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COP 21

A J-2, les gouvernements lâchent les travailleurs

mercredi 9 décembre 2015
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Le Bourget, 9 décembre 2015. Le dernier projet d’accord de Paris, à deux jours de la clôture de la Conférence, n’est pas satisfaisant pour la CGT. Les attentes des travailleurs ne trouvent pas de réponse dans ce texte.

Si, en effet, la perspective réelle d’un accord à Paris est en soi une bonne nouvelle, il convient de l’évaluer à la lumière de son contenu. Fondamentalement, pour la CGT, ces négociations s’inscrivent dans le cadre contraint d’un système économique incapable de remettre en question ses logiques néolibérales. Or, nous connaissons bien les dégâts qu’il cause, à travers une concurrence effrénée entre pays et populations, un modèle de développement obsolète, le manque de politiques sociales et le refus catégorique de solidarité et de coopération entre les régions du monde.

La CGT rappelle les attentes qu’elle avait, aux côtés du mouvement syndical mondial dans la Confédération syndicale mondiale (CSI), vis-à-vis des négociations en cours au Bourget :

1. Un développement humain durable explicitement soutenu par l’accord :
- a. Place centrale pour le travail décent et la création d’emplois de qualité ;
- b. Transition juste pour le modèle économique de demain ;
- c. Nouvelle impulsion industrielle, innovante, plus sobre et moins polluante ;
2. Respect des droits humains fondamentaux et des droits sociaux ;
3. La mise en œuvre d’une coopération concrète avec les pays en développement, en assurant le financement de leurs besoins, ainsi qu’en offrant des mécanismes de transfert de technologies pour leur permettre d’accéder directement aux modèles économiques basés sur la sobriété en carbone ;
4. Limitation du réchauffement climatique sous la barre des 2 degrés.

Or, le texte communiqué aujourd’hui est encore bien loin du compte.

La garantie d’un engagement des États pour le développement durable figure dans le corps du texte, mais dans une formulation restreinte.

La référence au travail décent, à la transition juste et à la création d’emplois de qualité est reléguée au préambule, où elle est dépourvue de toute force contraignante, alors qu’elle figurait auparavant dans la partie opérationnelle du texte. Les organisations syndicales françaises se sont d’ailleurs adressées en ce sens à Laurent Fabius, président de la COP 21 (cf. courrier du mardi 8 décembre).

Le risque est d’aboutir à un texte très peu, voire pas du tout, contraignant, basé sur le plus petit dénominateur commun. Ceci vaut quasiment pour l’ensemble des éléments portés par le mouvement syndical international :

- Les engagements financiers et de transfert de technologie restent loin du compte. Faute de contribution solidaire des pays riches – pourtant responsables des dégâts causés sur l’environnement – ce sont les travailleurs des pays en développement qui paieront le plus lourd tribut au réchauffement climatique et à l’adaptation de leurs économies aux nouvelles circonstances. Cela n’est pas acceptable ;
- Le texte actuel n’opère toujours pas le choix entre « 1,5 degrés » ou « 2 degrés ». En même temps, rien dans les engagements fermes ne laisse espérer que cet objectif soit atteint, puisque le projet de l’accord n’offre pas les moyens d’y arriver. Or, la trajectoire climatique prévue aujourd’hui, à savoir un réchauffement au-delà de 3 degrés, est synonyme de catastrophes répétées pour les populations les plus vulnérables du monde ;
- Le respect des droits humains fondamentaux est également retiré du corps du texte. Il figure, aux côtés d’autres généralités, dans le préambule. Cela ne correspond en rien aux défis auxquels nous faisons face sur la planète aujourd’hui. Si, en effet, le respect et la garantie des droits humains sont importants, la préoccupation et l’engagement pour le climat sont bien une mise en œuvre de ces convictions. Les reléguer aux considérants dans le préambule renverse cette logique, et revient à leur abandon. Pour la CGT, la garantie des droits humains ne saurait être optionnelle.

Les négociations se poursuivent. Les chefs d’État et de gouvernement ont la maîtrise du processus. Nous attendons des réponses et des engagements concrets, cohérents avec les aspirations des peuples et des travailleurs.

Montreuil, le 9 décembre 2015

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Lettre des organisations syndicales à L. Fabius