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Publié le jeudi 13 novembre 2008
Caucase

Le dialogue, pas la guerre !



Les évènements de ces deux derniers mois en Géorgie vont bien au-delà d’un conflit frontalier entre deux pays issus de l’ex-Urss. Ils se déroulent dans un contexte global de refroidissement des relations entre les Usa et la Russie, avec en toile de fond le développement d’une crise financière qui semble ne devoir épargner aucun pays. Lourds de menaces pour la stabilité de cette région du monde, ils appellent un suivi attentif des organisations syndicales, tant au plan français qu’au niveau des organisations internationales, Ces et Csi.

Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, l’armée géorgienne bombardait la Ville de Tskhinvali, capitale de la province séparatiste pro-russe d’Ossétie du Sud, provoquant près d’un millier de victimes civiles. En réponse, l’armée russe envahissait immédiatement les provinces séparatistes d’Abkhazie, d’Ossétie du Sud et poussait son avancée en territoire géorgien jusqu’au port de Poti sur la mer Noire et jusqu’à la ville de Gori au centre du pays, anéantissant au passage l’armée régulière géorgienne. Après deux mois d’occupation et une médiation internationale, les troupes russes se sont retirées le 6 octobre à l’intérieur des provinces séparatistes, avec 48 heures d’avance sur l’échéance prévue pour donner le change à la communauté internationale. Ce retrait « mesuré » établit de fait de nouvelles frontières pour la Géorgie, privée de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, reconnues le 26 août par le Kremlin (rejoint depuis par le Nicaragua) comme sujets de droit international. La guerre éclair d’août laisse d’importantes destructions, principalement en Ossétie et surtout plusieurs dizaines de milliers de réfugiés dans les deux camps. Plus de 50 000 Géorgiens ont fui l’Ossétie ou les zones occupées par l’armée russe et près de 35 000 Ossètes ont fui la Géorgie pour se placer sous la protection des Russes.

Des relents de guerre froide

Cette crise revêt de multiples enjeux qui dépassent largement les frontières des protagonistes du conflit :

- L’enjeu énergétique se présente en premier point, la Géorgie étant lieu de passage pour les oléoducs et gazoducs permettant le transport des matières premières extraites de la Caspienne et d’Asie centrale en évitant le territoire russe ;

- le conflit présente d’évidence un enjeu politique interne pour les deux parties belligérantes. La Géorgie souhaite reprendre le contrôle de territoires qui lui échappent depuis plus de quinze ans et se voir confirmée dans ses frontières de 1992. Cette aspiration est largement instrumentalisée par l’élite dirigeante du pays qui cherche des combats fédérateurs et populaires pour contrecarrer l’effritement de sa cote de confiance. Les évènements du mois d’août s’inscrivent donc largement dans le cadre d’un aventurisme politique du Président Saakachvili, trop sûr du soutien du monde occidental, et capable d’entraîner son peuple dans un conflit coûteux en ressources et en vies humaines pour restaurer sa popularité. Du côté du Président Medvedev et de son Premier ministre Poutine, cette expédition militaire vise également à séduire une opinion publique sensible à la thématique nationaliste, facilement anti-caucasienne et soucieuse de restaurer une forme de domination sur les Etats indépendants issus de la dislocation de l’Urss ;

- les enjeux géopolitiques semblent tout aussi évidents et prennent plusieurs aspects : la Géorgie est candidate à l’entrée dans l’Otan et affiche ostensiblement son orientation proaméricaine ce qui à l’heur de déplaire à l’ancienne puissance tutélaire russe. Le Caucase représente une zone de friction des plaques géopolitiques d’empire : il a vu s’opposer les empires ottoman et perse pour son contrôle jusqu’au XVIIIe siècle. L’empire russe est venu concurrencer et complexifier ce jeu à deux au cours du XIXe siècle. Convoité par les empires germanique et britannique au début du XXe siècle avant de passer sous le contrôle de l’empire soviétique, il enregistre l’entrée en piste d’un nouvel empire au début du XXIe siècle : les Etats-Unis, qui comptent bien faire du Caucase une pièce importante de leur dispositif diplomatique et militaire au confluent des continents européen et asiatique et à quelques heures d’avion des théâtres d’opération irakien et afghan. Pour la Russie, contrecarrer le plan d’insertion pro-occidental du Président Saakachvili, est ainsi perçu comme une manière de tenir tête à la suprématie américaine mondiale et aux tentatives des Etats-Unis d’étendre leur influence sur l’ancien glacis soviétique.

Pour une approche syndicale de la crise dans le Caucase

Dès le 8 août 2008, la Confédération européenne des syndicats et la Confédération syndicale internationale, dans une déclaration conjointe, ont « exhorté les gouvernements de Géorgie, de Russie et d’Ossétie du Sud à renoncer sur-le-champ aux hostilités ». Le secrétaire général de la Ces, John Monks, appelait le même jour « l’ensemble des parties concernées à (…) trouver une issue fondée sur le dialogue plutôt que sur un recours aux armes ».

De leur côté, les principales organisations syndicales de Russie (Fédération des syndicats indépendants de Russie - Fnpr) et de Géorgie (Confédération géorgienne des syndicats - Gtuc) ont rapidement pris position en faveur d’un arrêt des combats et se sont à plusieurs reprises rencontrées sous l’égide de la Csi, à laquelle elles sont toutes deux affiliées, afin d’œuvrer au rétablissement de la paix.

Pour la Cgt, la priorité est que cette région ne s’enlise pas dans des difficultés sociales et économiques en raison d’un conflit dont les effets se trouveraient aggravés par la crise mondiale. Le retrait des troupes russes à l’intérieur des frontières ossètes et abkhazes le 6 octobre dernier, de même que l’octroi par l’Union européenne le 22 octobre d’une aide de 3,45 milliards d’euros, constituent des étapes essentielles pour le retour de la stabilité dans le Caucase. L’aide accordée à la Géorgie, qui dépasse de plus d’un milliard d’euros les besoins de reconstruction estimés par la Banque Mondiale à l’issue du conflit, pose cependant la question de son origine (600 millions d’euros sur ce total proviennent de donateurs privés) et de la transparence de son usage sur le terrain. Son efficacité dépend en effet en grande partie de l’implication des organisations non gouvernementales dans la mise en œuvre des actions de solidarité et de reconstruction. Car l’effacement des marques du conflit sur les populations civiles ossète et géorgienne, le rétablissement de conditions de vie normales et le retour des dizaines de milliers de réfugiés dans leurs régions d’origine, ne pourront se faire que par le développement et le renforcement du dialogue entre les communautés. Un dialogue qui ne pourra se déployer positivement qu’avec la participation des acteurs de la société civile, aussi bien en Russie qu’en Géorgie, et dans lequel les organisations syndicales des deux pays doivent prendre la place qui leur revient.

Pierre Coutaz
Espace Europe/International Cgt