mis à jour le 22 octobre 2014

Le 1er Mai sortie du film « Entrée du personnel »

« On a mal le jour, on a mal la nuit »

jeudi 25 avril 2013 , par Sabine Ferry

Voir en ligne : Bande-annonce

Ce documentaire de Manuel Frésil a été réalisé à partir des récits de vie des ouvriers des grands abattoirs industriels.

« Au début, on pense qu’on ne va pas rester.
Mais on change seulement de poste, de service.
On veut une vie normale.
Une maison a été achetée, des enfants sont nés.
On s’obstine, on s’arc-boute.
On a mal le jour, on a mal la nuit, on a mal tout le temps.
On tient quand même, jusqu’au jour où l’on ne tient plus.
C’est les articulations qui lâchent. Les nerfs qui lâchent...

Alors l’usine vous licencie.

« A l’origine de ce projet, il y a l’expérience sidérante de la visite d’un abattoir industriel, le plus grand de Bretagne. Je voulais voir l’outil, les procédures par lesquelles l’industrie agro-alimentaire qui nous nourrit, transforme les bêtes en viande. Le choc a été rude, dans un premier temps, je n’ai vu que les bêtes », raconte Manuela Frésil la réalisatrice.

Puis, petit à petit, notre regard se pose sur les femmes et les hommes, les gestes du travail, Les récits des salariés. Leurs rêves, leurs bonheurs, mais aussi leur difficultés, la pénibilité, la maladie et l’attachement au travail, à la vie avec les collègues, la volonté de ne pas s’avouer vaincu.

« Au-delà du vertige que produit le lieu de l’abattoir, l’enjeu central de ce film, est bien la question du travail. Pour en rendre compte, il faut mettre en rapport la chaîne, ce qu’on en voit, ce qu’on peut en filmer, avec cette parole des ouvriers. Le film se construit autour de ces deux pôles. D’un côté la rationalité et la modernité de l’usine à viande, le trouble produit par ce mode de transformation du vivant en matière inerte et consommable ; et de l’autre, le récit par les ouvriers de ce travail qui les détruits. »

Les mots et les images parlent d’eux-mêmes, nous percutent, nous interrogent sur les moyens de reprendre la main sur les organisations du travail, nous invitent à en écrire un second épisode où le travailleur comme le consommateur y retrouveraient leurs comptes.