature de l’employeur. Pour résumer, nouveau statut du travail salarié c’est un ensemble de revendications à faire vivre et grandir dans les entreprises, les professions et au niveau interprofessionnel.

CASTAY YVES : La sécurité sociale professionnelle, qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ? C’est quoi ? Qui finance ?
Maryse_Dumas : L’ambition de la cgt est d’obtenir que les salariés ne soient pas les victimes des restructurations, des délocalisations, des suppressions d’emplois. La sécurité sociale professionnelle c’est une partie de notre revendication pour un nouveau statut du travail salarié. Cette partie concerne le moment entre deux emplois. Nous voulons rendre caduque la notion de licenciement : quand l’emploi est supprimé le contrat de travail et le salaire devraient être maintenus jusqu’à ce que le reclassement soit effectif. L’entreprise qui supprime l’emploi resterait donc responsable et nous voudrions mettre en place une cotisation mutualisée des entreprises de la branche ou du bassin d’emploi pour financer ce moment de maintien du contrat de travail et du salaire afin que les entreprises aient plus intérêt à proposer un emploi aux salariés qu’à les maintenir au chômage comme c’est le cas aujourd’hui.

nathalie courtois : Bonjour Maryse Quelle est la différence entre nouveau statut du travail salarié et sécurité sociale professionnelle ?
Maryse_Dumas : Sécurité sociale professionnelle c’est une partie de la revendication globale de nouveau statut de travail salarié. Avec le nouveau statut nous voulons que chaque salarié ait le droit à une continuité et une progression de carrière, de salaire, de qualification, du début à la fin de son activité professionnelle. Qu’il reste dans la même entreprise ou qu’il en change. Avec la sécurité sociale professionnelle, nous voulons que cette garantie pour le salarié puisse continuer même si son emploi a été supprimé, si son entreprise a délocalisé ou déposé le bilan. C’est pourquoi nous envisageons les deux revendications en même temps, comme complémentaire l’une de l’autre. J’ajoute, que dans le terme sécurité sociale professionnelle nous avons délibéremment choisi la comparaison avec la sécurité sociale qui protège notre santé. Car il s’agit bien de protéger les salariés des accidents professionnels que sont les transitions entre deux emplois. De plus, comme pour la sécurité sociale, nous voulons que les entreprises contribuent par des cotisations sociales au financement de la sécurité sociale professionnelle.

bisounours : Que voulez vous dire quand vous parlez d’une "double mutualisation des coûts" pour financer la SSP ? concrètement comment cela peut se réaliser ?
Maryse_Dumas : Je suppose que vous parlez de la cotisation mutualisée des entreprises de la branche ou du bassin d’emploi que nous proposons pour financer la sécurité sociale professionnelle. Nous préconisons d’ouvrir des instances de négociations en fonction de la nature des suppressions d’emplois. S’il s’agit d’un groupe donneur d’ordres ou d’une entreprise sous-traitante, c’est au donneur d’ordres de financer la sécurité sociale professionnelle. S’il s’agit d’une zone commerciale, il faudra regarder qu’elles sont les entreprises qui doivent contribuer au financement, en fonction des raisons qui ont conduit à telle ou telle suppression d’emploi. Enfin, nous sommes disponibles pour discuter et négocier toutes les propositions à ce sujet. Mais il faudrait déjà que le Medef ou les pouvoirs publics acceptent de discuter sur le principe même de la sécurité sociale professionnelle. Ce à quoi les uns et les autres se refusent jusqu’à présent.

Utilisateur1 : Comment est ce qu’on aboutit au NSTS, par la loi ? Autrement je ne vois comment ces messieurs et dames du MEDEF accepteront ce deal.
Maryse_Dumas : Ils n’accepteront pas plus la loi que le deal. Sauf si le rapport de forces les y oblige. C’est pourquoi c’est d’abord vers les salariés, les précaires, les demandeurs d’emplois que nous voulons nous tourner pour construire avec eux et elles nos revendications, nos propositions, et des luttes. Nous voulons aussi travailler avec les autres organisations syndicales car elles ont des propositions qui ne sont pas forcément les nôtres. Mais nous avons besoin de confronter largement pour arriver à constituer des luttes fortes, unies, nombreuses. De plus, nous sommes convaincus que nous ne gagnerons pas ce nouveau statut du travail salarié en un jour. On a besoin de luttes d’entreprises, de professions, de bassins d’emplois. C’est au fur et à mesure de ces rapports de forces et de leurs succès que nous finirons par grignoter d’abord, puis par imposer une nouvelle logique sociale pour faire reconnaître des droits spécifiques du travail salarié.

Rodolphe M. : Bonjour Maryse, Je suis fonctionnaire du Groupe La Poste recruté lors du dernier concours de 1999. Je souhaiterais savoir ce que deviendrait le statut de fonctionnaire actuel dans le cadre de la revendication de la CGT pour le NSTS. Ce dernier supplanterait-il totalement le statut de fonctionnaire actuel ?
Maryse_Dumas : Si le statut des fonctionnaires est attaqué ce n’est certainement pas par la Cgt. Et encore moins par ses propositions. Bien sûr qu’il faudra reconnaître la spécificité du statut des fonctionnaires. Ce n’est absolument pas contradictoire avec notre ambition pour l’ensemble des salariés. Cela étant, plutôt que de s’accrocher sur le mot statut, il serait bien que nous puissions discuter du contenu : par exemple, les fonctionnaires ont sur certains sujets plus de droits que les salariés du privé, mais sur d’autres beaucoup moins. Ne peut-on pas imaginer de construire des revendications qui permettent d’élever la situation des salariés du privé et du public ? De plus, en cas de mobilité, les fonctionnaires perdent les droits qu’ils ont acquis dans la Fonction publique. N’y-a-til pas quelque chose à inventer. Enfin, n’oublions pas qu’environ un tiers des salariés employés dans la fonction publique ne sont pas fonctionnaires. D’autant plus à la Poste. La Cgt a beaucoup de responsabilités pour que tous les salariés se sentent concernés par ses revendications et aient envie de s’impliquer dans les mobilisations qu’elle propose.

bisounours : Plusieurs autres syndicats avancent des propositions de ce type. Quelles différences sensibles ou au contraire quels points clefs avez vous le sentiment de partager avec eux ? Cfdt ; Cttc ; par exemple
Maryse_Dumas : La plupart des confédérations font des constats identiques sur les grands problèmes actuels des salariés. Les réponses diffèrent par contre. S’agit-il simplement de "sécuriser les parcours" sous entendus de mieux accompagner les chômeurs, de leur permettre un meilleur accès à la formation professionnelle, ou s’agit-il d’un projet global qui concerne les salariés de toutes professions et de tous emplois ? S’agit-il de propositions de caractère "institutionnel" susceptibles d’être présentées en négociation nationale interprofessionnelle ou s’agit-il de concevoir une démarche syndicale tournée vers les revendications, les luttes, l’unité ? S’agit-il de concevoir un système qui interroge la responsabilité sociale des entreprises ou au contraire qui ne concerne que l’employabilité des salariés ? C’est autour de ces quelques questions que se centrent les débats entre organisations syndicales à ce sujet.

RIEMALE : COMMENT EMPËCHER LES GROUPES INDUSTRIELS DE DELOCALISER ? D’EXTERNALISER LES SAVOIRS FAIRES ?
Maryse_Dumas : Par les luttes. Par les luttes en France, en Europe et dans le monde. C’est l’une des raisons de la création de la Confédération Syndicale Internationale. Nous avons besoin de promouvoir des convergences entre les salariés du monde pour combattre les mises en concurrence que nous imposent les multinationales. Il faut aussi des mesures politiques, et à cet égard l’Union européenne et le gouvernement français ont un rôle à jouer. Il n’est pas vrai qu’il n’y ait aucun moyen d’imposer d’autres choix aux groupes multinationaux que celui d’une course à la financiarisation qui écrase les salariés et mette en cause l’avenir de la planète. Enfin, il y a besoin en France de créer des luttes et des mouvements d’opinions pour reconstruire une industrie, de la recherche, du développement afin que notre pays puisse participer au co-développement mondial.

Aimé : Pour gagner le nouveau statut du travail salarié le rapport des forces est nécessaire. Où en est-on ? Y a t il des signes encourageants ?
Maryse_Dumas : Le 28 février nous organisons à Montreuil un forum national de militants pour faire le point à ce sujet. Beaucoup de choses ont été entreprises mais nous butons sur un certain nombre d’obstacles. Certains tiennent au refus des employeurs et des pouvoirs publics d’avancer dans ce sens. D’autres tiennent aux défauts de notre propre activité syndicale. Et sur ceux-ci nous pouvons jouer en nous épaulant mutuellement, en échangeant nos expériences, et en clarifiant ce sur quoi la Cgt doit s’améliorer voire se transformer. Nous en sommes à presque 200 inscrits. Cela démontre l’intérêt des militants pour cette question. Cette journée nous aidera sans aucun doute à progresser.

Dudule : Est-ce que le nouveau statut du travail salarié peut contribuer à faire que les caissières de supermarchés, quelles que soient les enseignes, soient payées de la même manière et aient des droits identiques ?
Maryse_Dumas : Cela fait effectivement partie de nos réflexions. Mais je voudrais pousser plus loin. Vous savez que les groupes de la grande distribution veulent faire disparaître le métier de caissière. La Cgt refuse que ces femmes soient renvoyées au chômage, sans grande perspective de reclassement. Nous pensons donc qu’il serait intéressant de pouvoir obtenir des négociations interprofessionnelles sur les professions du commerce pour permettre à toutes les caissières d’avoir un vrai projet professionnel avec validation des acquis de l’expérience, formation professionnelle, nouvelles qualifications, et débouchés dans de nouveaux emplois sur des localités très proches, même si ce n’est pas le même employeur.

lulu : Le nouveau statut du travail salarié peut-il répondre à la reconnaissance du bénévolat effectué dans les associations ?
Maryse_Dumas : Notre proposition vise les salariés mais c’est vrai qu’elle donne des idées à beaucoup d’autres. Ainsi, les étudiants, les lycéens s’y intéressent avec la volonté que leurs années d’études puissent être prises en compte dans leur ancienneté de carrière et qu’ils ne soient pas obligés de travailler pour les financer. Nous voyons aussi que les artisans souhaitent discuter avec nous sur la manière de répondre à des carrières où ils alternent des situations de salariés et des situations d’artisans. Vous posez la question du bénévolat, qui est un autre champ. Je pense qu’il faudrait réfléchir à un statut de militant bénévole de la même façon que des réflexions s’ouvrent sur un statut d’élu politique. Mais j’espère ne pas confondre avec une forme de bénévolat qui est en fait imposée par quelques employeurs dits associatifs en échange d’un pseudo emploi, auquel cas la réponse serait évidemment tout autre.

joel agogué : bonjour Maryse, tout d’abord, je me présente, je suis secrétaire à l’Union Locale de valenciennes. Nous sommes en campagne sur la syndicalisation, je pense que la sécurité sociale professionnelle est méconnue par les salariés,en sachant que l’objectif est d’arrivé au 1 million de salariés, comment dans les débats puis-je avancer la question sur la sécurité sociale professionnelle ?
Maryse_Dumas : Tout dépend des salariés avec lesquels tu discutes. S’il s’agit de salariés en CDD je leur parlerais de la façon dont on peut cumuler leur durée d’activité pour leur construire des droits même s’ils ont alterné plusieurs contrats de travail. A d’autres, menacés de perdre leur emploi, je parlerai plutôt de notre revendication de maintien du contrat de travail et de salarie jusqu’au reclassement. A des salariés au SMIC depuis 20 ou 30 ans, je parlerai de notre exigence qu’aucun salarié ne puisse finir sa carrière à un salaire qui soit inférieur au double de celui dans lequel il l’a commencée. Mais tout ceci ne sont que des repères, car l’intérêt c’est de confronter des idées qu’a la Cgt avec ce que les salariés eux-mêmes imaginent et surtout qu’on puisse déboucher sur des propositions et des actions concrètes. En sachant qu’elles seront mises en cohérence avec celles émergeant d’autres unions locales, d’autres bassins d’emplois pour construire des tous ensemble.

Alain_CGT_IMA_NANTES : Existe t-il un document simple pour l’expliquer aux salariés que nous pourrions nous procurer ?
Maryse_Dumas : Nous éditons la semaine prochaine une brochure qui sera remise aux participants au forum national du 28 février. Elle sera également encartée dans le Peuple du 23 mars envoyé à tous les syndicats Cgt. Elle sera également envoyée en nombre dans les organisations locales de la Cgt. Evidemment des exemplaires resteront à disposition à la Confédération. Avec tout cela il y aura j’espère de quoi satisfaire les curiosités.

Alain_CGT_IMA_NANTES : Les syndicats ont-ils déjà parlé à l’actuel gouvernement de la sécurité sociale professionnelle ? Quelle chance avons-nous de voir aboutir cette sécurité sociale professionnelle si la droite repasse.
Maryse_Dumas : Le terme sécurité sociale professionnelle est très employé y compris par le Président de la République. Mais il n’y met pas le même contenu que nous. Pour lui ça se résume à la fusion ANPE/UNEDIC que nous refusons. Quand il était ministre des Finances, Nicolas Sarkozy avait demandé un rapport à des chercheurs dont il a fait depuis son livre de chevet. Ce rapport s’appelle "Pour une sécurité sociale professionnelle". Il préconise le fameux contrat de travail unique qui inclut la précarité du CDD dans le CDI. On voit que derrière un même vocabulaire ce cachent des conceptions radicalement opposées. Mais le seul fait qu’il soit obligé de reprendre notre vocabulaire démontre que nos propositions, même si elles sont mal connues, touchent juste parmi les salariés. C’est pourquoi nous voulons les rendre encore plus percutantes dans le débat public et dans les actions.

jean dessart militant cgt : Pourquoi la CGT reste-t-elle muette dans les élections présidentielles, alors que les ouvriers courent de très gros risques économiques pour leur futur ????
Maryse_Dumas : Je ne vois pas la Cgt muette. Elle s’exprime au contraire tous les jours sur des sujets très importants pour les salariés, pour le travail en général. Ce sont aussi des questions présentes dans le débat présidentiel, il suffit de regarder le site de la Cgt : le SMIC, les salaires, le Code du travail, les retraites, la sécurité sociale, l’Europe, l’industrie, l’emploi, sont au hit parade des sujets sur lesquels la Cgt s’exprime. Cela étant nous ne nous en tiendrons pas là. Le 1er mars, la Commission exécutive de la Cgt va élaborer une déclaration qu’elle prévoit de diffuser dans un tract 4 pages à un 1 500 000 d’exemplaires, accompagné d’un certain nombre de fiches explicitant la façon dont la Cgt appréhende un certain nombre d’enjeux fondamentaux de la période.

Alain_CGT_IMA_Nantes : En quelque sorte ils faut aller massivement voter pour Madame Royal qui propose également la sécurité sociale professionnelle ?
Maryse_Dumas : Vous ferez ce que vous voudrez, ce n’est pas à moi d’intervenir sur vos choix de citoyen. Je veux simplement vous faire remarquer que la façon dont Madame Royal a abordé la sécurité sociale professionnelle dans son discours de Villepinte me fait plus penser au contrat de transition professionnelle déjà mis en place par Jean-Louis Borloo qu’à la proposition que formule la Cgt. Cela étant je souhaite qu’au fur et à mesure de nos interventions et de nos mobilisations, le plus grand nombre possible de candidats s’approprie la revendication de la Cgt. Cela démontrerait qu’elle est incontournable et lui donnerait plus de chance d’aboutir.

Mathieu : La Cgt n’a pas approuvé la réforme des retraites. Aujourd’hui dans le cadre de la période des présidentielles, la Cgt compte-t-elle y revenir, en particulier au travers de la pénibilité au travail ?
Maryse_Dumas : Nous venons de décider d’une campagne confédérale sur les retraites. Malheureusement, les faits de 2007 donnent raison aux critiques que nous avons apportées à la réforme de 2003 et à tous ceux qui se sont mobilisés pour empêcher qu’elle voit le jour. Oui, nous voulons poursuivre et intensifier les mobilisations. Bien sûr pour faire reconnaître la pénibilité, mais aussi pour obtenir que tous les salariés, y compris les jeunes qui entrent juste dans l’emploi, puissent gagner un droit à des retraites dignes, complètes dès 60 ans pour ceux qui le souhaitent, et avant pour ceux qui ont connu des travaux pénibles. Ce qui nous incite aussi à agir pour que la pénibilité et la souffrance au travail reculent.

bisounours : Les femmes connaissent de nombreuses inégalités au travail que les hommes, mais disposent de droits en plus, plus ou moins efficaces. quels seraient les avantages et les inconvénients (effets pervers !) à offrir le même statut et les mêmes droits à tous les travailleurs ?
Maryse_Dumas : La Cgt veut des droits attachés à la personne du salarié et garantis interprofessionnellement. C’est un point d’appui pour les femmes, car parmi les causes d’inégalité il y a d’abord le temps partiel, les carrières discontinues et aussi le fait que les femmes sont cantonnées dans des types d’emplois ou dans des filières professionnelles où les statuts, les salaires, les droits sont inférieurs aux filières masculines. Notre proposition de nouveau statut de travail salarié ne résume pas toutes les revendications de la Cgt, mais elle leur donne force et cohérence. Ce serait un point d’appui très important pour lutter contre toutes les discriminations.

Modérateur : l’équipe du site Internet de la Cgt vous donne rendez-vous en mars pour le prochain t’chat

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