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International

Syndicaliste en Afghanistan : un combat pour la paix

jeudi 5 octobre 2017

Comment passer de commandant des moudjahidines à président de la principale confédération syndicale afghane ? « Avec l’invasion des soviétiques en 1979, il a fallu libérer le pays et prendre les armes », nous a expliqué Maroof Qaderi, ex-commandant moudjahidine donc. Par la suite, il a fallu encore se battre pour restaurer le droit de militer interdit par les Talibans et autorisé de nouveau en 2014. Devenir le président de NUAWE, syndicat créé en 1964, était donc dans la suite logique des choses pour Maroof Qaderi.

Cet été la CGT a reçu dans son enceinte, à Montreuil, une délégation afghane. Maroof Qaderi, Président du NUAWE, et Imamudin Hamdard, responsable des relations internationales du syndicat afghan, ont pu notamment échanger avec les membres de l’espace international, ainsi qu’avec Philippe Martinez dans le cadre du soutien aux mouvements syndicaux dans le monde.

NUAWE, qui compte selon ses dirigeants 161 000 adhérents, tente de fédérer le syndicalisme afghan en reconstruction dans un pays qui a subi près de quarante années de guerre. La CGT a pris des engagements en termes de formation syndicale. Il s’agit également de tisser des liens en prévision de l’arrivée de grandes entreprises françaises en territoire afghan et avec elles de syndicats CGT.

Être syndicaliste dans un pays où la législation du travail était jusqu’il y a peu de temps dictée par la charia, ce n’était pas gagné ! La charia était imposée dans tous les domaines, y compris celui du travail, par les talibans. Pourtant, depuis quatre ans, NUAWE a rejoint l’Organisation internationale du travail (OIT) et la Confédération syndicale internationale (CSI). En 2011, après trois jours de manifestations à Kaboul, les militants ont imposé un changement de statut au sein de NUAWE. Le syndicat, qui était auparavant « sous la coupe du gouvernement », revendique désormais son indépendance et un fonctionnement totalement démocratique. Élever le revenu minimum à 200 dollars par mois, militer pour les droits des femmes, figurent parmi les priorités du syndicat. Il s’agit aussi de défendre les droits des travailleurs afghans à l’étranger, comme en Iran ou au Pakistan, mais également de favoriser le retour au pays des travailleurs l’ayant quitté ces dernières années. Aujourd’hui, le pays, avec un taux de chômage de 40 % et une population très jeune, compte de nombreuses ressources naturelles inexploitées. Après le départ des troupes étrangères en 2014, la bulle économique engendrée par la guerre s’est effondrée. Il reste beaucoup à faire.

Quelques repères :

NUAWE, c’est 500 adhérents en 1967, jusqu’à 200 000 environ lors de la période soviétique, et 161 000 actuellement dont environ 23 000 femmes.
Le syndicat compte 28 sections géographiques et 16 fédérations. Ses adhérents sont essentiellement des fonctionnaires, mais aussi des salariés du privé, surtout dans le secteur des télécommunications, de l’agriculture ou de l’enseignement supérieur. Dernièrement, le syndicat a créé un bureau dédié à la question des droits des femmes, un autre se concentrant sur les jeunes travailleurs, un troisième se penchant sur les relations entre Kaboul et la province, et un dernier chargé de développer l’éducation et la formation professionnelle et syndicale des travailleurs (article NVO).

Il y a quelques syndicats en Afghanistan. Le Syndicat national de travailleurs des salariés Afghans (NUAWE) est la plus grande confédération. Elle cherche à unifier le mouvement syndical. À la suite du congrès, le Conseil central des syndicats de l’Afghanistan (CCLUA), s’est créé, à partir d’une scission de NUAWE. Le CCLUA est ainsi devenu la deuxième plus grande confédération du pays (avec une présence forte parmi des enseignants·enseignantes). D’autres syndicats et associations revendiquent également une représentativité. Cependant, certains d’entre eux, comme les travailleurs·euses du spectacle, représentent des intérêts plus individuels que collectifs, ou fonctionnent comme des ONG.

- 1964 : création de la confédération pour défendre les droits de travailleurs·euses et d’employeurs·employeuses ;
- 1967 : officiellement établi comme syndicat par le parti Démocrate ;
- 1978 : le syndicat est officiellement établi sur tout le territoire ;
- 1979 : invasion de l’Afghanistan par les troupes de l’Union soviétique : début de la guérilla, guerre de près de dix ans contre l’occupation du pays par l’armée soviétique ;
- 1980 : la confédération tient son premier congrès ;
- 1990 : au deuxième congrès, la confédération prend le nom de NUAWE ;
- 1996 : coup d’État portant les talibans au pouvoir ;
- 2001 : début de la guerre d’Afghanistan, lancée par les États-Unis contre le régime des talibans et chute des talibans ;
- 2003 : la confédération de nouveau autorisée ;
- 2011 : congrès extraordinaire (le 4e), Abdul Maroof Qaderi élu président ;
- 2014 : NUAWE rejoint la Confédération syndicale internationale ;
- 2016 : 5e congrès de NUAWE. Maroof Qaderi a été réélu président du syndicat pour quatre ans ;
- 2017 : le président de NUAWE a assisté à la Conférence internationale du travail (CIT-ILO) à Genève.