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Publié le mercredi 5 avril 2017
Interview de Fatima, aide soignante à Korian et DS CGT

« La mise à pied conservatoire a été un traumatisme pour moi »



Nous avions abordé le comportement inqualifiable de la direction de l’Ehpad « Les Parents » à Marseille dans un précédent article. Des rassemblements sont organisés devant plusieurs établissements de Korian pour protester contre les pratiques managériales toxiques du groupe, mais la liste des représentants du personnel virés ou menacés de licenciement ne cesse de s’allonger. Fatima, aide soignante depuis treize ans à l’Ehpad Korian Brune et déléguée syndicale CGT, en fait partie. Elle témoigne pour cgt.fr.

Tu as été prise en grippe par la direction de l’Ehpad, peux-tu nous décrire le déroulement de l’affaire ?

J’étais absente pour une formation diplômante d’infirmière depuis trois ans, je suis retournée sur Korian Brune le 1er février, et là j’apprends que la directrice m’a changée d’équipe, m’a changée de roulement, m’a changé d’horaire. Donc j’ai essayé de m’adapter à tout ça, après une longue absence c’est un petit peu difficile, mais j’ai essayé de faire de mon mieux. J’attendais les résultats du diplôme d’infirmière pour le 15 mars. J’ai reçu la première convocation le 17 mars, pour une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu’au licenciement. J’étais convoquée pour le 24 mars, mais l’évènement qui s’est passé, dont on m’accuse, a annulé l’entretien précédent. Le lundi 20 à midi moins vingt exactement, mon responsable vient me chercher à l’étage, et il me dit que la directrice souhaite me voir. J’y vais, et elle me remet une mise à pied conservatoire. C’était la première fois pour moi, le choc de ma vie. J’essaie de savoir pour quel motif (est-ce que c’est en lien avec un résident, une famille, un collègue…). Impossible. Elle me dit « non vous saurez… de toute façon la loi ne m’oblige pas à vous dire quelque chose aujourd’hui, vous le saurez le 27 ». Moi, j’étais anéantie, je ne comprenait rien, j’étais vraiment en détresse émotionnelle. Et là elle me dit : « Arrêtez votre comédie. Vous savez ce que vous avez fait ou pas fait. » J’appelle mon camarade Albert [Albert Papadacci, délégué syndical central de Korian, ndlr] pour lui demander conseil, parce que je n’ai pas eu de précédent, et il me dit de partir. Je pars, et une semaine plus tard j’apprends les accusations à mon encontre, qui sont très graves : agression verbale et physique d’une collègue. Ma vie s’est arrêtée ce jour là. On m’a dit qu’elle était en arrêt pour quinze jours, je me suis dit que j’étais bonne pour la prison, et pourtant je n’ai rien fait, pourtant cette dame-là je n’ai jamais eu de conflit avec elle. Je ne la connaissais même pas, nos contacts sont très limités. Tout est un mensonge.

Tu penses que tes responsabilités syndicales [Fatima est déléguée syndicale à Korian Brune, ndlr] ont joué un rôle dans cette affaire ?

J’en suis convaincue. À notre première réunion de la délégation réélue l’année dernière au mois de mars, on parlait des modalités des heures de délégation et le lui ai dit « ce serait bien que je sache comment on va s’organiser, est-ce que c’est le mois en cours, est-ce que c’est le mois d’après… Il faut que les choses soient claires car je reprends le 1er février, et il faut que je sache comment je peux m’organiser ». Elle était choquée : « mais vous avez une formation diplômante pourquoi revenir ? ». Ça a toujours été très tendu. Même en étant absente, j’ai toujours honoré mon mandat de délégué du personnel. Je continue à représenter des personnes dans des procédures de licenciement, de sanctions, j’assistais aux réunions mensuelles. Je suis persuadée que c’est en lien… À l’entretien préalable, elle m’a assuré que mes compétences professionnelles n’ont jamais été mises en cause. Ça veut bien dire ce que ça veut dire…

Comment s’est passé cet entretien préalable ?

J’ai été accompagnée par un collègue, un camarade du CHSCT d’Ehpad Nord, elle m’a dit ce qui m’a été reproché, j’ai essayé de lui expliquer, elle était persuadée que je l’avais fait, puisque je suis sanctionnée, mais la collègue je ne l’ai pas frappée, je ne l’ai pas agressée ni verbalement ni physiquement. Si le médecin l’a arrêtée, c’est qu’elle à un motif, mais en tout cas ce n’est pas lié à une agression physique, en tout cas pas de ma part. La directrice n’était pas du tout objective. La preuve en est que je reçois la mise à pied conservatoire le 20, le 23 elle convoque un comité d’entreprise extraordinaire pour demander mon licenciement, le 27 je suis entendue… À aucun moment elle ne m’accorde le bénéfice du doute, ni ne me donne une chance de pouvoir me défendre. On m’accuse de choses tellement graves… Elle ne me laisse même pas une chance de m’expliquer : pour elle je l’avais fait, il fallait qu’elle protège la salariée… et ma protection à moi ? Mon état psychique ? C’est aberrent.

Quelles sont les conditions de travail dans l’Ehpad ?

C’est comme dans tous les Ehpad : les personnes âgées sont de plus en plus grabataires, la charge de travail augmente... La charge de travail des aides soignantes est colossale. On avait mis en place à ma demande un groupe de réflexion sur l’organisation du travail. On avait commencé le 9 mars, et on devait faire l’évaluation le 20 mars. Je n’ai donc pas eu l’occasion de faire l’évaluation de ce qu’on avait mis en place…

Tu as reçu des soutiens pendant toute cette histoire ?

J’ai reçu beaucoup de soutien de mes camarades de la CGT, notamment l’USD Santé et action sociale de Paris, même des autres syndicats, Sud m’a soutenue également. J’ai plein d’appels, plein de messages. J’ai eu des soutiens de mes collègues aussi, mais je ne peux pas dire leur nom parce qu’eux sont sur le site et je ne veux porter préjudice à personne, c’est mon rôle de déléguée de protéger mes collègues.

Quelles suites seront données au niveau des actions que vous comptez mettre en place ?

Moi je vais déjà porter plainte par rapport à ces accusations qui me semblent très graves. Je souhaite que la lumière soit faite sur cette affaire, et qu’on me rende justice, parce que je souffre énormément de la situation. Je ne dors pas, je suis sous traitement, suivie par une psychiatre… C’est un traumatisme pour moi, que ce soit la mise à pied conservatoire et la façon dont ça a été fait, le dénigrement de mon ressenti de la part de la directrice, les accusations qui sont complètement fausses, ça fait beaucoup de mal. Le soutien de mes camarades de la CGT n’est pas simplement moral : il y a une pétition qui a été mise en ligne, diffusée au niveau du congrès dans le sud, parmi un grand nombre de camarades, un mouvement a été mis en place le 7 avril à 9h30 devant Korian Brune [voir ci-dessous, ndlr], un tract a été mis en ligne sur internet… Des actions ont été mises en place par la CGT, que je remercie énormément.

En soutien à Fatima, l’USD CGT Santé et action sociale de Paris et l’UD CGT de Paris organisent un rassemblement le vendredi 7 avril 2017 à 9h30 devant l’Ehpad Korian Brune, 117 boulevard Brune, 14e arrondissement de Paris. Venez nombreux !