mis à jour le 20 mars 2006

Publié le jeudi 1er juillet 2004

La discrimination raciste au travail



Le 29 janvier, Emergences organisait en collaboration avec la CGT un colloque sur les discriminations racistes au travail dans le cadre du projet Dire. Nous vous proposons ici un compte-rendu de cette journée d’échanges, organisées autour de trois ateliers : Etat des lieux de la discrimination en France. La discrimination en entreprise : témoignages de représentants des salariés. Quel moyens d’action face aux discriminations ?

Extrait de l’article

Atelier 1 : État des lieux de la discrimination en France
Olivier Noël, chercheur à l’Institut social et coopératif de recherche appliquée (3) (Iscra ) La recherche face aux discriminations Olivier Noël nous a tout d’abord rappelé les résultats d’une enquête réalisée au début des années 1990 sur un quartier de la ville de Montpellier visant à repérer les difficultés d’intégration rencontrées par les jeunes de ce quartier. Ce travail a permis de mettre en évidence deux choses. Premièrement, que les jeunes interrogés présentaient les mêmes prédispositions à s’intégrer que les jeunes de façon générale, et deuxièmement que ces jeunes étaient victimes de délit de faciès lorsqu’ils souhaitaient sortir en discothèque ou accéder à un job d’été. Les résultats de cette étude ont été mal acceptés par les commanditaires publics de l’époque. Pourquoi ? Le principe de l’intégration à la française suppose que tout le monde soit traité d’une façon égale, que la société française soit une société accueillante et que les entreprises soient prêtes à accueillir tout le monde. Dans ce contexte, s’il y a défaut d’intégration, cela ne peut venir que du public supposé en difficulté et non de la société française. Pour Olivier Noël, le déni a été pendant longtemps lié à cette volonté de voir les choses à travers le prisme de l’intégration, et non pas en terme de discrimination. Or, voir la réalité à travers le prisme de la discrimination permet de comprendre que le public cible de ce travail n’est pas les demandeurs d’emploi ou de logement, mais bien les entreprises et les institutions publiques qui ne parviennent pas à traiter de façon égale tout un chacun. Le rapprochement de la question du racisme et de la discrimination a également été un élément qui a pu contrarier le travail sur les questions des discriminations. Il y a dans le racisme une idée d’intentionnalité des individus qui n’existe pas toujours dans le processus de discrimination. Racisme et discrimination peuvent parfois se combiner mais lever cette idée d’intention permet de mettre à jour les pratiques inégalitaires de nombreux acteurs, et notamment des intermédiaires de l’emploi. Un travail réalisé au cours des années 90 a permis de révéler les codifications (4) implicites utilisées par un ensemble d’acteurs publics et privés chargés de faire la mise en relation entre les demandeurs d’emploi et les chefs d’entreprises. Or on le sait, cela ne signifie pas que les agents impliqués dans ce processus avaient une intention raciste. Néanmoins en anticipant les choses ou en voulant protéger les demandeurs d’emploi, ces agents étaient co-producteurs de discrimination. Il peut donc bien y avoir participation de façon inconsciente, non intentionnelle, mais active à un processus discriminant. Par ailleurs, ce rapprochement du racisme et de la discrimination contribue fortement à un processus de dénégation de la réalité. De fait, il est difficile de dire à une personne qu’elle participe à un processus de discrimination sans s’entendre répondre : « Vous allez dire que je suis raciste ». La confusion entre racisme et discrimination empêche donc souvent de « dire les discriminations ». ...