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Publié le vendredi 29 septembre 2006

" Pourquoi la Cgt s’intéresse-t-elle aux questions de logement ? "

Logement

1-. Vous êtes responsable à la Cgt du secteur logement. Pourquoi la Cgt s’intéresse-t-elle aux questions de logement ?

Parce que le logement est constitutif de la vie des salariés au même titre que l’emploi, le salaire, la protection sociale… Pas d’emploi, pas de logement. Mais pas de logement conduit rapidement à ne pas pouvoir assumer un emploi. D’autre part, le 1%logement provient des richesses créées par les salariés dans l’entreprise. Celui-ci participe au financement de la production de logements sociaux et répond à certains besoins des ménages par des aides spécifiques (loca-pass, pass-travaux, mobili-pass, prêts accessions…). Il a créé et finance la Foncière logement qui permet une offre nouvelle et supplémentaire de logement pour les salariés et il apporte sa contribution financière au renouvellement urbain. Tout cela décidé et sous le contrôle rigoureux des partenaires sociaux.

2-. Le Parlement vient de voter une loi dite « engagement national pour le logement » (ENL). Pensez-vous que cette loi va répondre à la pénurie de logements que connaît notre pays ?
Pas du tout ! Il manque 900 000 logements locatifs sociaux, dont 600 000 dans le locatif social public (Hlm…),résultat de plusieurs décennies de désengagements financiers de l’Etat. Il fallait une loi cadre digne de ce nom avec des moyens financiers adéquats. Nous sommes loin du compte. D’autre part, cette loi contient des dispositions très dangereuses. Certaines vont permettre de contourner l’article 55 de loi SRU* qui aurait dû, comme nous l’exigeons, être renforcé pour empêcher certaines communes de s’exonérer de leurs obligations. Cela va leur être maintenant facilité avec la comptabilisation en logements sociaux des logements déconventionnés, des emplacements réservés aux gens du voyage et des logements Hlm vendus en accession à la propriété. Il en va de même de l’institutionnalisation de la vente à la découpe ou encore de l’élargissement du supplément loyer solidarité qui sont contraires au besoin de plus de mixité sociale dans les quartiers et les cœurs de ville. Mais surtout, c’est la transformation du statut des offices publics Hlm, en offices de l’habitat, qui sera lourde de conséquences. Ces offices publics devraient être le pilier des politiques publiques du logement, de la cohérence de l’ensemble du mouvement Hlm et les garants du droit au logement pour tous. Les élus locaux n’auront plus le contrôle d’un des outils essentiels de leur politique locale du logement. C’est d’autant plus aberrant que cette transformation n’a pas été exigée par le gouvernement mais par la Fédération nationale des offices Hlm…Enfin, cette loi élargit encore les avantages fiscaux au locatif privé, alors que celui-ci perçoit plus d’aides de l’Etat, que le locatif social public. Cet ensemble de mesures très cohérent exprime clairement une logique libérale qui favorise des pratiques et des objectifs de concurrence, consacrant le logement social comme une simple marchandise.

3-. Comment expliquez-vous qu’en 2005 il y ait eu plus de 400 000 logements construits alors qu’il est toujours aussi difficile de trouver un logement ?

Certes, les chiffres bruts ne sont pas contestables. Mais il s’agit essentiellement de l’initiative privée. Par contre seulement 75 000 logements sociaux collectifs ont été construits. M. Borloo médiatise des chiffres globaux, pour mieux camoufler son incapacité à atteindre les objectifs qu’il avait lui-même fixés dans son plan de cohésion sociale. Et pour cause ! le gouvernement n’a pas dégagé les moyens financiers pour les atteindre ! Et les prochaines lois des finances annoncent de nouvelles réduction des dépenses publiques.

4-. Monsieur Borloo, ministre du Logement, nous promet la construction de 100 000 logements sociaux par an et en prime la maison à 100 000 €. N’est-ce pas là des engagements qui vous satisfont ?

Vous savez, les promesses n’ont de valeur que pour ceux qui y croient, pas plus qu’elles ne résistent à l’épreuve des faits. Annoncer 100 000 logements sociaux par an sans financement adéquat c’est du discours électoral. Quant à la « Borloonette » à 100 000 €, quelques unités seulement ont été construites. Cette opération est prétexte à une grande agitation médiatique pour servir l’image sociale que le ministre veut se donner..

5-. Trouvez-vous justifié que le 1 % soit utilisé par le gouvernement pour financer sa politique de rénovation urbaine ?

Contrairement à ce que vous suggérez, le gouvernement ne ponctionne pas à sa guise le 1 % logement. L’engagement pour la rénovation urbaine est un choix décidé et assumé par les partenaires sociaux en charge du 1 %. Nous sommes attentifs à la situation économique, sociale, environnementale dans laquelle sont construits les logements, parce que nous envisageons l’habitat au sens large, dans une conception de développement durable. Dans le cas contraire on construit des cités qui deviennent vite des ghettos. Les questions de la proximité du logement avec l’emploi, celle des transports, de la qualité de l’école, de la place des services publics dans les quartiers et donc des villes, de leur revitalisation et de leur développement conditionnent la vie des salariés. Le 1 % logement se devait d’apporter, à sa manière, sa contribution pour répondre à leurs besoins.

6-. En conclusion, pourriez-vous donner à nos lecteurs de manière résumée les propositions de la Cgt dans le domaine du logement ?

La Cgt propose d’agir sur les trois grands piliers constitutifs d’une nouvelle politique de l’habitat et du logement.

    La production de logements publics locatifs sociaux : 120 000 par an sur 5 ans, auxquels s’ajoutent les 40 000 de la politique de la ville. Ces logements doivent être de qualité, avec un seul modèle de financement et une quittance n’excédant pas 25 % des revenus. Inciter le privé à produire des logements conventionnés sur la même base que les Hlm et relancer l’accession sociale à la propriété. Dégager des financements nouveaux : réorienter l’aide à la personne vers l’aide à la pierre pour les constructions nouvelles. Cela produira une baisse de 30 % des loyers. Rééquilibrer progressivement ces aides pour les autres logements et consacrer l’Apl aux situations d’urgences et vers les plus démunis ; réorienter les avantages fiscaux du privé vers le logement public social. Construire un service public de l’habitat : partie intégrante d’un grand service public général, adossé à un pôle public de financement. Il aurait, entre autre mission, de mettre en œuvre et garantir le droit au logement et d’organiser une production de logements suffisante et bien répartie dans les territoires. Il veillerait à une gestion des attributions qui assure équité et transparence…Il assurerait une juste représentation des collectivités territoriales, des organismes Hlm, des partenaires sociaux du 1 % logement, des locataires dans ses structures nationales, régionales ou locales.

*obligeant les communes à avoir au moins 20% de logements sociaux sur leur territoire.