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Publié le mardi 8 mars 2011

Égalité Femmes/Hommes : une course d’obstacles

Discriminations, Femmes

Les femmes représentent
la moitié de la population
active, mais elles sont
déclassées sur le marché
de l’emploi. Qu’elles
soient infirmières,
techniciennes, femmes
de ménage, chauffeuses
de poids lourds ou
militantes syndicales,
elles témoignent de leurs
difficultés à être reconnues
à leur juste valeur et à
défendre leurs droits
dans le monde du travail.
Portraits.

Par cyrielle Blaire, journaliste à Ensemble !

Cathy

Chauffeuse poids plume



Photo : Philippe LauransonIl était une fois une petite fille qui ne rêvait ni de devenir
infirmière ni institutrice. « À 9 ans, j’ai fait un
voyage avec mon beau-père qui était chauffeur routier
et je me suis dit : c’est ça que je veux faire plus tard »,
raconte Cathy Nollot. Aujourd’hui mère de six enfants,
Cathy a bravé les difficultés pour embrasser la carrière
qui l’attirait. « Beaucoup de femmes s’interdisent
ces métiers-là, regrette-t-elle. Moi, quand j’ai démarré,
je vivais seule : ma mère gardait l’un de mes enfants, et
je prenais le deuxième avec moi en voyage… » Au milieu
des années 1980, elle prend le volant de son premier
camion de transport de marchandise, traçant sa route
dans un métier très masculin. « C’est vrai, c’était un
peu un repaire de machos. Certains avaient l’impression
qu’on leur prenait leur virilité ou ne nous prenaient pas
trop au sérieux. J’entendais : « ça lui passera », « faut
être musclée », ou encore « retourne à tes casseroles ! ».
Des réflexions qui ne l’ont pas empêchée de charger et
transporter du bois à l’international depuis vingt-six
ans. « Les femmes sont plus diplomates que les hommes.
On a d’autres qualités que la force », nous dit-elle. Du
haut de ses « 1m56 et 45 kg toute mouillée », rouler des
muscles, très peu pour elle.

Isabelle

Infirmière, une profession de foi



Photo : Philippe LauransonLorsqu’on la rencontre, Isabelle Dalmazzone vient de
reprendre le travail après un congé maladie. « J’ai
craqué physiquement et psychologiquement », confie t-
elle. Elle a fait ce qu’on appelle un burn-out. Un mal qui
se répand parmi les personnels hospitaliers. « Les conditions
de travail se sont dégradées, mais c’est parce qu’on
veut garder cette exigence de qualité dans le public qu’on
s’épuise », s’explique-t-elle. À 49 ans, bien que la pression
soit « énorme », cette infirmière des hôpitaux publics de
Marseille aime toujours autant ce métier qu’elle pratique
depuis vingt-huit ans. Isabelle a été fer de lance de la bataille
menée par les infirmières pour faire reconnaître
leurs qualifications et leur diplôme. « Il y a cette image historique
de bonnes soeurs. Nous ne sommes pas des saintes,
nous sommes des professionnelles !, déplore-t-elle. S’il y
avait plus d’hommes dans nos rangs, il aurait peut-être
été plus facile de revoir nos grilles de salaires. » Isabelle,
comme ses collègues, estime que le travail des infirmières
n’est pas reconnu à sa juste valeur. « Nous avons de grosses
responsabilités, nous réalisons des soins, nous travaillons
de nuit… Mon travail est pénible et complexe. » Pour autant,
elle n’est pas prête à quitter le public pour le privé.
Même pour de meilleures conditions de travail.

Grâce.

Une femme de ménage qui ne se ménage pas



Photo : Anne SoléComme chaque jour, Grâce Beugre se lève dès
4 heures du matin et s’apprête malgré la fatigue
qui l’engourdit. Elle quitte sa chambre de Massy-
Palaiseau, en banlieue parisienne, et s’engouffre dans
le RER à une heure si matinale qu’elle n’y croise pas encore
la foule des salariés pressés. Ses journées sont des
tunnels où le travail est haché par de longues heures dans
les transports. Dans les beaux quartiers de Paris, elle nettoie
pour 9,22 euros de l’heure des « bureaux chics » avant
que les cadres dynamiques ne pointent. « Je m’accroche
à ce travail, ensuite on verra », nous dit-elle, son visage
affichant des traits tirés. Ce boulot à peine terminé, elle
repart dans les Yvelines afin d’assister durant quatre
heures une vieille dame dans ses tâches ménagères. Il
lui faut ensuite retourner à nouveau à Paris aider deux
heures de plus une autre personne âgée. Une journée marathon
qui ne s’achève qu’autour de 20 heures. Le transport
qui dévore presque la moitié de sa journée lui a alors
pris toutes ses forces. « Le problème, c’est que ce travail qui
est physique soit si mal payé et qu’il soit si éparpillé, reconnaît
Grâce. Pour tenir, je me couche très tôt. Mais ce n’est
pas une bonne vie… » Pour changer son existence, à 50 ans,
Grâce rêve de démarrer une formation d’aide-soignante.

Annie.

Technicienne sans peur et sans reproche



Photo : Anne SoléJe progresse moins que mes collègues mais c’est normal,
j’ai choisi d’avoir des enfants… Combien de
femmes, comme Annie Bouchon, se sont-elles ainsi
auto-convaincues que le blocage de leur carrière était justifié
 ? Cette femme de 55 ans occupe depuis 1990 un poste de
technicienne commerciale chez Hispano-Suiza, une grande
entreprise d’équipement pour l’aviation où les salariées
femmes sont encore rares aux postes à responsabilité. Sa
carrière, bien que sans tâches, progresse « lentement », et
Annie met tout d’abord ce ralentissement sur le compte de
ses deux grossesses. Le déclic vient de l’accord sur l’égalité
hommes-femmes signé en 2002 au sein de son entreprise.
« Je me suis rendu compte que certains de mes homologues
masculins gagnaient jusqu’à 600 euros de plus que moi ! Je
suis allée voir les RH, mais ils n’ont pas voulu admettre qu’il y
avait une discrimination. » Une procédure est alors engagée
aux Prud’hommes avec la CGT qui durera plus de trois ans.
La démarche paie : Annie obtiendra, en 2009, 35 000 euros
de dommages et intérêts pour préjudice moral, 14 000 euros
brut de rattrapage de salaire et l’augmentation réclamée.
« Certains collègues masculins m’ont félicitée. Et des femmes
de ma génération ont pu négocier ensuite à l’amiable, » se réjouit-
elle. Un petit pas vers l’égalité.

Elisabeth

Militante dans l’ombre des hommes



Photo : Anna SoléDix-huit ans de syndicalisme dans l’ombre des
hommes. Et aujourd’hui encore, la crainte de
s’exprimer en son nom propre. Élisabeth* est
cadre dans une grande société d’études. Lorsqu’elle
adhère au syndicat CGT de son entreprise, elle est la
seule femme militante. Bosseuse, elle s’attaque aux
questions de prévoyance. Mais quand le sujet devient
un enjeu syndical, on lui retire le dossier. Un scénario
qui se répète. « Je suis entrée au CHSCT car ça n’intéressait
personne, et je me suis penchée sur les risques psychosociaux.
Quand cela a été médiatisé, on m’a évincée. »
Et lorsque s’ouvrent les premières NAO sur l’égalité salariale entre hommes et femmes, elle n’est pas même
associée à la préparation de la négociation. Pour exister,
il lui faut accepter les seconds rôles. « Ce qu’ils aiment,
dit-elle à propos des syndicalistes de son entreprise, c’est
être l’interlocuteur du patron. On s’est rendu compte que
les femmes se retrouvaient dans les mandats les moins
prestigieux : on est plutôt déléguées du personnel que déléguées
syndicales – qui négocient –, plus souvent dans les
instances élues – parce que ça fait moderne de mettre des
femmes – que dans les instances désignées. » Ce qu’elle
supporte le moins ? S’entendre dire : Tu as des enfants,
tu habites loin, deux mandats c’est trop. « Mais eux croulent sous les mandats et sont
pères de famille ! », s’indigne-t-elle.
Tout aussi pénible : « En tant que
femme, on ne reprend pas ce que tu
dis en réunion ou on s’approprie tes
idées. À chaque fois que j’écris des
tracts, on me dénigre. Ou encore on
me cache des infos. C’est plus subtil
que du machisme primaire. » Et de
conclure : « Mais la CGT est le reflet
de la société… »

*Le prénom a été changé, à sa demande.