Il n’est pas possible de traiter de la question de l’emploi des jeunes sans traiter celle de l’emploi de manière générale. Si des solutions existent pour changer la donne, il est bien nécessaire de transformer en profondeur l’approche développée ces dernières décennies qui n’a fait que favoriser les entreprises, sans aucune réelle volonté de traiter le problème du chômage et de la précarité.
Avant tout, il ne peut pas y avoir de politique du plein emploi sans développement de l’emploi industriel. Cela implique nécessairement une politique industrielle et une réorientation des ressources des entreprises et des institutions financières dans ce sens.
L’industrie demeure un élément structurant de l’activité et de la santé économiques en termes de richesses créées, de maîtrise technologique, de recherche et d’innovation. Elle exerce un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie, des régions, du pays. Le maintien et le développement des activités industrielles et des services de qualité, ainsi que des services publics vont de pair.
Depuis 30 ans, la part des richesses
créées reversée aux salariés a
diminué d’environ 10 points de
pourcentage passant d’environ
74 % à 64 %. Ce qui représente un
manque à gagner pour les salariés
d’environ 200 milliards d’euros
chaque année. Ces sommes qui
auparavant auraient été versées
aux salariés, servent, aujourd’hui,
à rémunérer toujours plus les
actionnaires.
Pour donner une illustration : revenir au niveau de répartition des richesses produites du début des années 80 reviendrait à augmenter les salaires de l’ensemble des salariés d’environ 350 € net par mois !
Et, conserver cette répartition entre les salaires et le capital serait d’autant moins scandaleux que, depuis le début des années 80, les richesses de notre pays ont augmenté de plus de 400 %. Sur la même période, les revenus du capital ont, eux, augmenté encore plus vite. Les actionnaires, qui en veulent toujours plus au détriment des travailleurs, ont donc confisqué la quasi-totalité des gains de productivité, qui sont le fruit du travail des salariés.
De nombreuses aides publiques et autres exonérations de cotisations sociales sont accordées aux entreprises. Or à ce jour, aucune de ces aides n’a réellement fait la preuve de son utilité économique et sociale. Il devient donc impératif de mener des évaluations de l’ensemble des aides publiques accordées aux entreprises. Toutes celles qui ne démontreraient pas leur efficacité devraient être supprimées.
Cependant, la CGT n’est pas opposée à ce que l’on se dote d’outils économiques et fiscaux favorisant, dans l’entreprise, la création d’emploi au détriment de la spéculation. Ces dernières années, le développement des marchés financiers a entraîné une dérive consistant à fournir toujours plus d’argent aux actionnaires au détriment de la masse salariale et de l’investissement pour le développement de l’entreprise.
Au niveau de la fiscalité, des mécanismes doivent être mis en place pour que les entreprises soient réellement taxées en fonction de l’utilisation qu’elles font des bénéfices qu’elles dégagent grâce à leurs salariés. Autrement dit, une entreprise qui investit son argent dans la création d’emploi de manière générale et des jeunes en particulier, mais aussi dans la recherche, la formation ou l’outil de production verrait le taux de son impôt sur les sociétés baisser en proportion des efforts fournis. Tandis qu’une entreprise qui utilise ses bénéfices pour capitaliser ou rémunérer ses actionnaires verrait, elle, son taux d’imposition augmenter. La même logique pourrait s’appliquer aux cotisations sociales des employeurs.
Toujours dans la même logique, il conviendrait de mettre en place une sélectivité du crédit au niveau des entreprises. Lorsqu’une entreprise emprunte de l’argent auprès d’un organisme bancaire, son taux de crédit serait ainsi majoré ou minoré en fonction de l’utilisation qu’elle fera des fonds empruntés. Si l’utilisation des fonds se fait pour augmenter la masse salariale, investir dans la recherche ou le développement, former ses salariés..., alors le taux du crédit serait minoré. Dans le cas contraire, il serait majoré. Cela suppose que la collectivité intervienne directement dans les modes de financement des entreprises à travers la mise en place d’un Pôle financier public. Il faut également qu’elle intervienne dans la stratégie des banques.
Au delà des aspects financiers,
il est également indispensable
de donner aux salariés plus de
pouvoir dans l’entreprise quant
aux choix stratégiques qui président
à sa gestion et son avenir.
Car ce sont eux qui sont le plus
à même de savoir ce qui est bon
ou pas pour le développement de
leur activité.
Aucune décision concernant l’avenir de l’entreprise ne devrait pouvoir être prise sans eux. Il n’est pas possible d’assurer la pérennité et développer les entreprises en laissant les seuls financiers et autres actionnaires décider de leur avenir.
Un autre élément doit faire l’objet d’attention : les cadeaux fiscaux en tous genres qui se sont multipliés au fil du temps, notamment à destination des plus grandes entreprises. Le ministère évalue l’ensemble des niches fiscales à plus de 73 milliards d’euros chaque année. Et encore, c’est la fourchette de base de ce qui peut-être considéré comme un cadeau fiscal. L’évaluation systématique de l’efficacité économique et sociale de l’utilisation de ces sommes gigantesques devrait être la règle. Auquel cas, un dispositif fiscal n’ayant pas fait la preuve de son efficacité réelle serait purement et simplement supprimé.
L’objectif n’est pas de supprimer toute aide publique mais bien de réorienter l’effort de la puissance publique vers l’emploi et non vers des cadeaux aux actionnaires. Nos propositions ont pour objectif de pénaliser la financiarisation de l’économie et de favoriser le travail, la recherche, la formation, l’innovation, le développement économique et industriel... Ce sont les conditions d’un retour au développement durable de l’emploi dans notre pays.
L’État porte aussi une part de
responsabilité importante dans
le niveau de chômage. Alors qu’il
prétend lutter contre ce fléau,
il supprime des emplois à tour
de bras depuis plusieurs années.
Et le pire pourrait être à venir
puisque dans l’ensemble de la
fonction publique (État, Santé et Territoriale), plusieurs centaines
de milliers de suppressions d’emplois
sont programmées dans
les 3 années à venir.
Par ailleurs,
la fonction publique doit également
jouer un rôle de cohésion
sociale en matière d’emploi. C’est
de moins en moins le cas avec
le développement des contrats
précaires, des CDD renouvelables,
de la déclassification des
sur-diplômés...
Pour la CGT, il faut en finir avec les contrats précaires dans l’ensemble de la Fonction publique. Des mesures de régularisation doivent également être prises.
D’autres mesures peuvent également concourir à l’amélioration de la situation de l’emploi comme une nouvelle réduction du temps de travail, cette fois-ci généralisée à toutes les entreprises et accompagnée d’une vraie réorganisation du travail. Une telle mesure peut permettre une meilleure répartition de l’emploi et entraîner de nombreuses embauches.
Mais, il ne suffit pas de créer des emplois. Il faut aussi assurer la qualité de l’accompagnement proposé aux primo demandeurs d’emploi et aux chômeurs afin de les guider au mieux et rapidement vers l’emploi.
La CGT propose pour cela de créer un véritable Service public de l’emploi dont la fonction serait autant préventive que curative. Il interviendrait en lieu et place de Pôle emploi et ne ferait pas recours à la sous-traitance auprès d’entreprises privées telles que des agences d’intérim. Un tel service public nécessiterait évidemment des agents en nombre suffisant et correctement formés pour mener à bien leurs missions.
Dans ce contexte, les missions locales ont également un rôle important à jouer. Il conviendrait de développer leurs missions, ainsi que les moyens et l’autonomie pour l’insertion professionnelle des jeunes.
Dernier point important pour éviter de dégrader un peu plus le niveau d’emploi dans notre pays, il faut revenir notamment sur les mesures d’âge de la réforme des retraites récemment promulguée. En effet avec le recul de 2 ans de l’âge légal de départ en retraite, les jeunes auront encore un peu plus de difficulté à trouver un premier emploi. Chaque année, ce sont environ 750 000 salariés qui partent en retraite, libérant ainsi une place dans l’entreprise. Pour que la situation de l’emploi reste identique à aujourd’hui, on estime à environ 1 million le nombre d’emplois supplémentaires qu’il faudrait créer d’ici à 2016.
Sans revenir trop précisément sur l’enjeu des retraites, les jeunes seront vraisemblablement les plus touchés par cette réforme car ils en payeront le prix par de plus grandes difficultés à trouver un emploi, par un allongement de leur carrière, par des carrières incomplètes entraînant des niveaux de pension plus faibles...
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