En 2010 aussi, les partenaires sociaux doivent négocier sur les retraites complémentaires. Au coeur de la négociation : le dispositif Agff (Association pour la gestion du fonds de financement) qui permet de financer la retraite à soixante ans à taux plein, à l’Agirc et à l’Arrco. Explications.
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Entretien avec Sylvie Durand, responsable du secteur des retraites à l’Ugict-Cgt. Propos recueillis par Christine Labbé pour Options de janvier 2010. |
Options : Quelle est aujourd’hui la
santé financière de l’Agirc ?

Sylvie Durand : Depuis 2003, l’Agirc
connaît ce que l’on appelle un « déficit
technique », c’est-à-dire que les cotisations
ne couvrent pas les allocations
versées. Jusqu’à la fin de l’année 2008,
les transferts provenant à la fois de
l’Arrco et de l’Agff (Association pour
la gestion du fonds de financement
de l’Agirc et de l’Arrco) permettaient
d’équilibrer le régime complémentaire
des cadres. Cela a changé sous l’effet
de la crise économique.
La montée du
chômage et la pression
sur les salaires
ont pesé sur les ressources, aggravant le
déficit de l’Agirc. Du coup, les transferts
évoqués ne suffisent plus, et l’Agirc est
aujourd’hui obligée de puiser dans ses
réserves financières.
Dans ce contexte, quel impact les réformes
en discussion en 2010 peuventelles
avoir ?
Le projet du gouvernement et du Medef
est de parvenir à la fusion de tous les
régimes de base des secteurs privés et
publics pour constituer un régime unique
fonctionnant à cotisations définies. Cela
donne un argument supplémentaire à
ceux qui ont toujours souhaité une intégration
de l’Agirc au sein de l’Arrco en vue
de créer un pôle unique de retraite complémentaire.
Or l’Agirc a été créée pour
permettre aux cadres de se constituer
une retraite tout entière en répartition. Sa
suppression risque purement et simplement
de les détourner de notre système
de retraite solidaire.
En effet, la fusion de l’Agirc et de l’Arrco,
voulue par la Medef mais aussi portée
par la Cfdt, viserait à faire financer les dépenses
retraites en mettant en commun
les ressources des deux régimes. Dans
la mesure où, aujourd’hui, les comptes
de l’Agirc sont plus déséquilibrés que
ceux de l’Arrco, cela affaiblirait l’Arrco,
elle-même entrée dans une phase de
déficit technique avec la crise économique.
Nous aboutirions alors au scénario
suivant : dans un premier temps,
une baisse drastique des retraites versées
aux cadres, car il serait inacceptable
de les maintenir en sacrifiant le
niveau des retraites des non-cadres ;
dans un second temps, une baisse des
retraites complémentaires non cadres
pour ajuster les pensions aux ressources
du nouveau régime. Celui-ci abandonnerait
ainsi l’objectif de maintenir un
taux de remplacement du salaire par la
retraite. C’est-à-dire de fonctionner à
« prestations définies », pour fonctionner
à ressources constantes, à « cotisations
définies ». C’est exactement le changement
de système voulu par le gouvernement
et le Medef, changement que
nous récusons. L’Agirc doit et peut s’autofinancer
pour garantir aux cadres la
continuité de leur niveau de vie, d’abord
lors du départ en retraite, pendant toute
sa durée ensuite.
Si elle ne le fait pas, les cadres se tourneront
vers les dispositifs de capitalisation
à la française dans l’espoir de limiter le
décrochage de leur niveau de vie. Sauf
que les produits en question ne sont pas
des dispositifs de protection sociale :
l’épargne est investie sur les marchés
financiers et en subit tous les aléas. Nul
n’a la garantie de récupérer son épargne,
ne fût-ce qu’en partie.
Quels seraient les effets de cette fusion
sur le statut de l’encadrement ?
Un coup sérieux lui serait porté. Aujourd’hui,
l’affiliation à l’Agirc s’opère
exclusivement sur des critères de qualification
professionnelle et de classement
dans les grilles conventionnelles, un système qui disparaîtrait en cas de fusion
des régimes. Ce qui correspond à un
des objectifs du Medef : ne plus rémunérer
les qualifications mais les compétences,
et de préférence les seules compétences
utilisées. C’est pourquoi un régime de
retraite complémentaire unique est demandé
par le Medef depuis le début des
années 2000.
Mais d’autres effets pour les cadres
seraient à prévoir. Parmi eux : la suppression
de la garantie minimale de points
(Gmp), un système qui n’existe pas à
l’Arrco et qui permet d’acquérir chaque
année, moyennant une cotisation forfaitaire,
un minimum de 120 points par an.
Il s’adresse pour l’essentiel aux cadres
dont le salaire est inférieur au plafond de
la Sécurité sociale : 2 859 euros brut par
mois aujourd’hui. Ils étaient moins de 1 %
dans ce cas en 1947, 3 % en 1973, 14 % en
1988, 20 % de nos jours. Sans ce dispositif,
ces cadres ne pourraient pas se constituer
des droits à retraite à l’Agirc, car on n’y
cotiserait qu’au-dessus du plafond. Voilà
qui leur serait très préjudiciable : pour
une carrière complémentaire à la Gmp, le
droit à retraite est de 2 000 euros par an, ce
qui est loin d’être négligeable.
En mars 2009, les partenaires sociaux
parvenaient à un accord sur les
retraites complémentaires, signé par
toutes les organisations syndicales, à
l’exception de la Cgt. Que dit cet accord
sur ces questions ? Quelle est la position
de l’Ugict-Cgt ?
Dans son article 5, cet accord prévoit
notamment d’engager « une réflexion
sur l’adaptation des régimes Agirc et
Arrco propre à l’encadrement ». C’est la
première fois que ce projet est formalisé
par écrit. Mais, derrière cette idée, il
y a des conceptions totalement différentes
selon les organisations. Pour la
Cgt, l’Agirc s’étant toujours développée
solidairement avec l’Arrco, il est hors de
question que le problème de la retraite
des cadres soit à l’avenir réglé au détriment
des autres salariés.
L’Ugict revendique donc le maintien du
régime de retraite des cadres Agirc dans
sa forme actuelle, c’est-à-dire celle d’un
régime auquel les salariés sont affiliés
selon leur niveau de qualification et non
selon leur salaire, ce qui exige le maintien,
également, de la garantie minimale de
points. Nous proposons des mesures de
financement immédiates de ce régime,
permettant d’assurer, hors transfert de
l’Arrco mais avec celui de l’Agff, son équilibre
financier à l’horizon 2015. Parmi
elles : un élargissement de l’assiette des
cotisations aux primes d’intéressement
et de participation et plus généralement
à tous les éléments de rémunération des
cadres non soumis aujourd’hui à des cotisations
sociales. Nous demandons enfin
l’arrêt immédiat de toute baisse du rendement
Agirc, comme évidemment du
rendement Arrco, par l’indexation de la
valeur du point de retraite dans chacun
des deux régimes sur les salaires et non
plus sur les prix, comme c’est le cas à
l’heure actuelle.
La fusion des régimes sur la base d’un
système fonctionnant à cotisations définies n’est qu’une partie du projet. La
volonté du gouvernement et du Medef
est aussi de parvenir à un recul de l’âge
de départ à la retraite. Est-ce inéluctable
pour des raisons démographiques ?
Les organisations syndicales refusent
toute nouvelle baisse du niveau des
droits à retraite. Le Medef refuse d’apporter
de nouvelles ressources financières.
Il ne resterait plus alors qu’un
seul levier à faire jouer : l’âge de départ
à la retraite. Le Medef veut ainsi
le porter à 63,5 années dès le 1er janvier
2012. Mais il faut revenir sur l’idée
qu’on ne peut pas financer les retraites
par répartition en raison des évolutions
démographiques. Des mesures
de financement existent, comme nous
l’avons évoqué plus haut pour l’Agirc.
A plus long terme, le Conseil d’orientation
des retraites (Cor) a lui-même
démontré qu’il est possible de financer,
à l’horizon 2040, des retraites au même
niveau que celles de 2000, sans pour
autant empêcher le pouvoir d’achat
des populations actives de progresser.
Par ailleurs, l’Ugict-Cgt propose de
raisonner en termes de carrière complète
pour ouvrir le droit à la retraite
dès soixante ans. Serait « complète » une
carrière qui ne comporte, entre la fin
du secondaire et soixante ans, que des
périodes de travail, d’inactivité subie
ou des temps de formation, initiale et
continue. D’où notre revendication
de « validation des années d’études »,
également portée par des organisations
étudiantes comme l’Unef.
Enfin, du point de vue de l’âge de départ
à la retraite, les régimes de retraite complémentaire
présentent aussi une situation
particulière. Ils fonctionnement avec
l’Agff, un dispositif qui permet de financer
les départs à taux plein entre soixante et
soixante-cinq ans dans ces deux régimes.
Ce dispositif est en permanence menacé.
L’accord conclu en mars 2009 entre les
partenaires sociaux a certes reconduit
l’Agff, sous la pression des fortes mobilisations
sociales du premier trimestre, mais
jusqu’au 31 décembre de cette année
seulement. Les négociations Agirc-Arrco
de 2010 seront donc déterminantes, tant
pour l’âge de départ à la retraite que pour
le niveau des futurs droits, mais aussi
pour la confiance de l’encadrement dans
le système par répartition.
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FUSIONSLa fusion de tous les régimes de retraite, privés comme publics, voulue par le gouvernement, donnerait un argument supplémentaire à ceux qui prônent depuis plusieurs années une intégration de l’Agirc dans l’Arrco, pour créer un pôle unique de retraite complémentaire. Un coup sérieux serait alors porté au statut même de l’encadrement. L’intégration de l’Agirc à l’Arrco aurait pour effet de précipiter les cadres vers les dispositifs de capitalisation à la française (Perp, Perco). L’Ugict propose des mesures de financement immédiates permettant l’équilibre financier de l’Agirc à l’horizon 2015. |